Lc 13,1-9 Le figuier desséché, convertissez-vous !

Publié le par père Jean-Luc Fabre

3e dimanche de Carême
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Evangile de Jésus-Christ selon saint Luc 13,1-9.

Un jour, des gens vinrent rapporter à Jésus l'affaire des Galiléens que Pilate avait fait massacrer pendant qu'ils offraient un sacrifice.

Jésus leur répondit : «Pensez-vous que ces Galiléens étaient de plus grands pécheurs que tous les autres Galiléens, pour avoir subi un tel sort ? Eh bien non, je vous le dis ; et si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous comme eux. Et ces dix-huit personnes tuées par la chute de la tour de Siloé, pensez-vous qu'elles étaient plus coupables que tous les autres habitants de Jérusalem ? Eh bien non, je vous le dis ; et si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de la même manière.»

Jésus leur disait encore cette parabole : « Un homme avait un figuier planté dans sa vigne. Il vint chercher du fruit sur ce figuier, et n'en trouva pas. Il dit alors à son vigneron : 'Voilà trois ans que je viens chercher du fruit sur ce figuier, et je n'en trouve pas. Coupe-le. A quoi bon le laisser épuiser le sol ? 'Mais le vigneron lui répondit : 'Seigneur, laisse-le encore cette année, le temps que je bêche autour pour y mettre du fumier. Peut-être donnera-t-il du fruit à l'avenir. Sinon, tu le couperas.'»

***

Nous sommes en carême, nous le savons bien : ce temps a à voir avec le péché, la rédemption, et encore plus, notre propre péché, notre propre rédemption…  C’est l’enjeu véritable bien plus que des efforts  extérieurs de Carême. Ce que le Seigneur désire, c’est un cœur tourné vers Lui… Comment aborder cette question du péché, question qui dérange, met mal à l’aise… Peut-être, en nous laissant guider en confiance par l’Eglise, par les choix des passages d’Ecriture qu’elle réalise pour nous, pour nous donner d’avancer vers une lumière plus juste…

 

Entrons dans ce passage d’Evangile avec cette perspective au cœur. Nous y retrouvons Jésus qui d’une certaine manière fait digression par rapport au dialogue qui cherche à s’instaurer. Après tout, Jésus aurait pu parler d’autre chose avec ces gens qui viennent lui rapporter l’affaire des Galiléens. Il aurait pu parler de l’injustice de l’occupant (des innocents victimes de la force aveugle), d’essayer d’expliquer les choses pour les autres, faire une théorie… Et bien non. Jésus, et il en remet juste après une nouvelle couche, leur dit, il nous dit et redit : « si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous comme eux ». Jésus nous demande de considérer vraiment notre propre situation, de ne pas nous en évader en pensant à autre chose, aux malheurs des autres… mais de nous considérer nous, nous et notre situation.

 

Jésus m’appelle à considérer ma manière de vivre, nos manières de vivre, en faisant abstraction de tout le reste (de ce qui peut justifier, expliquer, dériver ailleurs). Peut-être vais-je pouvoir, avec ce point de vue, réaliser que cette manière ne me conduit pas, ne nous conduisent vers une vie pleine, durable…  Jésus appelle chacun de nous à vivre une crise par rapport à lui-même…

 

Le fait que Jésus nous le dise ainsi, comme cela, sans un lien apparent, et par deux fois indique bien son intention de nous dire quelque chose qui compte pour lui et qu’il veut que nous entendions… Il cherche à produire sur nous un effet, il cherche à nous inquiéter pour nous donner de sortir de cette espèce de torpeur, à nous réveiller, à nous donner de retrouver en nous la possibilité de nous reprendre, de nous situer d’une nouvelle manière, de nous convertir…  Ma manière ne va pas. Peut-être bien que cette apostrophe rencontre un écho en moi, me met en mouvement. Je suis dans la reconnaissance de la pauvreté de ma vie… Au-delà de la réflexion sur ce passage d’Ecriture Sainte, je suis appelé à prendre du temps pour me considérer…

 

Et là, je puis entendre la consolation qu’il m’offre. Si je suis sur le chemin de conversion, il m’aide, il me conduit, il me tend la main, il est toute patience envers celui qui cherche à aller vers la lumière… Voilà les deux faces de Jésus, il parle, nous invective parfois, non pas pour condamner mais pour nous appeler à quitter nos vieilleries, pour aller vers la vie. Percevoir cette bonté forte, qui appelle, qui m’encourage à laisser tomber ces fausses béquilles qui m’empêchent de marcher librement… L’écouter comme le Père le disait la semaine dernière. Aller mon propre chemin, le véritable, celui qui me conduit à travers la pauvreté et le désir à la vérité de mon être en relation véritable avec Lui, avec mes frères reçus comme frères. Je ne parle plus à partir d’autres, mais à partir de la vie que je reçois en moi.
 

Père Jean-Luc Fabre