31 juillet Fête de St Ignace

Publié le par père Jean-Luc Fabre

Aujourd’hui, nous fêtons Saint Ignace, un homme qui a reçu de Dieu un don merveilleux et qui s’est attaché à le rendre universel, c’est-à-dire accessible à tous…

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Voilà les étapes de son chemin d’universalisation.

 

  • en commençant par trouver les moyens qui puissent aider un autre à faire une expérience analogue mais accompagné par un autre, cela donne les Exercices Spirituels
  • en entreprenant aussi d’aider d’autres à cheminer dans des situations où leur liberté était sollicitée et qu’il aidait en proposant des manières de faire adaptées, cela donne les Lettres
  • en constituant aussi un groupe d’hommes qui partageraient la même visée et, par la transmission, se rendraient capables de transmettre à d’autres ce don, cela donne les Constitutions de la Compagnie de Jésus
  • en disant, à la fin de la vie, l’expérience originelle d’où tout est parti. Le texte qui suit en donne l’extrait du Récit, qui relate le moment où tout a basculé pour lui.

 

 

Nous pouvons lire le récit ce passage et remercier le Seigneur pour le don qu’Il nous a fait en la personne de Saint Ignace de Loyola.

 

Notre Seigneur lui redonna la santé et il se rétablit au point d'être en tout le reste en bon état, sauf qu'il ne pouvait guère se tenir sur sa jambe et qu'il était forcé de rester dans son lit. Comme il était vivement porté à lire des livres mondains et pleins de faussetés, qu'on a coutume d'appeler livres de chevalerie, il demanda, se sentant bien, qu'on lui en donnât quelques-uns afin de passer le temps. Mais dans cette maison il ne s'en trouva aucun de ceux qu'il avait l'habitude de lire et alors on lui donna une  Vie du Christ et un livre sur la vie des saints, en castillan (13). En lisant souvent ces ouvrages il s'attachait quelque peu à ce qui s'y trouvait écrit. Mais les laissant de côté, il s'arrêtait parfois pour penser aux choses qu'il avait lues et, d'autres fois, aux choses du monde auxquelles il avait l'habitude, auparavant, de penser. Et parmi les nombreuses vanités qui s'offraient à lui, l'une tenait à tel point son cœur en sa possession qu'il était absorbé, parfois, à y réfléchir deux et trois et quatre heures sans s'en rendre compte, imaginant ce qu'il avait à faire au service d'une certaine dame, les moyens qu'il prendrait pour pouvoir aller jusqu'à la terre où elle était, les pièces de vers, les paroles qu'il lui dirait, les faits d'armes qu'il accomplirait à son service. Et il était si vaniteux de ce projet qu'il ne voyait pas à quel point il lui était impossible de le mener à bien ; parce que cette dame n'était pas de vulgaire noblesse : ni comtesse, ni duchesse mais sa condition était plus haute encore.

Cependant Notre Seigneur le secourait, faisant en sorte que ces pensées fussent suivies d'autres qui naissaient des choses qu'il lisait. Ainsi, lisant la vie de Notre Seigneur et des saints, il s'arrêtait à réfléchir en raisonnant avec soi-même : « Que serait-ce si je faisais ce que fit saint François et ce que fit saint Dominique ? » Et ainsi il méditait sur beaucoup de choses qu'il trouvait bonnes, se proposant toujours des choses difficiles et dures, et, quand il se les proposait, il lui semblait qu'il trouvait, au fond de soi, de la facilité pour les mettre en oeuvre. Le plus souvent son propos intérieur consistait à se dire : « Saint Dominique a fait ceci, eh bien, moi, il faut que je le fasse. » Ces pensées-là duraient, elles aussi, un bon espace de temps, puis d'autres choses l'ayant occupé dans l'intervalle, les pensées relatives au monde prenaient la suite et il s'arrêtait à elles aussi pendant un grand moment. Et cette succession de pensées tellement diverses dura assez longtemps, son esprit s'attardant toujours sur la méditation nouvelle, que ce fût celle des exploits mondains qu'il désirait accomplir ou celle des autres exploits qui s'offraient à son imagination, lesquels étaient de Dieu, jusqu'à ce que, fatigué, il les laissât et fît attention à d'autres choses. Il y avait toutefois cette différence : quand il pensait à ce qui était du monde il s'y complaisait beaucoup mais quand, lassé, il cessait d'y penser, il se trouvait aride et insatisfait ; en revanche aller à Jérusalem nu-pieds, ne plus manger que des herbes, se livrer à toutes les austérités auxquelles il voyait que les saints s'étaient livrés, non seulement il éprouvait de grands élans intérieurs quand il méditait sur des pensées de ce genre mais même après les avoir quittées il restait satisfait et allègre.

Cependant il ne réfléchissait pas à tout cela ni ne s'arrêtait à soupeser cette différence sauf à partir du moment où ses yeux s'ouvrirent un peu : il se mit alors à s'étonner de cette diversité et à faire réflexion sur elle, saisissant par expérience qu'après certaines pensées il restait triste et qu'après d'autres il restait joyeux, et peu à peu, il en vint à connaître la diversité des esprits qui s'agitaient en lui, l'un du démon, l'autre de Dieu*[*Ce fut le premier enchaînement de propos qu'il fit dans les choses de Dieu et ensuite quand il fit les Exercices c'est d'ici qu'il commença à prendre lumière en ce qui concerne la diversité des esprits ](15).

Ayant acquis de sa lecture une lumière qui était loin d'être faible, il se mit à penser plus franchement à sa vie écoulée et comprit en quelle nécessité il se trouvait de faire pénitence à cause d'elle.

Et alors se proposait à lui le désir d'imiter les saints, non qu'il considérât les circonstances de leur vie, mais il se promettait plutôt de faire, avec la grâce de Dieu, comme ils avaient fait. Ce qu'il désirait surtout c'était d'aller, sitôt guéri, à Jérusalem, comme il a été dit plus haut, en se livrant à autant de contraintes volontaires et d'abstinences qu'un esprit généreux, enflammé de Dieu, a coutume de souhaiter.

Et déjà s'en allaient à l'oubli ses imaginations passées, au profit des saints désirs qu'il avait, lesquels lui furent confirmés par une visitation spirituelle de la manière suivante : étant resté, une nuit, éveillé, il vit clairement une image de Notre-Dame avec le Saint Enfant Jésus et de cette vision, qui dura un notable moment, il reçut une très extraordinaire motion intérieure et il resta avec un tel écœurement de toute sa vie passée et spécialement des choses de la chair, qu'il lui sembla qu'on avait ôté de son âme toutes les sortes d'images qui s'y trouvaient peintes. Ainsi, depuis cette heure-là jusqu'en août 1553, où ceci est écrit, il n'eut jamais le plus petit consentement pour les choses de la chair.

Saint Ignace le Récit 

Publié dans Miettes ignaciennes