26e dimanche du temps ordinaire, année C - 25 septembre 2016

Publié le par Père Olivier de Framond

Livre d'Amos 6,1.4-7.
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 « Dieu a secouru », en hébreu « Lazare » veut dire cela. Il a secouru mais il a mis le temps ! C’est qu’il espère, Dieu, tandis que l’Homme tarde à naître. Dieu est là, à son portail, et l’homme ne le voit pas. Lazare, tu es là à ma porte et je ne te vois pas, le migrant, le chômeur, et plein d’autres ! Mes barricades intérieures me cachent la vue. Toutes mes défenses, je m’en effraie parfois. La Vie est à mon portail, et l’accueillir, c’est trop. Elle est le pauvre que je fuis désespérément. S’il dérange, c’est pas encore foutu, la vie n’est pas loin, les barricades peuvent encore sauter. Le pauvre dérange car il invite à la Rencontre, un pas de plus, une parole. Sinon il est seul. Et moi aussi, ça, c’est insupportable. Il appelle, je n’entends pas, il tend une main, je l’ignore, il espère la miséricorde, je préfère mes peurs. Les seuls à l’aider, à lui tendre une langue, seront des chiens. Eux ont droit aux miettes qui tombent de la table des riches, Lazare non. 

 Lazare, tu es trop bien pour moi. Certains préfèrent bâtir des murs, réels ou imaginaires, pour t’ignorer tranquillement. Lazare, on te voit fleurir et progresser ; pourtant tu n’attires personne, personne ne veut te voir. La vie que tu es semble un épouvantail. L’étranger me fait pester, car il appelle ma foi, ma charité, il ébranle mes barricades. Quand le pauvre en moi est considéré, quand tout joyeux il est reçu, la vie éternelle commence. Elle commence aujourd’hui quand le Christ, Lazare, le pauvre en chemin, trouve un accueil. Il fait goûter sa Miséricorde qui ouvre au partage : tout ce qui est à toi est à moi, tout ce qui est à moi est à toi ! C’est ça, la vie éternelle.

 Paul le dit, elle est là quand l’Essentiel, qui ne se laisse voir ni saisir, le commandement du Seigneur, est en nous : aimer comme il nous a aimés. Lazare invite à l’Essentiel. Pas à m’obséder dans ma bulle de richesses ou d’imperfections. Ouais, j’ai le pouvoir, bouh, je suis trop gros, trop moche, trop faible,... Pauvre perfectionniste, guère plus heureux que les vautrés du prophète Amos, qui cherchent un Dieu à leur mesure. Et si, Lazare, je te laissais entrer en moi faire ta demeure, toi avec moi, moi avec toi. Alors qui sait, comme le dit Amos, j’arrêterai peut-être de boire le vin à la carafe comme un vautré

Père Olivier de Framond

Publié dans 2016 framond