Mt 16, 13-19 Dire l’unique, faire histoire ensemble…

Publié le par père Jean-Luc Fabre

Mt 16, 13-19 Dire l’unique, faire histoire ensemble…

Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 16,13-19

En ce temps-là, Jésus, arrivé dans la région de Césarée-de-Philippe, demandait à ses disciples : « Au dire des gens, qui est le Fils de l’homme ? »
Ils répondirent : « Pour les uns, Jean le Baptiste ; pour d’autres, Élie ; pour d’autres encore, Jérémie ou l’un des prophètes. »
Jésus leur demanda : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? »
Alors Simon-Pierre prit la parole et dit : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! »
Prenant la parole à son tour, Jésus lui dit : « Heureux es-tu, Simon fils de Yonas : ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux.
Et moi, je te le déclare : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle.
Je te donnerai les clés du royaume des Cieux : tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux. »

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« Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? » Chaque vie ne peut avancer, prendre forme que dans la mesure où elle est scandée, rythmée, dans la mesure où les étapes successives de son émergence sont marquées. Les étapes bien définies lui donnent de devenir, de se transformer, de se déployer… Sinon grand est le risque de voir notre vie ne pas pouvoir s’extraire de l’insignifiance, prise dans un quotidien sans limite qui nous écrase, nous vampirise, nous coupe toute possibilité de devenir, d’exister, en nous maintenant dans un stade primitif qui se continue sans la moindre consistance.

La relation entre Jésus et ses disciples est arrivée, aujourd’hui, à un tournant, qui doit permettre une évolution. Jésus prend l’initiative de demander une prise de parole aux disciples pour qu’ils puissent dire ce qu’ils pensent qu’il est. Jésus le fait délicatement. Il ne demande pas brutalement de répondre mais passe par le biais de demander ce que pensent de Lui les autres. Simon osera proférer la réponse qui est dans la pensée et le cœur de chacun. Sa réponse est énorme. Il dit que Jésus est celui qui vient accomplir le projet de son Peuple en étant le Messie, le Fils du Dieu vivant.

Cette réponse, qui prend appui sur toute l’histoire du peuple, renvoie de même à un avenir global, celui promis par Dieu à toute l’humanité. Simon ne peut que peiner à le définir, lui donner une forme tant cet avenir ne peut que l’excéder, lui, un modeste représentant du Peuple Juif qui va trouver sa propre forme véritable dans l’événement, en devenant Simon Pierre. Ne peut dessiner cet avenir qui concerne l’humanité entière que celui qui est le plus proche du cœur de Dieu, le Messie de Dieu, Jésus. Ce dessin ne peut être aussi que sous la forme d’une invitation à cheminer ensemble Jésus et Simon ainsi que les autres... Simon attend une réponse de Jésus.

« Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église » Jésus reprend donc la parole à partir de la parole qu’il a reçue de Simon, un vrai dialogue se noue qui entraîne chacun dans un devenir, le devenir de l’humanité, un devenir qui donne sens à tous… un sens pour Jésus qui devient Jésus-Christ, un sens pour Simon qui devient Simon-Pierre, un sens aussi secret pour chacun de nous qui commence à se révéler lorsque nous sommes incorporés dans l’Eglise, où nous recevons notre nom au baptême. Jésus, Pierre, nous-mêmes marchons ensemble, à partir de cette parole de reconnaissance, vers l’avenir. Dans ce dialogue inaugural entre Jésus le Christ et Simon Pierre se bâtit ce qui permettra tout au long de l’histoire d’échanger tous les profonds dialogues sacramentaux ainsi que tous les dialogues en vérité au nom du Christ, dialogues où chacun s’offre librement à ce devenir de l’humanité, devenir qu’il reçoit et auquel il contribue tout à la fois. C’est de ce dialogue en vérité vécu entre lui et Jésus, que Pierre puise son autorité pour reconnaître la qualité du lien qui, peu à peu, tend à unifier l’humanité en elle et à Dieu. Nous aussi, en ce jour, nous sommes appelés à devenir par cette question : « Qui dites-vous que je suis ? » ainsi que par notre propre réponse. Heureux sommes-nous !

père Jean-Luc Fabre