L’être humain est digne parce que mystérieux.

Publié le par père Jean-Luc Fabre

La citation de Chantal Delsol, ci-dessous, jette une lumière qui nous aide à entrer dans la signification de l’évangile de dimanche dernier et notamment l’adresse de l’Ange à Joseph : « Ne crains pas de prendre chez toi Marie ». Cette parole évangélique invite chacun de nous à aller au-delà de ce que nous pouvons concevoir de clair, de juste, d’approprié, de légitime… Elle naît d’ailleurs dans le songe de Jospeh, dans cette partie de l’homme au-delà de sa raison raisonnante, raisonnable à partir de lui-même… dans cette part mystérieuse de nous-mêmes, dans ce qui naît en nous et qui ne cesse de nous porter au-delà. Elle est comme cette nuit d’où surgiront, à la fois, l’homme et la femme dans le livre de la  Genèse…

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Hier j’ai porté la communion à un vieux monsieur pris par une maladie grave. Il mène son dernier combat, en vivant simplement sa vie au jour le jour, amenant sa famille à faire de même. Nous communions gravement à quatre : un de ses fils qui passait par là, une de ses filles qui m’avait conduit à lui, lui et moi. Nous disons « oui, amen» au mystère… tel qu’il se donne en ce jour, à chacun de nous et pour tous, ensemble, l’un par l’autre. Oui, le Seigneur nous rejoint, à chaque fois, chacun et tous ensemble. Le mystère nous aide à avancer dans la vie, dans la nuit obscure… A accueillir pleinement le quotidien, notre quotidien qui va et qui vient…

Ne restreignons pas la vie, allons seulement à Sa suite…

Chantal-Delsol.JPGLa dignité ne peut être inaliénable que si elle est sans définition. Toute définition crée des conditions. Et nous ne voulons pas que la dignité soit conditionnelle ni conditionnée. La dignité sans définition émane d’un mystère. L’être humain est digne parce que mystérieux. Ce qui signifie qu’il n’épuise jamais ses caractéristiques, qu’il ne peut pas être contourné par une science. Si l’on pense que la science suffit à dire l’humain, alors l’humain ne sera pas respecté. C’est là l’incohérence de la modernité tardive : nous réduisons la pensée à des neurones, le corps à de la chimie, mais nous voulons une dignité inaliénable : et les deux sont incompatibles. Il faut une spiritualité pour que la dignité s’établisse sans condition (ce qui ne veut pas dire qu’elle sera toujours respectée ! mais au moins on saura qu’il faut la respecter, et l’on se repentira de ne l’avoir pas fait). Une culture de l’immanence peut respecter les sentiments de l’individu, ses traditions, ses croyances, mais ne peut pas le respecter en tant que tel inconditionnellement, car il lui apparaît sans mystère. Et c’est le mystère qui fait l’inconditionnel : cette part de nuit suscite la crainte de toucher à quelque chose comme du divin. Seule la part de nuit peut être sacrée au sens de l’intouchable. Les neurones ni la viande ne sont sacrés. Voilà notre paradoxe : lorsque nous disons « plus jamais ça ! », c’est du religieux que nous appelons – mais en même temps nous récusons le religieux. Ce dont nous avons besoin, c’est de nous mettre en accord avec nous-mêmes. Chantal Delsol (Extrait http://spinescent.blogspot.fr/2013/10/la-dignite-avec-chantal-delsol.htm)

Père Jean-Luc Fabre

Photo 1 http://noelpecout.blog.lemonde.fr/files/2012/09/01563_1.2.jpg

Photo 2 http://4.bp.blogspot.com/-Tfg1WzQ45XE/UlqkAZrPtrI/AAAAAAAAIpg/yjGP2Lv65kY/s1600/Chantal+Delsol.JPG 

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