Ac 3, 1-10 Mais ce que j’ai, je te le donne…

Publié le par Père Jean-Luc Fabre

Mercredi, octave de Pâques

Ac 3, 1-10 En ces jours-là, Pierre et Jean montaient au Temple pour la prière de l’après- midi, à la neuvième heure. On y amenait alors un homme, infirme de naissance, que l’on installait chaque jour à la porte du Temple, appelée la « Belle-Porte », pour qu’il demande l’aumône à ceux qui entraient. Voyant Pierre et Jean qui allaient entrer dans le Temple, il leur demanda l’aumône. Alors Pierre, ainsi que Jean, fixa les yeux sur lui, et il dit : « Regarde-nous ! » L’homme les observait, s’attendant à recevoir quelque chose de leur part. Pierre déclara : « De l’argent et de l’or, je n’en ai pas ; mais ce que j’ai, je te le donne : au nom de Jésus Christ le Nazaréen, lève-toi et marche. » Alors, le prenant par la main droite, il le releva et, à l’instant même, ses pieds et ses chevilles s’affermirent. D’un bond, il fut debout et il marchait. Entrant avec eux dans le Temple, il marchait, bondissait, et louait Dieu. Et tout le peuple le vit marcher et louer Dieu. On le reconnaissait : c’est bien lui qui était assis à la « Belle-Porte » du Temple pour demander l’aumône. Et les gens étaient frappés de stupeur et désorientés devant ce qui lui était arrivé.


Ne pas demeurer prostrés…

Aujourd’hui, comme hier et demain, le mystère de Pâques se révèle être un mystère de communion qui entraine tout le créé dans la vie du Ressuscité. Ce qui m’a été donné, je découvre qu’à mon tour je puis le donner. Ainsi la Bonne nouvelle se répand, à sa manière, dans un mouvement du cœur qui me donne en premier de désirer et vouloir rendre totalement à Dieu ce que je reçois de Lui, être en communion avec Lui. Ce mouvement de don réciproque entre le Mystère de Dieu, révélé en Jésus-Christ, et moi, ne cesse de se manifester alors à frais nouveau dans ma situation présente, me donnant de donner et de demander justement… Se bâtit ainsi la communion entre tous, réconciliant toute chose. Cette scène entre Pierre, Jean et le mendiant de la Belle porte le manifeste, c’est bien ainsi que Pierre et Jean sont agis. C’est bien la réalité que nous vivons nous aussi en nos quotidiens… Notre ancrage en Jésus-Christ donne mystérieusement à la réalité de bouger, offre aux autres de s’ouvrir à la réalité de la Vie présente en eux… Le temps liturgique pascal est là pour nous aider à percevoir le mystère qui nous habite, nous entoure, nous agit…

« Voyant Pierre et Jean » la situation, ma situation qu’elle est-elle vraiment ? Elle est indéfectiblement sa réalité extérieure mais aussi sa réalité intérieure : ce qui m’habite, ce que je veux…. Ainsi le mendiant qui voit arriver Pierre et Jean voit en eux des personnes susceptibles de lui donner une aumône à lui qui est mendiant. C’est bien ainsi que chacun de nous vit, comprend, se situe, avec la conviction très forte que sa manière de voir est objective… Mais un effet de réel se produit, le mendiant s’ouvre dans la demande, demande marquée par sa situation [il est mendiant, il voit  et il demande à partir de là] mais demande qui ouvre aussi à l’autre, un ouvert se donne…

« Regarde-nous ! » Pierre et Jean ne font pas comme s’ils n’avaient pas vu, ils se laissent affecter, toucher, ils éprouvent. Et en retour, ils s’adressent à lui. Non pas seulement pour répondre à l’attente exprimée mais pour donner à l’autre, le mendiant, de s’ouvrir lui-même plus avant à la situation : des personnes, des frères potentiellement sont là, en face de lui, en totale gratuité. C’est leur réalité, ils la partagent eux aussi. Pierre et Jean lui demandent de les regarder, de s’ouvrir autrement à la situation, de contempler plus avant… A priori c’est l’attente qui conduit encore le mendiant « L’homme les observait, s’attendant à recevoir quelque chose de leur part »… Mais l’ouverture se poursuit, d’abord par la négative puis la positive. Ce n’est pas une affaire d’argent, un autre échange est en jeu, plus essentiel… La phrase vient : « De l’argent et de l’or, je n’en ai pas ; mais ce que j’ai, je te le donne : au nom de Jésus Christ le Nazaréen, lève-toi et marche. »

« Mais ce que j’ai, je te le donne » Le « Mais » est celui de la résurrection en œuvre, une courbure en nos vies ne cesse de nous redonner vie… J’étais triste, malheureux, avec des pieds de plomb mais maintenant, au terme de cette journée de travail, je me sens autre, généreux, confiant… Ne me touche pas mais va vers mes frères, la parole de Jésus à Marie-Madeleine… Le « mais » signe en nos vies la présence et l’action du Ressuscité. Pierre et Jean qui ont bu à la gratuité de la vie, s’y sont pleinement désaltérés, peuvent accueillir la demande et la conduire, eux aussi, ailleurs, au nom de Celui qui ne cesse de les conduire eux aussi ailleurs… Une positivité s’avance, un don se fait, un don qui introduit à l’absolu dans la situation même. Je suis libéré de ma manière de voir, je puis recevoir ce qui depuis toujours chercher à se donner, je renonce à moi, je meurs à moi-même, j’accepte de recevoir ce qui donne : la guérison, la joie de Dieu qui se donne à tous. « Il marchait, bondissait, et louait Dieu ».

Père Jean-Luc Fabre
[Source photo http://s.tf1.fr/mmdia/i/94/9/clochard-sdf-paris-domicile-rue-2207949_1713.jpg?v=1 ]

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