3e dimanche de Carême, année A

Publié le par Père Roland Cazalis.

Livre de l'Exode 17,3-7. ; Psaume 95(94),1-2.6-7ab.7d-8a.9. ; Romains 5,1-2.5-8. ; Jean 4,5-42.
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On reconnaît tout de suite le style de l’évangéliste St Jean avec sa série de quiproquos dans le dialogue entre le Christ et les autres protagonistes des différents tableaux du récit.

Deux faits attirent mon attention cette fois.

Le second est le fait que la Samaritaine amène sa ville au Christ et dans le même mouvement le Christ est invité à demeurer avec ces gens deux jours durant.

Nous nous rappelons de la demande des pèlerins d’Emmaüs adressée au Christ de demeurer avec eux cette nuit-là. Nous savons que toute demande faite au Christ de demeurer avec nous s’enracine dans ce qu’ont éprouvé les marcheurs d’Emmaüs durant cette nuit incomparable.

De fait, beaucoup de gens de la ville de la Samaritaine croient au Christ comme le Messie de Dieu, même si certains veulent se démarquer de la Samaritaine, les ingrats !

Croire au Christ comme Messie de Dieu est synonyme de trouver une source d’eau vive qui fait que nous ne désirions plus une autre source d’eau.

Mais faut-il avant avoir eu soif, et pas de n’importe quelle soif !

La première lecture nous est proposée justement pour nous donner soif, ou pour interroger notre soif, au point même de chercher querelle à Dieu.

Dernièrement, lors d’une rencontre de prêtes d’un secteur, un responsable du programme alpha est venu présenter les différents aspects de ce projet et les fruits qu’il produit.

Le programme alpha est une méthode anglicane d’annonce de l’Évangile ; la méthode a été bien entendu adaptée à la culture francophone.

L’évangélisation, c’est aller toucher ceux et celles qui ne le sont pas :

« Comment croiront-ils sans l’avoir entendu et comment l’entendront-ils si personne ne le proclame » (Rm 10 :14) nous nous St Paul ; il s’agit bien de cela.

Mais, aller toucher ceux qui ne sont pas dans l’Église, c’est bien là toute la difficulté !

Dans ce programme, ce sont ceux qui ont été touchés qui sont appelés ensuite à inviter des gens de leur connaissance, des gens ayant manifesté une soif d’une manière ou d’une autre.

Dans la tradition catholique, l’évangélisation était l’apanage du clergé et assimilé, car l’Église était un lieu de référence incontournable.

Aujourd’hui, ce n’est plus le cas !

Nous vivons dans une culture où tous les choix sont possibles, recevables et protégés par l’État de droit.

Aujourd’hui, ce qu’il nous faut pour contacter les gens en dehors du milieu ecclésial, ce sont précisément des Samaritaines, avec ou sans maris supplémentaires, qui, ayant été touchées en premier par le Christ, vont aller chercher les gens de leur relation, des gens de leurs cercles, des gens de leur ville, pour les conduire au Christ.

Ensuite, chacun fait son chemin, puisque la reconnaissance du Christ comme Messie de Dieu, à un moment ou un autre, doit être un credo personnel.

En d’autres termes, l’évangélisation commence par le témoignage.

Je trouve que l’évangélisation devient l’affaire de tous, et notamment la mission et l’œuvre de ceux et celles qui ont été touchés par le Christ. Et il me semble que c’est là, la priorité dans l’Église en Occident.

Appeler de nouveaux disciples à boire à la source d’eau vive et avoir une communauté authentique pour les recevoir et les accompagner dans leur initiation.

Les dernières années, on a beaucoup prié pour avoir de prêtres. Aujourd’hui, on discerne sur l’ordination des diaconesses, sur celle des hommes mariés, etc. Ces sujets sont certes d’actualité, mais cela donne l’impression de toujours s’occuper du chef, des commis et des serveurs d’un restaurant supposé ouvert à tous, alors que personne ne semble se soucier de trouver des clients de différentes générations et d’élaborer des menus adaptés à chacune d’elle.

Qu’est-ce qu’un grand restaurant sans clients ? La comparaison est à peine triviale !

Enfin, le premier fait qui a retenu mon attention dans le texte de Jean est la justesse de la relation du Christ avec la Samaritaine.

Il entame la conversation autour d’un manque qui est commun aux deux, à savoir le manque d’eau ou la soif.

Le témoignage doit donc avoir cette justesse, cet à-propos qui signale une profonde écoute de l’autre ; l’écoute qui nous permet d’être accordés.

Le Christ ne vient pas comme celui qui sait, qui connaît la doctrine officielle et qui répondrait à des questions qui ne seraient pas posées ou donnerait des solutions à des problèmes inexistants.

Non, le christ a soif, donc il parle de soif et d’eau vive qui étanche la soif.

La Samaritaine n’a plus d’eau et fait un long trajet pour en trouver. Et elle aimerait bien s’épargner ce labeur si une autre façon d’étancher sa soif était disponible. Les deux protagonistes sont accordés.

Donc le témoignage n’est pas de la stratégie pour capter des adeptes. Il s’agit d’une relation en vérité avec l’autre qui suppose de l’avoir écouté.

La Samaritaine dit : voilà quelqu’un qui me connaît ; ou, je me reconnais en ce qu’il me raconte.

Prions le Seigneur pour que son règne arrive à ceux et celles qui ont soif du salut.

Amen.

Père Roland Cazalis - merci à l'auteur de la photo

 

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