Croire à la Parole proférée dans la liturgie

Publié le par Jardinier de Dieu

 

Croire à la Parole proférée dans la liturgie la rend actuellement active

 

Dans la Bible, la parole de Dieu (dabar), souvent sous la forme particulière qu'elle assume chez les prophètes, constitue toujours un événement [...] pourrait être traduite par : « La parole de Yavhé se concrétisa en la personne de... » (Ezéchiel, Aggée, Zacharie, etc.). [...]

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Puis cette formule disparaît complètement de la Bible et elle est remplacée par une autre. Ce n'est plus « Factum est verbum Domini », mais : « Verbum caro factum est » : le Verbe s'est fait chair (Jn 1, 14). A présent, l'événement est une personne ! On ne voit nulle part la phrase : « La parole de Dieu fut adressée à Jésus ! », car il est la Parole. Aux réalisations provisoires de la parole de Dieu chez les prophètes succède maintenant la réalisation pleine et définitive.

 

[...] Il n'y a plus de paroles-événement dans l'Eglise ; la parole de Dieu ne descendra plus sur une personne comme elle descendit jadis sur Samuel, sur Jérémie ou sur Jean Baptiste ; mais il y a des paroles-sacrement. Les paroles-sacrement sont les paroles de Dieu qui « se sont réalisées » une fois pour toutes et qui ont été consignées dans la Bible, qui redeviennent « réalité active » chaque fois que l'Eglise les proclame avec autorité et que l'Esprit qui les a inspirées les rallume dans le cœur de ceux qui les écoutent. « ... c'est de mon bien qu'il recevra et il vous le dévoilera », dit Jésus de l'esprit Saint (Jn 16, 14). [...]


La sacramentalité de la parole de Dieu se révèle dans le fait que parfois celle-ci agit manifestement au-delà de la compréhension de la personne, qui peut être limitée et imparfaite, elle agit presque par elle-même, ex opere operato, comme on dit en théologie. [...]

La parole que nous lisons dans la Bible n'est, en soi, qu'un signe matériel (comme l'eau et le pain), un ensemble de syllabes mortes, tout au plus une parole du vocabulaire humain comme les autres ; mais grâce à l'intervention de la foi et l'illumination de l'Esprit Saint, à travers ce signe, nous entrons mystérieusement en contact avec la vérité et la volonté vivantes de Dieu, et nous écoutons la voix même du Christ. [...]

 

Quand le prophète Elisée dit à Naaman le Syrien, qui était venu le voir pour être guéri de la lèpre, de se laver sept fois dans le Jourdain, celui-ci répondit, indigné : « Est-ce que les fleuves de Damas, l'Abana et le Parpar, ne valent pas mieux que toutes les eaux d'Israël ? Ne pourrais-je pas m'y baigner pour être purifié ? » (2 R 5, 12). Naaman avait raison : les fleuves de Syrie étaient sans aucun doute meilleurs et plus riches en eau ; et pourtant, il fut guéri en se baignant dans le Jourdain et sa peau devint comme celle d'un jeune homme, ce qui ne se serait jamais produit s'il s'était baigné dans les grands fleuves de son pays.

Ainsi en est-il de la parole de Dieu contenue dans les Ecritures. Parmi les nations, et même dans l'Eglise, il y a eu et il y aura des livres meilleurs que certains livres de la Bible, plus raffinés sur le plan littéraire et plus édifiants sur le plan religieux (il suffit de penser à L'imitation de Jésus Christ), et pourtant aucun de ces livres n'agit comme agit le plus modeste des livres inspirés. Dans la parole des Ecritures, il y a quelque chose qui agit au-delà de toute explication humaine ; il existe une disproportion évidente entre le signe et la réalité qu'il produit, qui fait précisément penser à la manière d'agir des sacrements.

Les « eaux d'Israël », qui sont les Ecritures inspirées par Dieu, continuent aujourd'hui de guérir de la lèpre du péché. A la fin de la lecture de l'Evangile, au cours de la messe, l'Eglise invite le ministre à embrasser le livre et à dire : « Que cet Evangile efface nos péchés » (per evangelica dicta deleantur nostra delicta). Les Ecritures elles-mêmes attestent du pouvoir de guérison de la parole de Dieu : « Et de fait, ce n'est ni herbe ni émollient qui leur rendit la santé, mais ta parole, Seigneur, elle qui guérit tout ! » (Sg 16, 12).

L'expérience le confirme. J'ai entendu une personne témoigner lors d'une émission télévisée à laquelle je participais. C'était un homme souffrant d'alcoolisme au dernier degré ; il ne pouvait pas rester plus de deux heures sans boire ; sa famille était au bord du désespoir. Il fut invité, avec sa femme, à une rencontre sur la parole de Dieu au cours de laquelle on lut un passage des Ecritures. Une phrase le saisit comme du feu et il sentit qu'il était guéri. Par la suite, chaque fois qu'il était tenté de boire, il courrait ouvrir la Bible à cet endroit et par le seul fait de relire les paroles, il sentait la force revenir en lui, jusqu'à ce qu'il fut complètement guéri. Lorsqu'il voulut dire quelle était cette phrase, l'émotion lui fit perdre la voix. C'était la parole du Cantique des Cantiques : « Tes amours sont plus délicieuses que le vin » (Ct 1, 2). Ces paroles toutes simples, qui n'avaient apparemment rien à voir avec son cas, avaient accompli le miracle. On lit un épisode analogue dans « Récits d'un pèlerin russe ». Mais le cas le plus célèbre est celui d'Augustin. En lisant les paroles de saint Paul aux Romains 13, 11 ss. « Laissons là les œuvres de ténèbres... Comme il sied en plein jour, conduisons-nous avec dignité : ...pas de luxure ni de débauche », il sentit « une lumière de sérénité » lui envahir le cœur et comprit qu'il était guéri de l'esclavage de la chair (St Augustin, Confessions, VIII, 12)

Première prédication de carême du P. aniero Cantalamessa (http://www.zenit.org/article-17347?l=french)

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