La solitude extrême du Christ

Publié le par Jardinier de Dieu

Gethsémani la Passion et la mort du Christ sur la croix : de la solitude la plus grande à l’union

 

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Le Christ a souvent recherché la solitude pour prier, et le soir de la prière à Gethsémani, il demande à la fois la présence de ses disciples les plus proches et s’en éloigne, car ils ne peuvent pas entrer dans le mystère qu’il va devoir affronter (cf Luc et les larmes et la sueur de sang). A Gethsémani, le Christ demande pourtant aux disciples de veiller avec lui, et sa demande ne laisse place à aucun doute : « Mon âme est triste à en mourir, demeurez et veillez avec moi(9) ». Une intimité s’est creusée, car les autres disciples ont été laissés à l’écart ; mais même Pierre et les deux fils de Zébédée laisseront, eux, Jésus-Christ à sa solitude. Par deux fois, les disciples s’endormiront. Solitude extrême du Christ, qu’aucun homme n’aura pu suivre ; mais solitude avec Dieu, au coeur de l’épreuve qu’il traverse.

Le Christ, par sa Passion et sa mort, rejoint, je crois, toutes nos solitudes les plus douloureuses. On sait que les Evangiles se font l’écho de ce cri du Christ sur la Croix : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?(10) » (Mt, 27,46 ; Mc 15,34) 

Mon Dieu, mon Dieu,

pourquoi m’as-tu abandonné ? *

Le salut est loin de moi,

loin des mots que je rugis.

Mon Dieu, j’appelle tout le jour,

et tu ne réponds pas ;

même la nuit,

je n’ai pas de repos.

On sait que ce cri poussé par Jésus est le passage d’un psaume qui s’achève en louange. Mais il s’agit de ne pas minimiser l’événement de la Passion. Par elle, Jésus-Christ, Fils de Dieu, entre vraiment dans l’expérience de l’agonie et de la mort. Et cet abandon prend un sens qui nous concerne. Par le sacrifice de la Croix, le Père laisse entrer le Fils dans l’expérience de la mort, la plus profonde solitude qui soit. Dieu n’est pas absent, le Père n’a pas quitté Jésus ; la preuve en est dans le récit que fait Luc des dernières paroles du Christ : « Père, en tes mains je remets mon esprit (11). »

Je me permets de finir ce temps par quelques remarques issues d’un ouvrage riche et profond, Jésus- Christ, lumière de la solitude humaine :

« Saint Thomas d’Aquin explique que l’on peut en un sens dire que Dieu désire la mort du Christ, dans la mesure où Il se livre à la mort par amour et l’assume avec courage. On peut dire de même que la solitude de Gethsémani et l’abandon de la croix sont objets de la volonté divine dans la mesure où Jésus les transforme en expression achevée d’obéissance et d’amour filial (…) Précisément, Jésus, livré aux mains de ses ennemis, prend le chemin de la croix et subit l’abandon au Calvaire pour que le monde sache jusqu’où va son amour.(12) ».

Cela signifie donc que la plus profonde de nos solitudes, dans la mesure où elle a été assumée par le Christ, est animée de l’amour de Dieu, et qu’en elle, pourvu que nous nous tournions vers le Père, nous ne serons pas seuls, mais seuls avec Lui.

Un extrait d'une Conférence donnée à Orléans par Stéphane CHAMPIE,

professeur de philosophie, marié, père de famille.

(dans Partage, avril 2011)

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(9) Evangile selon saint Mathieu, 26, 36.

(10) Rappelons, s’il était besoin, que ces mots sont une reprise du Psaume 22 (21), dont Jésus se sert alors comme prière personnelle. Remarquons quelques passages de la fin de ce psaume : « Tu m’as répondu !(22) ; Et je proclame ton nom devant mes frères, je te loue en pleine assemblée. (23) Car il n’a pas rejeté, il n’a pas réprouvé le malheureux dans sa misère ; il ne s’est pas voilé la face devant lui, mais il entend sa plainte. (25) ». Traduction de la Bible de la liturgie catholique.

(11) Evangile selon saint Luc, (23, 46).
(12) Jésus-Christ, lumière de la solitude humaine José Manuel Dos
Santos Ferreira, Cerf ¸(1989, traduction 1993) p.222.