Jn 6,24-35 ; Je suis le pain de la vie. Et vous, quel est votre désir ? Homélie du P.R.Cazalis

Publié le par jardinier de Dieu

Les lectures de la messe du dimanche 02 août 2009 B

 

18ème dimanche du temps ordinaire

Le moins que l’on puisse dire c’est que la liturgie a la suite dans les idées. Après la faim, le pain. Ce n’est pas banal, dans le désert, les hébreux mangent du « qu’est-ce que c’est ? ». Cette question devait avoir un drôle de gout. Admirez au passage le pédagogue qu’est Dieu. En effet, à un moment donné, les hébreux sont amenés à mettre en balance ‘liberté et le ventre creux’ et ‘captivité et satiété’. Autrement dit, quel est votre désir ? Voulez-vous continuer ou repasser la mer rouge en sens inverse ?

Ils veulent un signe pour se décider. Soit. Le problème du signe c’est qu’il n’est pas indélébile, il faut sans cesse le renouveler, car nous avons une grande capacité de digestion des signes.

On comprend d’ailleurs, qu’à un moment donné, qu’il faille cesser de courir après les signes, car cette attitude est un peu puérile. L’être humain vaut mieux que cela. Même dans la foi, il faut avoir un sens de la dignité. Il faut à un moment donné faire confiance à la vie, car Dieu lui même prend soin de son peuple. A la limite, le signe est également ‘captivité et satiété’.

La parole paradoxale de Jésus inverse le signe. En effet, la parabole oblige à prendre du recul, comme pour trouver la bonne distance focale afin de voir distinctement le « qu’est-ce que c’est ? » qui n’est pas comestible. La parole de Jésus nous détache de lui dans un premier temps. Ainsi on est moins porté à vouloir le tenir, ou le retenir ou de le poursuivre en pensant obtenir un nouveau signe. Par la parabole, on voit que jésus ne nous rend pas captif. C’est une fois pris du recul, revenu en nous même, que nous le trouvons tel qu’il est.

Il dit donc « Je suis le pain de vie, celui qui vient à moi n’aura plus jamais faim ». Pour bien comprendre cette parole, il faut se rappeler ce que disait Pierre : « Seigneur, à qui irions-nous, tu as les paroles de la vie éternelle ».

D’aucuns pourraient croire que le monde de la religion chrétienne est fait d’un fatras de récits, d’obligations morales, et surtout une bonne dose de naïveté pour s’y laisser entrainer. Il n’en est rien. Le monde de la foi, c’est-à-dire, le monde de la vie s’ouvre à vous, quand tout d’un coup, vous parvenez à la bonne distance focale. Un peu comme quand Jean parvient au sépulcre et voit le tombeau vide. Il vit qu’il n’y avait rien à voir, car ce tombeau était vide. Il vit dans un seul instant l’invisible et l’inédit. Cet événement est le tournant de sa vie.

Une parole frappe votre entendement, et rejoint votre faim fondamentale. Pierre donc dit à Jésus, quand tu parles, j’entends ; mes oreilles se sont mises à la fréquence de ta voix. Je te reconnais dans la foule par tes gestes, à ta manière de rompre le pain, par ta compassion pour les êtres humains. 

Ce n’est pas surprenant, les apôtres, eux aussi et les premiers, ont fait l’expérience de la foi au Christ. Il ne leur suffisait pas de l’avoir en personne à côté d’eux pour qu’il leur soit visible tel qu’il est. Tous ont fait ou pas l’expérience de la distance focale, pour le reconnaître comme pour la première fois. Et vous, quel est votre désir ?

P.R.Cazalis

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