L' enveloppe des mots qui nous fait être

Publié le par père Jean-Luc

La dame perd la mémoire elle ne se souvient plus vraiment des choses aussi bien celles de l’instant, que celles d’hier que celles d’il y a deux ans ou vingt ans... Elle pourrait se perdre irrémédiablement. Mais son époux aimant est à ses côtés, et lui apporte de manière certaine toute réponse, la dame peut ainsi continuer à faire sa cuisine, à être, à se situer, à parler... Ce qui lui reste de mémoire est soutenu par les apports et ils continuent à irriguer de sens son quotidien. Jamais son époux ne se met en colère, il lui rappelle sans cesse les choses... Elle vit de cette confiance, elle reconnaît le don qui lui est fait, et elle accepte d’en vivre. C’est une véritable attitude de vie. Aussi, lorsqu’elle rencontre une autre personne, elle respire la confiance envers elle, elle se fie à elle, à ce qu’elle dit. Cette confiance est touchante, la pauvreté de cette dame force à la bonté. Lorsqu’elle ne sait plus elle demande et prend simplement pour vrai ce qui lui est dit. Sa vie est pauvre mais lumineuse... elle éclaire le chemin de l’autre...

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Plus loin dans ma mémoire, il y a ce beau film Miracle en Alabama [http://fr.wikipedia.org/wiki/Miracle_en_Alabama] où Ann Sullivan invective le père d’Helen pour lui dire la terrible nécessité où il est de dire la vérité à sa fille qui entre dans le monde des mots... Le bon usage des mots est crucial pour devenir humain... L’humain apparaît lorsque nous sommes dans la position de pouvoir mentir, de ne pas attester et que nous choisissons de dire la vérité... Helen comprend qu’un mot signifie une chose lorsque elle accepte de faire partie d’une communauté, de la communauté de ceux qui parlent, dès lors la possibilité de l’échange qui en découle lui permet d’avancer, de découvrir, de se situer...


 

A travers ces deux exemples, mais qui pourraient être multipliés sans fin, nous réalisons combien ne pas respecter les mots, c’est atteindre la relation, c’est atteindre chacun dans sa capacité à saisir le sens, à découvrir...


 

Cette pellicule des mots si fragile est tenue, maintenue par chacun de nous, les êtres parlants... être vrai dans ce que je dis... Pour vivre, je ne cesse de puiser dans cet océan de vérité qui me donne d’avancer, et j’en redonne ou non un peu ou beaucoup... Ainsi dans ma manière de parler, je vole du vrai ou j’en offre... J’aide chacun à vivre ou non.


 

Pâques approche, là nous allons nous souvenir de ce que le Seigneur a dit la vérité, il l’a payé de sa vie, sa parole est fiable, loin du mensonge ou du refus de s’engager. En retour l’Eglise nous demande de nous engager nous-mêmes dans ce chemin de la vérité, elle nous proposera de réaffirmer notre foi, de dire vers où nous voulons marcher ensemble... Le Seigneur nous rend fiables à notre tour.


 

En ces derniers jours du Carême, prenons le temps de goûter chacune de nos assertions, réalisons qu’elles contribuent à façonner le monde et l’humanité, réalisons combien le Seigneur n’a jamais menti, qu’il a toujours dit la vérité, qu’il a toujours ouvert la relation, qu’il a toujours donné d’être à son interlocuteur, reconnaissons en chacun qui dit la vérité la trace de son Esprit toujours vivifiant...

Père Jean-Luc

Publié dans actualité et vie : JL