Jn 6, 60-69 Marcher avec lui

Publié le par père Jean-Luc Fabre

Dimanche 23 août 2015, 21 ème dimanche du temps ordinaire

Marcher avec Lui.
L’enjeu qui consiste à percevoir la visée et se comporter en conséquence est ici de Recevoir la foi…

Evangile de Jésus-Christ selon saint Jean 6,60-69.
En ce temps-là, Jésus avait donné un enseignement dans la synagogue de Capharnaüm. Beaucoup de ses disciples, qui avaient entendu, déclarèrent : « Cette parole est rude ! Qui peut l’entendre ? »
Jésus savait en lui-même que ses disciples récriminaient à son sujet. Il leur dit : « Cela vous scandalise ?
Et quand vous verrez le Fils de l’homme monter là où il était auparavant !...
C’est l’esprit qui fait vivre, la chair n’est capable de rien. Les paroles que je vous ai dites sont esprit et elles sont vie.
Mais il y en a parmi vous qui ne croient pas. » Jésus savait en effet depuis le commencement quels étaient ceux qui ne croyaient pas, et qui était celui qui le livrerait.
Il ajouta : « Voilà pourquoi je vous ai dit que personne ne peut venir à moi si cela ne lui est pas donné par le Père. »
À partir de ce moment, beaucoup de ses disciples s’en retournèrent et cessèrent de l’accompagner.
Alors Jésus dit aux Douze : « Voulez-vous partir, vous aussi ? »
Simon-Pierre lui répondit : « Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle.
Quant à nous, nous croyons, et nous savons que tu es le Saint de Dieu. »

 
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Pierre avec Jean à la belle porte, il communique l’Esprit du Seigneur… Pierre avec Jean a marché avec le Seigneur, il peut agir en son nom, comme lui… la foi se transmet… Lève-toi et marche…
Nous arrivons au terme de la polémique [qui nous tient depuis plusieurs dimanches déjà], lorsque les gens se séparent, vont suivre chacun leur propre chemin… Ces moments sont à vrai dire précieux, parce qu’il se dit souvent à ces moments ce qui a vraiment manqué, [ici, la foi « il y en a parmi vous qui ne croient pas. »] Ce qui pourrait donner la possibilité de continuer si on le voulait… Nous allons prendre ce chemin… Nous, nous voulons suivre le Christ. Ces recommandations nous sont précieuses. L’enjeu radical consiste à vivre et à faire en fonction de la foi, foi que nous recevons humblement…
« C'est l'esprit qui fait vivre » Voilà la vérité de base, parce qu’elle ouvre à la nouveauté, à ce qui fait que demain sera autre qu’aujourd’hui, qu’un nouveau quotidien pourra apparaître, l’homme ne vit pas que du pain de son labeur, mais de ce qui sort de la bouche de Dieu, sa Parole. La vie surgit du néant de notre action… Notre vie n’est pas que la continuation de ce qui existe déjà… Elle nous est donnée, elle nous attire, elle nous vient de l’avenir… Nous sommes, à vrai dire, appelés à exister, existence que nous pressentons, existence à laquelle nous accédons lorsque nous rencontrons l’autre, lorsque nous laissons être des parties inconnues de nous-mêmes… Il s’agit comme le dit Henry Maldiney de « laisser être ce qui advient sans le mesurer à soi » et cela requiert de nous la foi, la foi en l’autre, la foi en la vie, la foi en Dieu… Cela nous donne de nous retrouver quelque soit le lieu où nous sommes, à l’origine même de notre rapport au monde, à autrui et à nous-mêmes… La foi est sans détermination, elle est lâcher prise, elle est naissance… elle est esprit, à recevoir, à croire. Cette rencontre n’est donc pas un pur et simple « laisser-être » neutre, vacant, sans tension ni direction mais elle consiste en un mouvement d’accompagnement et d’ouverture où ce que l’on pourrait appeler « soi » ne devient qu’avec l’émergence du monde et de l’autre. [Serge Meitinger]
« Si cela ne lui est pas donné par le Père » Dès lors, cela ne peut advenir sans l’autre dont j’accepte de recevoir, je laisse un autre advenir, se révéler, je m’abandonne, je me reconnais fils, existant de lui. Sans cela, rien de possible, non vraiment rien, comme pour ce chevalier qui, jadis, a parcouru la terre entière pour découvrir le graal et ne le trouve, que dans son abandon à son retour, graal donné et non conquis, parce que reçu. Il le reçoit enfin du Père parce qu’il ne peut plus, que tous ses espoirs héroïques sont vains. Quelque soit notre tempérament, nous avons tous à vivre en vérité cette dépossession de notre quête, demander humblement de croire, de s’ouvrir à un autre, de recevoir de lui. L’espérance, c’est ce qui donne à l’avenir d’advenir… Une ouverture sans forme, une ouverture pauvre, une attente de quelqu’un, une acceptation de ne pas vivre seul, de ne pas faire seul, mais avec un autre, à partir d’un autre… que je connais à vrai dire depuis toujours, qui depuis toujours attendait patiemment que je lui ouvre la porte, ma porte… Ce saut, il m’est donné de le faire, il est donné de le faire à tous, les efforts des autres envers moi ne peuvent déboucher sans que lui, le Père donne… Lorsque moi-même j’aide l’autre, il en est de même, j’apporte ma contribution, mais il sera donné, le Père donne en tout…
Nous croyons, et nous savons Pierre apporte la réponse de l’après, il est sans détermination mais il est en ce lieu de la foi, il reçoit, il n’a rien, mais il espère tout du Christ, il entre dans un nouvel univers, il reçoit, il est en ce début du monde, en l’espérance, en ce début de la prière où nous nous disposons, où nous nous offrons à l’action de Dieu, il est à ce moment où Samuel va dire au Seigneur qui l’appelle, « parle Seigneur, ton serviteur écoute », il est à ce moment où Marie dans sa chambre, répond à l’ange « Je suis la servante du Seigneur », la seule certitude est l’ouverture au Mystère de Dieu qui se laisse accueillir pauvrement, matin de la résurrection, soir d’Emmaüs avec le signe posé du pain partagé, où tout est là en puissance, appel à l’action de grâce, à l’appropriation amoureuse…
Envers la vulnérabilité de l’autre, E Housset définit la pitié comme ce qui « s'annonce comme le lieu unique où nous pouvons nous ouvrir à ce que nous devons être, dans la pudeur d'une écoute patiente d'autrui qui le laisse être avant de vouloir le comprendre ». Pitié des apôtres qui reçoivent, pauvrement, le Christ en son humanité pauvre et vulnérable « Voulez-vous partir, vous aussi ? », pauvreté qui les remplira alors de Sa vraie richesse… 
Père Jean-Luc Fabre