Marc 7, 1-8.14-15.21-23. La tradition et la religion. Homélie du P. J.P. Mensior (22ème dimanche du temps ordinaire B)

Publié le par jardinier de Dieu

22ème dimanche du temps ordinaire B - Prière universelle 2012

Les lectures de la messe 

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 Jésus nous dit ici ce qu’il pense des pratiques rituelles : il nous invite à dépasser tout ce qui est religion , et à mettre la religion là où elle doit être, non dans la tradition des hommes mais dans les commandements de Dieu. Et nous savons que ces commandements se récapitulent dans celui de l ’amour C’est pourquoi la conclusion de l’intervention de Jésus, nous venons de l’entendre en deuxième lecture sous la plume de Jacques. Je vous la rappelle : « La manière pure et irréprochable de pratiquer la religion est de venir en aide aux orphelins et aux veuves dans leur malheur, et de se garder propre au milieu du monde. » A dire vrai, tout au long de l’Évangile, Jésus nous oriente sans cesse vers un culte « en esprit et en vérité. » Or la vérité, comme le dira un jour Jésus à une femme de Samarie, n’est pas plus dans le mont Garizim des Samaritains, que dans la Jérusalem des Juifs. L’alliance avec Dieu se noue dans le cœur et se vit dans la qualité de notre relation aux autres. 

 

Aujourd’hui, ce qui déclenche cette intervention virulente de Jésus, c’est une démarche de pharisiens et de scribes, scandalisés par la liberté avec laquelle certains de ses disciples se dispensent des observances légales. Plus précisément, ils ne se lavent pas les mains avant les repas. Il s’agit pas d’hygiène, mais d’ablutions rituelles, destinées à se préserver de tout contact avec une personne déclarée impure : un lépreux, un pécheur public, ou, ce qui est plus grave, avec un non-juif, c’est à dire un païen. Il s’agit donc de rites de purification qui, insidieusement, sont devenus des rites d’exclusion.

 

Pour la première fois, Jésus traite ses interlocuteurs d’hypocrites. C’est ce que faisait déjà Isaïe quand il proclamait : « Ce peuple m’honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi. » Et puis, Jésus va déclarer que la source véritable de l’impureté est dans le cœur de l’homme et non dans les gestes qu’il pose. L’enjeu de cette déclaration est considérable, car si la pureté ne réside pas dans des rites, mais dans la droiture du cœur, alors un païen fidèle à sa conscience peut être aussi pur , et même plus pur qu’un juif, et bien qu’il ne fasse pas partie du peuple élu il pourrait trouver place dans le Royaume qu’annonce Jésus ! Et ceci est une pensée insupportable pour celui qui pense l’élection en termes d’exclusion.

 

Jésus leur dit alors cette parole terrible qu’il nous faut entendre : « Vous annulez la Parole de Dieu par la tradition que vous transmettez. » Ce qui explique la violence de Jésus, c’est que, lorsque des rites sont ainsi utilisés pour consolider des exclusions, ils manifestent qu’ils sont pervertis et que leur sens est diamétralement opposé à la mission de Jésus.

 

Car, qu’est venu faire Jésus, sinon abattre toutes les barrières pour abolir toute opposition entre juifs et païens, hommes et femmes, et pour faire advenir un Royaume dont la loi soit la communion dans le respect des différences, l’échange, l’amour mutuel. Un royaume où tous ne forment qu’un seul peuple, un peuple de frères et de sœurs sans aucune exclusive, puisque tous enfants d’un seul et même Père.

Père Jean-Paul Mensior, jésuite

photo :

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