La communion des saints - P.Bernard Sesboüé

Publié le par Jardinier de Dieu

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A) L’origine et le sens de « Communion des saints »

La communion des saints est une ajoute occidentale au texte du Symbole romain. Elle est absente des Symboles orientaux. On peut lui reconnaître 3 sens :

1. Communion des Saints, eucharistie

Avant son insertion dans le Symbole l’expression désigne la communion aux choses saintes (sanctorum est un neutre), c’est-à-dire l’eucharistie. Elle est peu usitée en Orient, mais on la trouve en ce sens dans les règles brèves de Basile de Césarée (Petites règles, question 309) et de même chez Jérôme, traduisant Théophile d’Alexandrie et parlant de quelqu’un qui « fut séparé de la communion des saints par beaucoup d’évêques » (Lettre 92,3).

2. Communion des Saints, église

A partir des premières émergences de la formule dans le Symbole occidental, l’interprétation eucharistique disparaît et l’expression est comprise comme une apposition à « l’Eglise catholique » : elle en constitue à la fois la définition, le commentaire et un attribut explicatif. Or on entre dans la communion des saints par le baptême : cette mention correspondrait alors en Occident à celle du baptême dans le Credo de Nicée-Constantinople. C’est ainsi que Nicétas de Remesiana (Serbie actuelle), ami de Paulin de Nole, la commente dans son explication du Symbole au milieu du IV° siècle : « Après la confession de la sainte Trinité, tu confesses croire la sainte Eglise catholique. L’Eglise est-elle autre chose que l’assemblée de tous les saints ? Car depuis le commencement du monde, les patriarches […], les prophètes, les apôtres, les martyrs, tous les autres saints, qui ont été, qui sont et qui seront, ne forment qu’une seule Eglise : sanctifiés dans l’unité d’une même foi et d’une même vie, marqués par un même Esprit, ils sont devenus un seul corps dont le Christ est dit la tête. […] Crois donc que c’est dans cette Eglise que tu obtiendras la communion des saints  Explanatio symboli habita ad competentes, 10, PL 52, 871). »

L’Eglise est ainsi une « communion », la communion constituée par les saints : en elle on obtient la communion avec les saints. L’expression développe donc l’affirmation de la sainte Eglise. Cela nous renvoie à la conception de la sainteté : ce qui est visé d’abord, c’est la sainteté reçue par grâce au baptême et non l’héroïcité des vertus (le saint canonisé). Mais les textes anciens hésitent entre les deux significations. Tous les baptisés vivant de la grâce Dieu sont des saints, cf. le vocabulaire de saint Paul (Rm 1,7). Le renouveau de l’ecclésiologie de communion à Vatican II correspond à cette compréhension très ancienne.

3. Communion des Saints, église du ciel

Sur la base du sens précédent, l’affirmation en viendra à viser la communion avec les saints du ciel. Car la catholicité, considérée dans le temps, englobe les justes « qui ont été, qui sont et qui seront ». Elle comprend les êtres célestes. Ce sens s’est développé en lien avec le culte des martyrs et la visite de leurs tombeaux. C’est ainsi que Fauste de Riez vers 452 (Sermon pseudo-augustinien, 242) pense à la communion avec les martyrs et les saints ou avec les fidèles défunts.

Commentaire :

Je voudrais souligner la solidarité entre les trois sens de la formule : il y a un lien fort entre communion eucharistique et communion ecclésiale : on est saint dans la communion des fidèles et par la communion aux choses saintes. La célébration de l’eucharistie est la visibilité en acte de la communion ecclésiale. C’est pourquoi communier à une eucharistie, c’est communier à une Eglise. C’est dans l’Eglise que nous avons communion avec le Christ et que le Christ permet une communion mutuelle entre nous. Théodore de Mopsueste a ce beau texte : « Comme par la nouvelle naissance ils ont été parfaits en un seul corps, ils sont maintenant aussi affermis comme en un seul corps par la communion au corps du Seigneur et dans la concorde, la paix, l’application au bien, ils en viennent à ne faire qu’un. […] Ainsi nous unirons-nous dans la communion aux saints mystères, et par celle-ci nous serons conjoints à notre tête, le Christ Notre Seigneur, dont, nous le croyons, nous sommes le corps et par qui nous obtenons la communion à la nature divine (Homélies catéchétiques 16,13 ; Tonneau p. 555). »

