Il vous est bon que je m'en aille

Publié le par Père Jean-Luc Fabre

Aujourd’hui, en soirée, l’Eglise célèbre la Sainte Cène du Seigneur... 

Rappelons que Saint Ignace de Loyola dans la présentation de la série des illuminations de l’intelligence qu’il reçut à Manresa durant sa conversion situe celles concernant l’Eucharistie au centre, le troisième point des cinq points de sa reconstruction. Le Mystère de l’Eucharistie est riche d’un grand nombre d’harmoniques, il relie à tout... il est d’une certaine manière au centre.

Une série de textes rédigés par Maurice Zundel est à votre disposition. Ces textes nous mèneront du Jeudi Saint au Temps pascal. Le Seigneur qui entre dans sa Passion, dans son Passage, nous donne un signe de sa présence qui dure, qui aide chacun et tous à passer... Les harmoniques de ces textes aideront chacun à avoir une meilleure vision de ce grand Mystère. 

Laissons ce grand spirituel nous conduire, pour agrandir la tente de notre propre entendement...

 

P. Jean-Luc Fabre

Et alors, comme il se trouvait dans cette bourgade, à l'église du monastère, et qu'il entendait dire la messe, un jour, il vit avec les yeux intérieurs, à l'élévation du Corpus Domini, certains rayons blancs qui venaient d'en haut. Et quoiqu'il ne puisse bien expliquer, après tant de temps écoulé, cette vision, cependant, ce qu'il perçut avec clarté dans son entendement, ce fut la manière dont se trouvait, dans ce très saint Sacrement, Jésus-Christ, notre Seigneur.

Saint Ignace de Loyola. Récit

« Il vous est bon que je m'en aille »

Rappelons-nous cette parole tragique de Jésus au cours du discours après la Cène : « Il vous est bon que je m'en aille car, si je ne m'en vais pas, le Paraclet, l'Esprit Saint, ne viendra pas à vous. » Comment ne pas voir dans ces paroles l'aveu d'un échec? Jésus n'a converti personne... personne! Ni la foule, ni les prêtres, ni les autorités, ni Hérode, ni ses disciples, ni même le disciple bien-aimé qui s'endormira comme les autres, tout à l'heure au jardin de l'Agonie : il n'a converti personne. 

Et l'appel suprême qu'il adresse à ses disciples au lavement des pieds restera sans écho : ils ne comprennent pas que le royaume de Dieu est au-dedans d'eux-mêmes.

Ils ne comprendront pas que c'est pour faire éclore ce royaume intérieur que Jésus se met à genoux devant eux pour leur laver les pieds, et ils ne comprennent pas davantage que c'est pour desceller la pierre de nos cœurs que Jésus meurt sur la croix. Et la dernière question qu'ils poseront à Jésus juste avant l'Ascension sera significative de cette totale incompréhension. 

L'humanité de jésus doit donc disparaître! Et ce n'est que dans l'invisible, dans le feu de la Pentecôte, qu'ils retrouveront leur Maître comme une présence intérieure à eux, ils ne le reconnaîtront. Peut-on dès lors imaginer un seul instant que Notre Seigneur nous ait donné l'Eucharistie pour que nous re-fabriquions avec ce sacrement un culte idolâtrique, pour que nous puissions le posséder là, à la portée de notre main, en l'enfermant dans une boîte pour qu'il soit bien à nous? Peut-on concevoir un pareil matérialisme de la part du Seigneur? Peut-on imaginer qu'il ait dérobé sa présence visible aux Apôtres pour nous restituer dans l'hostie un foyer d'idolâtrie, comme si nous pouvions disposer de Dieu comme on le fait d'un objet?

C'est absolument impossible, c'est exactement le contraire qui se passe quand jésus nous donne l'Eucharistie. Maurice Zundel La Rochette, 1963.