Lc 14, 25-33 Comment devenir disciple ?

Publié le par père Jean-Luc Fabre

Mercredi (31e semaine du temps ordinaire) Luc 14,25-33. 

De grandes foules faisaient route avec Jésus ; il se retourna et leur dit : « Si quelqu'un vient à moi sans me préférer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et sœurs, et même à sa propre vie, il ne peut pas être mon disciple. Celui qui ne porte pas sa croix pour marcher derrière moi ne peut pas être mon disciple. Quel est celui d'entre vous qui veut bâtir une tour, et qui ne commence pas par s'asseoir pour calculer la dépense et voir s'il a de quoi aller jusqu'au bout ? Car, s'il pose les fondations et ne peut pas achever, tous ceux qui le verront se moqueront de lui : 'Voilà un homme qui commence à bâtir et qui ne peut pas achever ! 'Et quel est le roi qui part en guerre contre un autre roi, et qui ne commence pas par s'asseoir pour voir s'il peut, avec dix mille hommes, affronter l'autre qui vient l'attaquer avec vingt mille ? S'il ne le peut pas, il envoie, pendant que l'autre est encore loin, une délégation pour demander la paix. De même, celui d'entre vous qui ne renonce pas à tout ce qui lui appartient ne peut pas être mon disciple.

Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible - © AELF, Paris

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La bonne nouvelle doit être reçue, nous n’avons pas à nous laisser porter par ce que nous concevons ; mais écouter ce que le Seigneur dit vraiment. Et pour le bien faire, nous avons à présupposer qu’il est bienveillant et aidant pour nous en toute situation. Nous avons aussi à bien cerner ce que les mots comme celui de disciple veulent dire dans la bouche de Jésus aux moments donnés et non dans notre système de représentation. Cela requiert aussi de nous, d’accepter de vivre une situation dans sa nudité, d’être dépassée par elle… Nous ne pouvons pas faire ce que Jésus demande en dehors de ce qui nous advient dans notre vie, comme par ailleurs.

« De grandes foules faisaient route avec Jésus. » Etre le disciple du Christ ne consiste pas seulement à faire route avec lui, porté par un groupement de personnes… Il y faut une démarche personnelle, porter sa croix,  et pouvoir marcher derrière lui et non seulement avec. Marcher derrière lui veut dire prendre le chemin que Jésus est entrain de tracer, mais nous ne pourrons le prendre que lorsqu' il l’aura intégralement parcouru. En l’état présent de la situation, Jésus marche vers Jérusalem, Jésus ne peut qu’annoncer ce qu’il y aura à vivre par celui qui devient disciple de telle manière qu’à un moment la personne qui fait route avec Jésus puisse le devenir. Le Seigneur ne nous laisse pas sans perspective, dans sa parabole, il situe ce que nous pourrons faire lorsque la situation se présentera à nous, vivre cette préférence envers lui. Pour le moment, il ne peut faire appel qu’à notre bonne volonté et nous proposer a priori quelques attitudes à mettre en œuvre au moment de la crise.

« Il envoie, pendant que l'autre est encore loin, une délégation pour demander la paix. » Jésus nous dit là que nous pouvons réagir, en choisissant la vie, sans rester figé sur notre manière de voir, de faire… Jésus nous encourage à vivre ce qui nous arrive en relation avec autrui, en relation avec lui. Il nous dit que tout devient possible si nous nous adressons à lui, à partir de notre situation, de notre difficulté. Il est ce roi puissant qui peut nous sauver, nous sortir de notre impasse. Osons lui parler. 

« Celui d'entre vous qui ne renonce pas à tout ce qui lui appartient » A travers cela : la crise, l’ouverture, l’échange… nous renonçons à notre manière de voir, de nous situer par nous-mêmes. Nous perdons beaucoup de ce qui nous tenait dans la vie, selon nous, et notamment notre pouvoir, nos places. Dans cette perte, nous faisons l’expérience d’être porté par un autre, nous nous ouvrons aussi aux autres, nous ne sommes plus enfermés sur notre seul pouvoir. Nous devenons le disciple de Jésus. Nous avons accès à son pouvoir, qui donne d’aimer.

Ps : Le texte qui suit reprend en des termes philosophiques ce que nous vivons dans la rencontre ; c’est dans la rencontre que nous devenons, c’est donc elle qu’il s’agit de bien vivre, et cela demande un profond lâcher prise de notre part, une confiance dans le Seigneur…

« Toute rencontre est individuante, non parce qu’elle consisterait à se retrouver dans les choses, [dans les êtres], mais parce qu’en elle je deviens ce qui me saisit ». Il en résulte une manière de précepte à connotation à la fois esthétique et éthique : « laisser être ce qui advient sans le mesurer à soi ». Ce serait le propre de l’art et de l’amour ! Ce pourrait être la formule du juste rapport susceptible d’éclore en Bien et en Beau ! ou une invitation au mysticisme ! Le rapport au différant qui vient, advient ou survient implique « une dépossession de soi propre à la rencontre par laquelle s’ouvre mon devenir ». Un tel rapport d’ouverture puis de constitution n’est possible que parce qu’il n’y a pas de préalable, de moi construit et cerné avant la rencontre non plus qu’un autrui ou un dehors figés, stables, arrêtés : nous devenons ensemble 

Serge Meitinger Université de la Réunion

 

père Jean-Luc Fabre

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