Messe du 1 mai 2016 - 6e dimanche de Pâques

Publié le par Père Roland Cazalis

Un grand merci au Père Roland Cazalis pour l' homélie de ce matin (Namur, Belgique)
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Livre des Actes des Apôtres 15,1-2.22-29.
Psaume 67(66),2-3.5.6.8.
Livre de l'Apocalypse 21,10-14.22-23.
Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 14,23-29.
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Dans le texte des Actes des apôtres, nous assistons à un débat entre disciples aux prises avec l’irruption de la question de l’universalité du salut face au rôle que le peuple juif a joué jusqu’à maintenant dans l’histoire du salut.
Un conseil, voire un concile, doit trancher cette question de la circoncision et son rôle dans le salut. La réponse à cette question était déjà claire pour Paul et Barnabé, mais pas pour tout le monde.
Ainsi, plutôt que de faire une entaille dans sa chair pour marquer son appartenance à son peuple, se présente une menace plus subtile et visiblement plus douloureuse que l’entaille, et elle concerne l’abolition de l’appartenance au peuple juif pour l’accès au salut, en d’autres termes, l’abolition de la différence.
En allant au bout de cette logique, la question cruciale devient la suivante : l’appartenance au Christ, nous déplace-t-elle de notre appartenance à notre peuple d’origine ou de notre culture d’origine ?
Autrement dit, l’appartenance au Christ, prend-elle le pas sur l’appartenance à notre culture d’origine ?
Nous pouvons ressentir la peur qu’éprouvaient les partisans de la circoncision, c’est-à-dire la crainte de l’abolition de la différence, une crainte certes fantasmatique, mais une vraie préoccupation.
C’est la même préoccupation qui se manifeste face à la menace de la dilution ethnique, la dilution culturelle, ou la dilution religieuse.
Le problème des réfugiés syriens et autres ravive en nous ce genre d’angoisse, pas très avouable, et nous met dans une posture bien inconfortable entre le devoir d’aider ceux dont l’existence est menacée, puisque ce sont nos valeurs, et en même temps, il y a le réflexe de se protéger de ces étrangers, dont on doute par ailleurs de la loyauté de certains.
Au commencement de l’histoire de la Révélation, Dieu établit la différence par l’élection d’un peuple.
Cette dynamique est toujours en cours, mais cette fois, l’appel ou l’élection est individuel dans nos sociétés. Dès lors, la différence, au lieu d’être manifestée par une masse compacte et identifiable au milieu d’autres gens, elle devient, avec l’appel individuel, diffuse, disséminée dans la masse, au point même de passer inaperçue.
L’appartenance au Christ instaure une différence, mais celle-ci n’est plus dans le marquage de la chair.  
La mode du marquage de la chair s’est d’ailleurs bien démocratisée de nos jours avec les tatouages, piercing, implants de toute sorte ; la peau est devenue une véritable vitrine de nos états d’âme.
L’appartenance au Christ ne requiert pas ces travaux d’artistes pour se donner à connaître. Si nous portons un signe distinctif dans l’âme, il vient d’une confidence indélébile de l’appel du Christ.
La différence qu’instaure le Christ n’est plus l’appartenance à un peuple bien précis, mais dans le fait d’être disciple.
C’est d’ailleurs le paradoxe de l’époque de la chrétienté, d’avoir presque aboli la différence, puisque tout le monde était chrétien ou sommé de l’être.
Mais, il fallait avoir un peu de patience avec l’histoire pour que la décantation se fasse et que se manifeste à nouveau la différence.
Devant la différence, qui est maintenant devenue patente de nos jours, quelqu’un disait dernièrement en parlant du Christ : « Nous avons le ‘ meilleur produit’, pourtant peu s’arrêtent devant notre étale ; ceux qui s’y arrêtent, regardent un instant et puis s’en vont ».
Nous le savons, le Christ n’est pas à vendre ; c’est lui qui appelle. C’est toute la différence !
Nous avons à manifester cette différence pour être signe, et deuxièmement, pour signifier ce qu’être appelé veut dire.
On pourrait rappeler ce que dit le Christ selon ce que nous rapporte Jean :
« Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, mon Père l’aimera, nous viendrons vers lui et, chez lui, nous ferons une demeure »
Celui qui est appelé devient une demeure de Dieu. Celui qui est appelé devient une ville sainte. Ainsi, chacun peut devenir un Jérusalem.  La gloire de Dieu l’illumine, et son luminaire c’est le Christ.
En fait, à chaque époque et en chaque lieu, «annoncer l’évangile » correspond à une activité bien spécifique.
Aujourd’hui, notre discernement doit porter précisément sur cette question : quelle figure doit prendre l’exercice qui consiste à « annoncer l’évangile » ?
Serait-ce « témoigner de l’évangile », au lieu de vouloir vendre son contenu ?
Il y a des signes qui parlent et qu’il est urgent de savoir lire.
En matière de signe, il faut évoquer encore et toujours le contraste de la transition de Benoit XVI à François.
Quand ce sont les valeurs de l’Évangile qui sont mises en avant et portées par la hiérarchie ecclésiale, alors, même ceux qui s’étaient détournés de l’Église par dépit ou par dégoût se retournent, interloqués, comme si les valeurs de l’évangile les concernaient, comme si ces valeurs parlaient d’eux.
Prions le seigneur, afin que nous progressions dans notre discernement sur la manière de témoigner de la différence qu’instaure le Christ par l’appel qu’il nous adresse aujourd’hui.
Amen.
Père Roland Cazalis s.j.

Publié dans 2016_rcaza