2P 3, 8-14 L'exacte mesure de notre temps ...

Publié le par père Jean-Luc Fabre

2ème lecture de la messe du 2e dimanche de l'Avent (07/12/2014)
Lecture de la deuxième lettre de saint Pierre apôtre 3, 8-14

Bien-aimés,
il est une chose qui ne doit pas vous échapper :
pour le Seigneur,
un seul jour est comme mille ans,
et mille ans sont comme un seul jour.
Le Seigneur ne tarde pas à tenir sa promesse,
alors que certains prétendent qu’il a du retard.
Au contraire, il prend patience envers vous,
car il ne veut pas en laisser quelques-uns se perdre,
mais il veut que tous parviennent à la conversion.
Cependant le jour du Seigneur viendra, comme un voleur.
Alors les cieux disparaîtront avec fracas,
les éléments embrasés seront dissous,
la terre, avec tout ce qu’on a fait ici-bas, ne pourra y échapper.
Ainsi, puisque tout cela est en voie de dissolution,
vous voyez quels hommes vous devez être,
en vivant dans la sainteté et la piété,
vous qui attendez,
vous qui hâtez l’avènement du jour de Dieu,
ce jour où les cieux enflammés seront dissous,
où les éléments embrasés seront en fusion.
Car ce que nous attendons, selon la promesse du Seigneur,
c’est un ciel nouveau et une terre nouvelle
où résidera la justice.
C’est pourquoi, bien-aimés, en attendant cela,
faites tout pour qu’on vous trouve sans tache ni défaut,
dans la paix.

Nous sommes devenus sur l’ensemble de la planète des hommes du projet. Le projet dans son idéal se présente à nous comme le grand moyen pour savoir tisser la finalité et sa mise en œuvre concrète. L’une des dimensions prend vigueur de l’autre, l’axe des finalités prend de la couleur dans la réalisation, l’axe des moyens mis en œuvre reçoit du sens de l’axe des finalités... Cela est vrai, tout du moins en principe, bien souvent l’axe des moyens, qui s’évalue par l’efficacité du moyen mis en œuvre, s’absolutise et contraint la personne à travailler sans fin... La visée se perd dans sa réalisation, l’amour se dégrade dans la prise en charge du quotidien, la belle entreprise ne devient plus qu’une suite harassante de manœuvres incertaines pour équilibrer les comptes... Et pourtant, le Seigneur est celui qui, au centre de la Croix, conjoint l’axe des finalités et des moyens. Il est Celui qui porte à son achèvement toute chose, ma vie, mon mariage, ma vocation, mon travail... Lui seul. Ce n’est qu’avec Lui, portant sa Croix, que nous pouvons marcher, œuvrer vraiment... pour aller vers l’Amour. 

Le temps de l’Avent est un appel à se situer autrement dans notre temporalité. La deuxième lettre de Saint Pierre nous y aide grandement par sa pénétration. « Pour le Seigneur un seul jour est comme mille ans et mille ans sont comme un seul jour ». Dieu vient perturber notre axe temporel, il dévalue et réévalue le temps au point que nous sommes amenés à considérer les choses en elles-mêmes bien plus que comme la simple étape d’un processus extérieur que nous pourrions maîtriser... Le temps n’est pas ce matériau disponible et inerte pour notre réalisation. Il n’est pas sans sa valeur propre, il est un don intime qui ne cesse de nous être fait, il est ouverture d’un dialogue. « Ainsi, puisque tout cela est en voie de destruction, vous voyez quels hommes vous devez être ». Les choses extérieures ne tiennent plus et nous sommes appelés à agir en fonction de nous-mêmes seulement, de notre propre transformation, qui seule a valeur. Nous trouvons, dans toute cette perte, le sens véritable de l’action, une action de grâce, simplement là pour attester de notre foi, de notre confiance à être avec Lui, de l’honneur qui nous est fait d’être appelés par Lui. Il en a été bien ainsi pour cette femme rescapée du 11 septembre à New York. Elle voulait mener sa carrière brillante de publiciste et renvoyait, sans cesse, à plus tard la perspective de devenir mère. Devant la perte du 11 septembre, elle s’ouvre à l’attente de son mari qui désirait avoir un enfant depuis longtemps, elle envisage la possibilité d’une maternité. Elle donnera naissance à une petite fille en 2003 et, depuis, elle vit autrement... 

Cette folie aux yeux des hommes, renoncer à lier par notre volonté propre, finalité et moyens, renoncer à être maître de sa vie, nous donne notre véritable statut, non pas celui d’acteur d’un monde, mais celui d’un cœur qui espère la venue d’un monde nouveau. « Car ce que nous attendons, selon la promesse du Seigneur, c’est un ciel nouveau et une terre nouvelle où résidera la justice ». Là se trouve la seule et vraie transformation, celle des cœurs... Nous pouvons faire nôtre l’oraison du jour « Seigneur, tout puissant et miséricordieux, ne laisse pas le souci de nos tâches présentes entraver notre marche à la rencontre de ton Fils, mais éveille en nous cette intelligence du cœur qui nous prépare à l’accueillir et nous fait entrer dans sa propre vie... ». 

Nous n’avons pas beaucoup de temps, c’est vrai, comment aller à Lui alors ? Nous pouvons, tout de même, distraire quelques minutes de notre journée pour ne rien faire si ce n’est regarder une bougie brûler, écouter les rumeurs de la ville ou les bruits de la campagne, contempler un goutte à goutte, entendre chanter de l’eau qui bout, voir les nuages avancer dans le ciel, éprouver le temps qui s’écoule, réaliser qu’une vie se répand bien au-delà de notre propre action et du suivi impeccable de notre emploi du temps... Oui, je ne vis pas que de mon action. Je suis ce cœur qui vit d’entendre battre le Cœur du Monde. La Vie m’est donnée, je la reçois. Je vis et j’agis à partir de ce don reçu... Rien d’autre ne compte. Je laisse d’autres devenir mes frères. Amen !

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