B) Marie dans la Communion des saints

Le texte œcuménique du Groupe des Dombes, qui traite de la Vierge Marie en parle dans - 3 - le cadre de la communion des saints. Car Marie appartient comme tous les saints à la communion des saints. Voici la définition que ce document donne de la communion des saints : « La communion des saints s’enracine en son centre qui est le Christ Jésus, sous l’autorité duquel elle regroupe les  croyants de tous les temps justifiés par sa grâce. Elle accomplit l’unité de son corps sur la terre et dans les cieux, Eglise militante et Eglise triomphante mystérieusement unies malgré la séparation des temps et des lieux et la rupture de la mort : car celui qui croit est « déjà passé de la mort à la vie » (cf. Jn 5,24 ; 1 Jn 3,14), ou, en termes pauliniens, « rien ne peut le séparer de l’amour de Dieu, ni la vie ni la mort » (Rm, 38- 39 ».

Cette communion se vit principalement dans la liturgie de l’eucharistie :

Cette communion des saints se vit dans la liturgie qui transcende espace et temps et unit la  célébration de la communauté terrestre à la louange éternelle de la communauté céleste. C’est tout spécialement autour du mémorial eucharistique du Christ, par lequel l’Eglise rend grâce et gloire à Dieu Père dans l’Esprit, que la communauté en prière associe la mémoire des saints de tous les temps et de tous les lieux, d’Abel, d’Abraham et de Melkisédek à celles et à ceux qui aujourd’hui encore sont témoins et martyrs de leur foi. […] (n°192).

C) Communion des saints et intercession

Le troisième sens nous conduit de cette communion fraternelle à l’intercession. Nous pouvons prier les uns pour les autres qui sommes vivants ; nous pouvons prier aussi pour ceux qui nous ont quittés. Nous pouvons aussi nous confier à l’intercession des saints. Mais nous ne « prions » pas les saints. Nous ne prions que Dieu, le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Nous nous confions à l’intercession des saints, y compris la Vierge Marie. Les exemples les plus clairs en sont : le « Priez pour nous » du Je vous salue Marie et la répétition des « Priez pour nous » dans la litanie des saints. Très tôt les communautés chrétiennes distinguent les défunts pour lesquels il faut prier et ceux dont elles invoquent l’intercession dans leur prière, en particulier les martyrs, plus tard les « confesseurs ». Pour ces derniers on célèbre le jour de leur mort comme jour de leur naissance au ciel et l’on vénère leur tombeau. C’est un aspect de la communion des saints. Par la suite le culte des saints se « délocalise » et s’universalise. Les fêtes des saints (sanctoral) sont ajoutées aux fêtes fondamentales du calendrier liturgique (temporal). La litanie des saints apparaît au VII° siècle Il y eut certains  dérapages populaires dans le culte des saints. Il y avait beaucoup de légendes, d’où une recherche scientifique dans les Temps modernes (par ex. les Bollandistes) sur l’histoire des saints et le souci de régulariser les canonisations, réservées à Rome depuis le XII° siècle. Le culte des saints doit s’intégrer au mystère pascal du Christ.

La communion des saints exprime la solidarité de tous les saints entre eux dans l’unique mystère du Christ. Dans la grâce du Christ nous pouvons nous aider les uns les autres. C’est le sens chrétien de la formule « toute âme qui s’élève élève le monde ».

Père Bernard Sesboüé, professeur de théologie, facultés jésuites de Paris

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