L’échange est la forme instituée de la réciprocité à l’intérieur d’une culture

Publié le par père Jean-Luc

reciprocite.gifRéciprocité implique le « donnant, donnant » : initiative de l’un qui donne, tout en attendant en retour le don équivalent de l’autre, bilatéralité, attente de réponse similaire, nécessité d’une initiative même si elle risque d’être déçue… tout échange comporte explicitement ou tacitement un code ou un contrat, armature de l’alliance scellée. L’échange est le fait social qui sous-tend toutes les institutions et les relations. Cet échange est une opération complexe et vitale qui unit dialectiquement trois actes le don, l’acceptation du don puis la reddition du don. Ce processus n’ayant du sens que s’il s’inscrit dans une certaine durée. 

Deux qualités caractérisent l’échange fondamental de la vie sociale et le distinguent de formes dérivées : la gratuité et la liberté. L’échange est un acte gratuit car il porte le don. Celui qui prend l’initiative fait un cadeau, que le donataire accepte comme tel, sans fournir immédiatement de contrepartie, quitte à ce qu’il rende un équivalent quelques temps après… L’échange est la communication bilatérale et gratuite de valeurs non rémunérées par mode de don mutuel. L’échange est essentiellement un acte de liberté, il l’est même par excellence celui qui la constitue. Une culture n’accède à la dignité humaine que lorsqu’elle est capable de traiter comme des hommes et des semblables les étrangers qui témoignent d’une culture autre. La pratique où se joue la reconnaissance de l’autre est l’échange, inaugurée par l’initiative du don. Aussi pour une culture affrontée sans retour ni fuite possible à une différence culturelle il n’est d’autre stratégie gratifiante et sécurisante que d’entrer dans la procédure de l’échange, ce qui exige de prendre l’initiative du don à l’autre, sous le double signe de la gratuité et de la liberté. Nul ne peut vraiment donner que celui qui a voulu prendre ou qui a eu la possibilité de prendre. Aucune réconciliation n’est réelle, là où aucun affrontement n’a jamais été exprimé. L’échange reprend et entérine certaines des acquisitions  du conflit : le maintien de l’identité des deux partenaires et l’instauration de la réciprocité.

 

Jean Claude Sagne

 

« conflit, changement et conversion

 

Vers une éthique de la réciprocité »

 

Cerf & Desclée Paris 1974 pp. 175

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Que tous puissent vivre ensemble !

Publié dans Pensée du jour