2 novembre, jour de prière pour les défunts

Publié le par Jardinier de Dieu

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Hier, nous fêtions tous les Saints, nous lisions avec joie l’Evangile des Béatitudes et aujourd’hui, les prêtres avaient mis une étole blanche et puis aujourd’hui, c’est la couleur mauve, signe de deuil et de pénitence. Normalement, dans le calendrier liturgique le blanc suit le mauve et non le contraire. Hier, nous fêtions tous les Saints, c’est-à-dire ceux qui se trouvent près de Dieu et aujourd’hui, nous fêtons tous les fidèles défunts. Quelle est donc la différence ? Qui était donc concerné hier et qui l’est aujourd’hui ? Où sont les défunts de nos familles, comment puis-je les vénérer et être en relation avec eux ?

La commémoration des fidèles défunts le lendemain de la Toussaint est une tradition qui a mille ans d’âge.  Or les Saints, nous le savons, ne sont pas seulement les personnes que l’Eglise a canonisés, mais bien tous ceux qui se trouvent auprès de Dieu. Et il ne s’agit pas que des défunts : Saint Paul, comme d’autres au début de l’Eglise, s’adresse aux « Saints » qui sont les membres des différentes communautés chrétiennes. « Aux Saints qui sont à Ephèse, à Corinthe, etc… » Saints signifie ici ceux qui ont été sauvés par le Christ à travers le baptême et qui se rassemblent pour fêter leur foi. Les Saints ne sont donc pas des personnes meilleures que d’autres, mais bien les croyants mystérieusement emportés dans l’amour du Christ.

Alors, si nous mettons aujourd’hui une couleur de pénitence et de deuil, n’est-ce pas le signe que tous ne sont pas Saints, que certains sont dans une zone de transit, pour employer un terme moderne ? Comment ne pas être mal à l’aise face à cela, surtout que nous n’osons souvent pas aborder ces questions importantes mais délicates en Eglise. En effet, il y a bien des écueils et des pentes dérapantes  à éviter quand on en parle. Nous connaissons les représentations médiévales du Jugement Dernier sur les tympans de nos cathédrales gothiques, sur de fameux tableaux de Jérôme Bosch ou dans la célèbre Comédie Divine de Dante. Au-dessus, le Christ trône en majesté et à l’aide de ses anges, au Dernier Jour, fait le tri entre les brebis et les boucs, entre ceux qui vont au paradis et ceux qui vont aux enfers. Force est de constater que l’enfer à l’air souvent bien plus animé que le Paradis ! Nos morts seraient-ils dans les limbes ou au purgatoire, en attente du Dernier Jour, où ils ressusciteront ? Notons que les premiers Chrétiens croyaient dur comme fer au retour du Christ encore de leur vivant et qu’il fallait donc veiller et prier sans cesse pour se tenir prêt, comme nous l’avons vu dans l’Evangile et le verrons encore dans les prochaines semaines. Or, et la théologie moderne a apporté beaucoup de nuances à ce sujet, on ne peut concevoir un « temps » dans l’au-delà comme on le ferait pour nous ici-bas. Cela n’a pas de sens. Il s’agit d’un « temps » théologique où ne peut régner que l’amour.

Le purgatoire, pour autant qu’on puisse lui donner une existence théologique, n’est donc pas un lieu ou une durée où on attendrait avec plus ou moins d’angoisse le Dernier Jour, comme dans la salle d’attente d’un dentiste ! Mais il s’agit bien plutôt d’un écart qui me sépare à ma mort de la rencontre du « Tout Amour ». Nous le savons si nous avons accompagné des personnes dans leurs derniers mois et derniers jours : il y a tout un dépouillement qui se fait. Je ne peux emporter avec moi quoi que ce soit qui me cramponne sur moi, qui serait égoïsme. Je me rappelle avoir accompagné des personnes âgées dans une maison de retraite. Un Monsieur se crispait de plus en plus sur ses biens matériels, au fur et à mesure qu’il s’approchait de ses derniers moments à vivre. Un vrai disciple de l’oncle Picsou ! Jusqu’au jour où il a décidé de choisir un beau cercueil, avec des dorures, etc. Il avait en quelque sorte commencé à accepter sa mort et pouvait se préparer à la Grande Rencontre ! Comme le disait un théologien : le purgatoire, s’il n’existait pas, il faudrait l’inventer. Car qui peut dire au moment de sa mort qu’il est débarrassé de tout égoïsme ?

Vous le voyez donc, chers frères et sœurs, le message chrétien est un message d’Espérance. Nous croyons que nos proches sont près de Dieu. Même si la séparation nous fait encore souvent mal, rendons compte, comme le disait Jean Paul II à la suite de Saint Paul, de l’espérance qui est en nous. Les chrétiens ne sont pas meilleurs que les autres, nous pouvons même éprouver plus de douleur qu’un non-croyant à la perte d’un époux, d’un parent ou même d’un enfant. Mais nous avons à témoigner de l’espérance qui nous habite, nous sommes unis à nos morts. Nous avons à redécouvrir une autre manière de leur être présents et unis, par la foi. Ainsi prions-nous nos défunts, sur les tombes ou ailleurs, selon notre tradition. Non pas que nos prières ou nos pénitences auraient une influence sur leur salut, nous risquons vite de tomber dans une conception perverse de Dieu, mais parce qu’il n’y a pas vraiment de différence entre la Jérusalem terrestre et la Jérusalem Céleste, entre l’Eglise d’ici-bas et de l’au-delà. Si nous sommes Saints, c’est parce que, tout d’abord, nous avons été aimés. Et cela nous rend libre, nous et nos fidèles défunts, de toute entrave et de toute peur avant la Grande Rencontre. AMEN.

Vincent Klein, s.j., Messe des défunts, http://christ-roi.over-blog.com/article-24335468.html