Jn 20,24-29 Thomas (apôtre) : Initiation - 3 juillet

Publié le par jardinier de Dieu

thomas-jesus.jpg

Le récit de Thomas est un véritable texte initiatique. C’est par le corps et tous ses sens que le disciple accède à une autre compréhension de lui-même et de son Dieu. D’une certaine manière, ce texte est à rapprocher des grandes pratiques initiatiques des religions traditionnelles, où le corps et les sens, sacrifiés et glorifiés, permettent d’aborder la sphère du divin.

 

Au début, Thomas revendique de voir et de toucher. Pour lui le désir du sensible est un chemin obligatoire, comprendre et connaître s’enracinent dans le sensible. On notera au passage que voir et toucher peuvent résumer les cinq sens : le premier est, avec l’ouïe, le sens supérieur de la mise à distance du réel ; le toucher, avec le goût de l’odorat, rejoint davantage les possibilités sensibles plus archaïques, établissant une proximité. La vue met à distance, le toucher rapproche. Dans sa revendication, Thomas sollicite tout son sensible pour connaître et reconnaître son Maître.

 

Thomas ne désire pas seulement cette expérience sensible, il veut s’en satisfaire comme s’il s’agissait d’un besoin (Jean 20,25). Ses yeux veulent posséder le corps de son Seigneur, ses doigts veulent s’enfoncer dans les plaies et épouser la marque des clous. Il ya chez lui un besoin de corps à corps pour communier au mystère. Le sensible doit envahir l’espace et le temps du disciple. Au point où nous sommes, le sensible n’est pas un prétexte ou un passage, c’est une nécessité.

 

C’est en allant au bout de cette nécessité du sensible que Thomas va accéder à autre chose. A ce questionnement du disciple dans lequel il risquait de s’enfermer, Jésus répond par la liberté de sa présence malgré tous les verrouillages (Jean 20,26), et pour dire avant toute chose : « La paix soit avec vous ! » (Jean 20,26). Autrement dit, le sensible n’est pas le dernier mot de mon histoire avec toi. Il te faut découvrir une autre communion qui va au-delà de ta revendication du sensible.

 

Jésus invite pourtant Thomas à revenir sur son besoin du sensible : « Avance ton doigt ici et regarde mes mains, avance ta main et enfonce la dans mon côté, cesse d’être un incrédule et deviens un homme de foi » (Jean 20,27). Il accompagne jusque là, mais pour lui dire, au bout du compte, que le mystère de la personne est ailleurs. Le vide sensoriel que Thomas va expérimenter lui permet d’advenir du même coup au mystère de l’Autre. Il passe alors du sensible au signe.

 

Dans cette expérience, Thomas est institué « témoin ». A partir de là, il pourra refaire pour d’autres et avec d’autres cet extraordinaire chemin initiatique. Il sait au cœur des désirs et des sens, c’est le mystère même de son Seigneur qui se révèle. Pour ce faire, il faut consentir à ce vide sensoriel qui lui permet d’aller ailleurs là où il peut dire dans sa foi « Mon Seigneur et mon Dieu »

 

 

Daniel HUBERT, 2001.
Paroles de Dieu au présent : souffles bibliques et cris de vie en résonance.
Harmattan, Paris, p.p.105-106.

SUITE 

Thomas : récit 

Publié dans Saints