La mission des soixante-douze disciples

Publié le par jardinier de Dieu

(Luc 10, 1-12.17-20)

soixante-douze-disciples.jpgLa mission des soixante-douze est un décalque de la mission des Douze présentée au chapitre précédent. Le fait aurait de quoi étonner si on ne tenait pas compte du caractère ecclésial des évangiles. Pourquoi Luc met-il en parallèle la mission des Douze et celle des soixante-douze, sinon pour montrer que la foule des disciples (maintenant l’Eglise) poursuit la mission apostolique ?

L’Œuvre des Douze a porté fruit, puisque la communauté chrétienne existe. On comprend alors pourquoi Luc a placé ici le logion sur les ouvriers de la moisson, l’Evangile n’a pas encore été porté «en toute ville et lieu où Jésus devait lui-même y aller». La communauté chrétienne doit prendre le relais de la génération apostolique et, à son tour, porter la Bonne nouvelle. Luc précise même que cette mission est promise au succès en disant que les disciples reviennent «tout joyeux».

Il y a là un enseignement précieux pour les Eglises de toutes les époques. La permanence du salut et de l’Evangile est liée au témoignage des chrétiens. Jésus ne se manifeste pas en Galilée pour chacune des générations. Ce sont des chrétiens qui doivent l’annoncer à l’âge suivant, car la foi naît de la prédication. Il n’y a pas de génération spontanée de la foi chrétienne, mais bien plutôt une tradition constante et vivante.

C’est ainsi que, pour reprendre une formule heureuse née dans notre milieu, l’Eglise est tout à la fois héritage et projet. Tout est reçu, et tout est à transmettre : la grâce de Jésus Christ nous parvient à travers une longue suite de fidélités dans la vie et dans la prédication ; tout pourrait s’arrêter avec nous, le poids de l’avenir de Dieu repose sur notre propre fidélité. Cela, bien sûr, se fera selon des modalités et avec des formulations extrêmement variables, selon les milieux et les époques. La clé de la première expansion missionnaire fut l’hospitalité du monde oriental, comme en témoigne notre texte. Les signes qui accompagnent la mission furent éprouvés par la communauté dans le cours de sa vie (rapprocher Lc 10,19 et Ac 28, 4-6). Ces conditions de la mission peuvent changer considérablement. L’essentiel est ailleurs : il est dans le message qui est présenté et dans l’efficacité de ce message.

On pourrait même dire que l’essentiel est dans le fait même de la mission. L’Eglise n’est pas l’Eglise quand elle réserve la grâce et le salut pour consommation interne, quand elle devient, sur une large échelle ou sur une base plus restreinte, un club au membership réservé et limité. Dieu déploie son salut dans la prédication de l’Evangile, dans le témoignage de la résurrection qu’est la vie des croyants et leur travail pour la moisson du monde.

La mission des soixante-douze est située par Luc dans le cadre de la montée de Jésus vers Jérusalem. Cette constatation est beaucoup plus qu’une remarque d’ordre littéraire. Il faut lire notre péricope évangélique en lien étroit avec ce qui précède. Marcher à la suite de Jésus, c’est annoncer la venue du Règne de Dieu ; être disciple suppose une participation complète à l’œuvre de Dieu comme Jésus l’a vécue lui-même. Et comme cela a conduit Jésus à la mort, cela pourrait signifier pour le disciple la perte de sa vie, dans tous les sens du terme, sans exclure le sens le plus matériel. Mais ce n’est pas sur ce point que Luc insiste ici. Il veut plutôt encourager sa communauté à ne pas hésiter à prendre la relève de la génération précédente et à y trouver sa joie. Car pour un chrétien, quelle joie plus grande peut-il y avoir que de contribuer à l’actualisation de la victoire de Dieu et du Christ sur le mal ? Travailler, comme Jésus, à donner espérance aux pauvres, à libérer les captifs, à permettre de voir à ceux qui ne voient pas, à libérer les opprimés (4,18), c’est faire tomber Satan comme un éclair. Les chrétiens, par leur mission, doivent contribuer à la lutte contre toutes les formes du mal, quels que soient les visages qu’il prenne aux différentes époques de l’histoire …

 

Roland PROULX, Joseph MORIN, Laval LETOURNEAU,

Proche est ta parole : lectures bibliques du dimanche, année C, 4ème édition.

Apostolat des Editions, Paris, p.p.154-155.

 

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