La Messe, un mystère de silence (suite)

Publié le par Jardinier de Dieu

 

fleche gaucheAlors si nous pouvons dire « Ceci est mon Corps, Ceci est mon Sang » avec efficacité, si vraiment le Seigneur au terme où Il s’était montré nous devient présent, cela signifie que nous avons jeté toute notre vie dans Ses abîmes de Lumière et d’Amour, que nous nous sommes déracinés de nous-mêmes et que notre moi s’est effacé dans le Moi de Jésus-Christ pour que ce soit Lui qui dise « je » et « moi » en nous.

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C’est par là que la Messe est une action formidable, le plus grand événement de l’univers, en nous reconduisant aux sources mêmes de la vie libérée qui ne peut jaillir que de cette désappropriation de nous-mêmes, dans le Moi divin qui est l’orient vers lequel nous sommes tous aimantés. C’est pourquoi la Messe est un mystère de silence, ce silence de vie, ce silence qui est une Personne, ce silence qui est une Présence, ce silence qui est la respiration la plus profonde de l’être et la source de toutes les musiques. C’est ce silence qui devrait être l’itinéraire de l’homme pour sa participation à l’eucharistie, c’est ce silence qui atteint jusqu’à la racine de l’être et qui, en nous désappropriant de nous-mêmes, laisse le Christ transparaître en nous. C’est par là que la Messe est, au commencement de chaque journée, un événement extraordinaire dans la mesure, justement, où nous accomplissons ce pèlerinage du silence, du silence de soi-même qui laisse Dieu respirer en nous en lui offrant cet espace de Lumière et d’Amour où sa Vie peut se répandre.


 

C’est pourquoi la Messe est chaque jour un événement tout neuf, parce que chaque jour, nous avons à naître de nouveau, chaque jour et à chaque instant ; à naître de nouveau du Cœur de Dieu qui bât dans le nôtre, parce qu’à chaque instant nous n’échapperons aux limites et aux servitudes de notre moi propriétaire qu’en nous laissant revêtir et aimanter par le Moi divin.


 

Il y a donc un sens ontologique, un sens créateur de l’univers et de l’humanité, une rédemption de toute l’Histoire, un recommencement de toute la Création dans ses paroles : « Ceci est mon Corps, ceci est mon Sang », si nous les vivions, si nous nous recueillons si profondément qu’il n’y ait plus en nous de bruit, que nous soyons tout entiers à l’écoute du Seigneur qui vient, ou plutôt qui est déjà là, et qui ne cesse de nous attendre pour nous laisser transformer par Lui et en Lui.


 

Nous voulons donc tenter ce matin de vivre cet événement à l’échelle de l’univers devant toutes les douleurs de l’humanité pour nous désapproprier de nous-mêmes, jusqu’au centre où tous les hommes, tous les êtres, toutes les créatures ne font qu’un dans le Christ, pour être une présence à tout dans cet effacement de nous-mêmes en Jésus qui est le grand Rassembleur, qui est présent et intérieur à toute l’humanité et qui veut faire de nous toujours et très spécialement ce matin au cours de cette liturgie, Son Corps et son Sang.

 

Maurice Zundel L’Eucharistie et la création, sermon prononcé à Genève, le dimanche 4 février 1968

Publié dans Eucharistie - Mystère