Edith Stein : de la philosophie à Dieu...

Publié le par Jardinier de Dieu

Edith Stein : la recherche de la vérité philosophique à partir de son expérience vécue conduit à la foi en Dieu…

 

-4374.jpgIl y a 70 ans, le 9 août 1942, mourait à Auschwitz sr Thérèse-Bénédicte de la Croix, de son vrai nom, Edith Stein. Née dans une famille juive, cette brillante étudiante en philosophie sera la première femme, en Allemagne, à avoir présenté une thèse dans cette discipline, avant de devenir la collaboratrice du fondateur de la phénoménologie, Edmund Husserl. Elle se convertira au catholicisme en 1921, après un long cheminement intellectuel et spirituel ; et choisira plus tard d’enter au Carmel, où elle deviendra Sr Thérèse-Bénédicte de la Croix.

http://www.news.va/fr/news/edith-stein-un-enseignement-plus-que-jamais-dactua

 

Quelques étapes de son cheminement, son travail sur l’empathie à partir de son expérience d’infirmière en bloc opératoire… son expérience du repos en Dieu… comprendre l’autre à partir du travail sur soi…

 

« Chaque sujet au contact duquel je saisis par Einfühlung [empathie] des valeurs, je le considère comme une personne dont les expériences vécues forment une unité de sens compréhensible. À quel point je peux m’enrichir de sa structure d’expériences dans une vue d’Einfühlung, voilà ce qui dépend de ma propre structure. En principe, je peux « remplir » par Einfühlung tout vécu d’autrui qui sort de mon propre champ d’expériences, même s’il ne parvient pas ainsi à passer dans la réalité. Par Einfühlung, je peux vivre des valeurs et découvrir des strates correspondantes de ma personne, qui n’ont pas encore eu l’occasion d’être dévoilées par ce que j’ai vécu de manière originaire. Celui qui n’a jamais vu le danger de près peut cependant, en réalisant la situation d’un autre par Einfühlung, découvrir qu’il est lui-même lâche ou courageux. En revanche, ce qui contredit ma propre structure d’expériences, je ne peux pas le « remplir » mais je peux me le représenter de manière vide, abstraite. Je peux être moi-même incroyant et pourtant comprendre qu’un autre sacrifie au nom de sa foi tous les biens terrestres qu’il possède. Je vois qu’il agit ainsi et je perçois par Einfühlung comme motivation de son acte la saisie d’une valeur, dont le corrélat ne m’est pas accessible, et je lui attribue une strate personnelle que je ne possède pas moi-même. Ainsi, j’acquiers par Einfühlung le type de « l’homme religieux » qui ne m’est pas familier en tant que tel et je le comprends même si ce qui se présente là pour moi comme une nouveauté restera « non rempli ». Inversement, lorsque d’autres investissent toute leur vie pour acquérir des biens matériels auxquels je n’attache que peu d’importance et font passer à l’arrière plan tout le reste, je vois par là qu’ils n’ont pas accès à des domaines de valeurs plus élevés, que j’entrevois, et je les comprends aussi, même s’ils appartiennent à un autre type d’hommes. Nous voyons maintenant que Dilthey peut dire à juste titre : « la capacité de comprendre qui agit dans les sciences humaines c’est l’être humain tout entier » : seul celui qui vit lui-même comme personne, comme une unité de sens, peut comprendre d’autres personnes. Et nous comprenons pareillement pourquoi Ranke désirait « dissoudre » son moi pour voir les choses « telles qu’elles sont ». Le moi est la structure individuelle d’expériences ; en elle, l’expert de la compréhension reconnaît la source d’illusion dont la menace nous guette. Si nous nous prenons comme unité de mesure, nous nous emmurons dans la prison de nos particularismes ; les autres deviennent pour nous des énigmes ou, pire encore, nous les modelons à notre image et nous falsifions ainsi la vérité historique. »

Extrait de la thèse d’Edith Stein (1917) : Zum Problem der Einfühlung IV § 7.b) « Les types de personnes et les conditions pour pouvoir comprendre par empathie des personnes ». Cité dans Edith Stein : Enquête sur la Source

 A lépoque de sa conversion, Edith, en puisant à sa propre expérience, écrit une page célèbre sur l"état de repos en Dieu" qui régénère profondément la personne.

On sent ici vibrer laccent de celui qui, ayant perçu intérieurement une présence mystérieuse, cest-à-dire laction relevant de la force supérieure de Dieu, sabandonne librement à un sentiment de confiance intime et fait l expérience d un nouveau sens de liberté, une force, une renaissance. Edith a atteint ainsi lunité de vie entre le chemin intellectuel et le chemin religieux :

 

"Il existe un état de repos en Dieu, de totale suspension de toute activité de lesprit, dans lequel on ne peut plus tracer de plans, ni prendre de décisions et même faire quoi que ce soit, mais dans lequel, après avoir confié tout son avenir à la volonté divine, on s abandonne à son propre destin. Moi, jai éprouvé dans une certaine mesure cet état, à la suite d une expérience qui, dépassant mes forces, consuma totalement mes énergies spirituelles et menleva toute possibilité d action. Le repos en Dieu, comparé à larrêt de toute activité, faute délan vital, est quelque chose de complètement nouveau et irréductible. Avant, cétait le silence de la mort. A sa place apparaît un sens de confiance profonde, de libération de tout ce qui est préoccupation, obligation, responsabilité par rapport à laction. Et pendant que je m abandonne à ce sentiment, une vie nouvelle commence peu à peu à me combler et, sans aucune contrainte de ma volonté, à me pousser vers de nouvelles réalisations. Cet afflux vital semble jaillir dune activité et dune force qui nest pas la mienne et qui, sans faire aucune violence à la mienne, devient active en moi. La seule prémisse nécessaire à une telle renaissance spirituelle semble être cette capacité passive daccueil qui se trouve au fond de la structure de la personne ".

 

Edith Stein exemple de liberté spirituelle Sr Licinia Faresin http://www.moscati.it/Francais/Fr_Edith_F2.html#fenomenologia

 

photo

http://www.catholicherald.co.uk/spirituallife/saintoftheweek/2010/08/06/st-teresa-benedicta-of-the-cross-august-9/

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