Pentecôte et Actes des apôtres 2 (act 2)

Publié le par père Jean-Luc Fabre

Sur quoi devons-nous fonder notre jugement concernant toute situation humaine ? [Discours de Pierre Actes 2]

 

Les Actes des Apôtres narrent la façon dont l’Eglise s’est inventée sous l’action de l’Esprit en accueillant le moment présent. Le chapitre 2 est riche d’enseignements sur la manière dont nous concevons, comme chrétiens, ce qui fonde notre jugement pour toute situation humaine. Pour ce faire, suivons la progression du discours de Pierre en mesurant les évolutions des manières de s’adresser à ses interlocuteurs, pris dans la situation.

 

« Alors Pierre, debout avec les onze autres Apôtres, prit la parole » L’événement se déroule. Il trouve son origine dans le rassemblement des disciples qui, sous l’action de l’Esprit, s’ouvre de manière diversifiée à la diversité des personnes juives présentes. Cet événement donne lieu à des interprétations multiples parmi les spectateurs qui par leurs réactions deviennent, eux aussi, acteurs. C’est alors que Pierre surgit dans le débat avec les autres apôtres. Voilà les adresses successives dans son discours : « Habitants de la Judée, et vous tous qui séjournez à Jérusalem » puis « Hommes d'Israël » et, enfin, « Frères ». Une progression se dessine, de la situation avec les habitants et les gens de passages, jusqu’au rassemblement dans une histoire commune, celle d’Israël. A la fin de son discours, Pierre s’adresse encore différemment à eux. Il les appelle « Frères », nomination reprise par eux dans leur réponse. « Frères, que devons-nous faire ? » Ce discours produit donc un profond remaniement des relations. Des personnes se retrouvant d’une manière occasionnelle se reconnaissent et se découvrent envisager ensemble un avenir commun. Quelle en est la raison ?

 

« Or, Dieu l'a ressuscité » Le pivot du changement symbolique entre les auditeurs et Pierre est le récit concernant cet homme Jésus. Pierre leur dit : « vous l'avez fait mourir », lui aussi y a eu sa part[i]. C’est de l’expérience déjà vécue de l’acceptation pleine du pardon de son péché qu’il trouve la force de les interpeller à ce niveau. Un axe nouveau apparaît, celui de l’achèvement de l’histoire, de toute l’histoire humaine. « Ce même Jésus que vous avez crucifié, Dieu a fait de lui le Seigneur et le Christ ». Pierre se situe avec les autres apôtres comme le témoin de cette radicale nouveauté, mu par l’Esprit. Une nouvelle histoire reprend le passé et ouvre à un avenir fraternel pour tous. A la question « Frères, que devons-nous faire ? » il ne s’agit pas de répondre par un faire mais par un être, être en relation avec le Seigneur, par le baptême. La fin du chapitre campera une manière créative de faire qui en découle : unité dans la prière, partage des biens, simplicité, allégresse…

 

Ainsi le jugement ecclésial en toute situation se fonde d’abord sur la recherche de la fraternité universelle en Christ. Remarquons que le Pape François, dans les premiers pas de son pontificat, a mis fortement en scène ce passage des Actes : adresse à ses frères et sœurs en Christ, prière de tous les chrétiens assemblés [Place Saint Pierre], centralité de la Mort et la Résurrection du Seigneur [Messe des cardinaux], accueil de tous, enfant de Dieu  [rencontre des journalistes]… Ne doutons pas que le reste de son enseignement se fera à partir de là.

 

La visée universelle : tous « Frères » en Christ

Le principe qui les unit « Hommes d'Israël »

En situation

« Habitants de la Judée, et vous tous qui séjournez à Jérusalem »

La structure véritable en croissance, celle du corps des pécheurs pardonnés

« vous l'avez fait mourir »

Le schéma rassemble une première tension dynamique de l’être en allant du corps des pécheurs pardonnés vers la fraternité universelle, et une autre tension dynamique du faire en situation avec des personnes éparses, rassemblées par un principe…

 

Actes 2 Ils étaient tous déconcertés ; dans leur désarroi, ils se disaient les uns aux autres : « Qu'est-ce que cela veut dire ? » D'autres disaient en riant : « Ils sont pleins de vin doux ! » Alors Pierre, debout avec les onze autres Apôtres, prit la parole ; il dit d'une voix forte : « Habitants de la Judée, et vous tous qui séjournez à Jérusalem, comprenez ce qui se passe aujourd'hui, écoutez bien ce que je vais vous dire. Non, ces gens-là ne sont pas ivres [...]. Mais ce qui arrive, c'est ce que Dieu avait dit par le prophète Joël : Il arrivera dans les derniers jours, dit Dieu, que je répandrai mon Esprit sur toute créature : vos fils et vos filles deviendront prophètes, […]. Hommes d'Israël, écoutez ce message. Il s'agit de Jésus le Nazaréen, cet homme dont Dieu avait fait connaître la mission en accomplissant par lui des miracles, des prodiges et des signes au milieu de vous, comme vous le savez bien. Cet homme, livré selon le plan et la volonté de Dieu, vous l'avez fait mourir en le faisant clouer à la croix par la main des païens. Or, Dieu l'a ressuscité en mettant fin aux douleurs de la mort, car il n'était pas possible qu'elle le retienne en son pouvoir. […]. Frères, […] Ce Jésus, Dieu l'a ressuscité ; nous tous, nous en sommes témoins. […] Il a reçu de son Père l'Esprit Saint qui était promis, et il l'a répandu sur nous : […] Que tout le peuple d'Israël en ait la certitude : ce même Jésus que vous avez crucifié, Dieu a fait de lui le Seigneur et le Christ. » Ceux qui l'entendaient furent remués jusqu'au fond d'eux-mêmes ; ils dirent à Pierre et aux autres Apôtres : « Frères, que devons-nous faire ? » Pierre leur répondit : « Convertissez-vous, et que chacun de vous se fasse baptiser au nom de Jésus Christ pour obtenir le pardon de ses péchés… ». 

 

Pour prier

 

Me mettre en la présence du Seigneuren lui demandant qu’il m’aide dans la question qui m’habite, qu’il me donne de me situer.

Repasser l’histoire : éprouver le mouvement des auditeurs de Pierre

·  Sentir comment Pierre évolue dans sa nomination des juifs venus à Jérusalem, comment ils sont appelés

·  Éprouver comment Pierre les appelle à partir de la force de son expérience de témoin, de pécheur pardonné

·  Éprouver comment ils sont touchés et répondent transformés

Parler au Seigneur de ma question, riche de  la transformation contemplée des juifs venus à Jérusalem.

Terminer en récitant un Notre Père.

père Jean-Luc Fabre

 

[i] La capacité d’interpellation fraternelle de Pierre provient du fait que le collège des Apôtres s’est reconstitué en Actes 1. Les Onze ont dépassé le traumatisme de la Passion en élisant Mathias. Ils se sont reconnus pécheurs pardonnés et, par là, capables d’ouverture. Le pardon reçu est le lieu de naissance de l’Eglise. C’est ce qui autorise la parole fraternelle, toujours celle d’un pécheur pardonné. La devise du Pape François est "Choisi parce que pardonné".

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