Dieu dans le "plus" de l'amour

Publié le par Jardinier de Dieu

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Dans sa revendication d’autonomie, notre contemporain pense n’avoir pas besoin de Dieu. En tout état de cause, il rejette un Dieu dont la grandeur s’édifierait sur sa propre misère, un Dieu qui viendrait combler les limites de son savoir, les frustrations de sa sensibilité ou les défaillances de sa liberté.1 Il ne demande pas non plus à Dieu de réaliser ce qui lui semble relever de sa vocation et de sa responsabilité : construire un monde plus humain. Toute apologétique qui prétendrait faire surgir Dieu des failles de l’existence humaine apparaît à l’homme moderne indigne de Dieu et de lui-même.

 

Or, précisément, l’expérience de Dieu qu’Ignace de Loyola invite à faire ne prend pas naissance dans la conscience des faiblesses et des fragilités de l’homme. Quand lui-même songe à son avenir durant sa convalescence, après avoir été blessé à Pampelune, il ne demande pas à Dieu de donner un sens à sa vie. Les grandes choses dont il rêve ont, en elles-mêmes, leur valeur et leur poids. Elles justifient qu’il demande une nouvelle opération qui, au prix de grandes souffrances, lui laissera l’espoir d’une réussite humaine.


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Ignace de Loyola sait ce que c’est que d’être homme, et rien ne lui paraît plus exaltant que de tout mettre en oeuvre pour le service d’une inaccessible Infante. Aussi, quand Dieu s’insinue en son coeur, ce n’est pas pour combler un vide mais pour lui révéler une plénitude qu’il ne soupçonnait pas. Sa première expérience de Dieu est faite de plénitude et d’émerveillement. Au-delà de ses rêves les plus fous, il découvre qu’il y a quelque chose de plus grand encore. Dieu ne lui apparaît pas comme nécessaire à son bonheur, mais comme un surcroît de gratuité.


 

Philippe Lécrivain, « Les Exercices Spirituels d’Ignace de Loyola, un chemin de liberté. »

 

Revue d'éthique et de théologie morale 2005/2 - n°234 pp 71-86

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1 D. BONHOEFFER (mort en 1945), « Dieu n’est pas un bouche-trou », Résistance et soumission, Labor et fides, 2e éd., 1973, p. 321-322.

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