Lc 15, 1-3.11-32 4ème Dimanche de Carême, année C

Publié le par père Jean-Luc Fabre

Vivre du rapport juste, comment tenir la vraie tension de nos existences ? (10 mars 2013 - 10/03/13)

cloture22« Désormais la solidarité la plus nécessaire est celle de l'ensemble des habitants de la Terre.  » Albert Jacquard

« Il faut habiter poétiquement la terre." Kenji Mizoguchi

Luc 15, 1-3.11-32 Les publicains et les pécheurs venaient tous à Jésus pour l'écouter. Les pharisiens et les scribes récriminaient contre lui : « Cet homme fait bon accueil aux pécheurs, et il mange avec eux ! » Alors Jésus leur dit cette parabole : Jésus disait cette parabole : « Un homme avait deux fils. Le plus jeune dit à son père : 'Père, donne-moi la part d'héritage qui me revient.' Et le père fit le partage de ses biens. Peu de jours après, le plus jeune rassembla tout ce qu'il avait, et partit pour un pays lointain où il gaspilla sa fortune en menant une vie de désordre. Quand il eut tout dépensé, une grande famine survint dans cette région, et il commença à se trouver dans la misère. Il alla s'embaucher chez un homme du pays qui l'envoya dans ses champs garder les porcs. Il aurait bien voulu se remplir le ventre avec les gousses que mangeaient les porcs, mais personne ne lui donnait rien. Alors il réfléchit : 'Tant d'ouvriers chez mon père ont du pain en abondance, et moi, ici, je meurs de faim ! Je vais retourner chez mon père, et je lui dirai : Père, j'ai péché contre le ciel et contre toi. Je ne mérite plus d'être appelé ton fils. Prends-moi comme l'un de tes ouvriers.' Il partit donc pour aller chez son père. Comme il était encore loin, son père l'aperçut et fut saisi de pitié ; il courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers. Le fils lui dit : 'Père, j'ai péché contre le ciel et contre toi. Je ne mérite plus d'être appelé ton fils...' Mais le père dit à ses domestiques : 'Vite, apportez le plus beau vêtement pour l'habiller. Mettez-lui une bague au doigt et des sandales aux pieds. Allez chercher le veau gras, tuez-le ; mangeons et festoyons. Car mon fils que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé.' Et ils commencèrent la fête. Le fils aîné était aux champs. À son retour, quand il fut près de la maison, il entendit la musique et les danses. Appelant un des domestiques, il demanda ce qui se passait. Celui-ci répondit : 'C'est ton frère qui est de retour. Et ton père a tué le veau gras, parce qu'il a vu revenir son fils en bonne santé.' Alors le fils aîné se mit en colère, et il refusait d'entrer. Son père, qui était sorti, le suppliait. Mais il répliqua : 'Il y a tant d'années que je suis à ton service sans avoir jamais désobéi à tes ordres, et jamais tu ne m'as donné un chevreau pour festoyer avec mes amis. Mais, quand ton fils que voilà est arrivé après avoir dépensé ton bien avec des filles, tu as fait tuer pour lui le veau gras !' Le père répondit : 'Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi. Il fallait bien festoyer et se réjouir ; car ton frère que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé ! »

 

Remarque préliminaire.

Les textes que vous lisez, présupposent, pour être reçus, une lecture préalable et attentive des passages de l’évangile qui les précèdent. Ces commentaires visent à vous aider à entrer dans un aspect de la page d’Evangile proposée chaque dimanche à notre foi par notre Eglise. Ces commentaires ne disent donc pas tout, ils suggèrent, ils vous appellent à un travail personnel de réflexion, d’interprétation… alors bon travail… et bonne habitation de la Parole de Dieu en vous…

 

La vie, comment la recevoir, peut-être reconnaître que nous ne faisons pas bien, que peut-être même nous ne nous y prenons pas bien du tout au-delà même de notre faire que nous pourrions chercher à améliorer… Pour ce dimanche de carême, le récit du père et de ses deux fils revient… Il est d’une richesse infinie, susceptible d’engendrer une multitude de commentaires, tant les perspectives sont nombreuses…

 

Voilà déjà quelques approches sur le Blog 1) En se considérant en nous-mêmes comme à la fois le père, le fils cadet et le fils ainé http://www.jardinierdedieu.com/article-lc-15-1-3-11-32-le-fils-retrouve-46638952.html, 2) en mesurant d’bord la visée communicationnelle de la proposition faite par Jésus à ses détracteurs http://www.jardinierdedieu.com/article-luc-15-1-32-les-paraboles-de-la-misericorde-56824134.html...

 

Aujourd’hui nous pouvons essayer pour entrer plus personnellement dans ce que la Parole de Dieu a à nous dire en notre vie, le système relationnel des trois, du fils cadet, du fils ainé et du père. Des mondes doivent se rencontrer… celui du fils cadet, dur et pratique, proche de notre manière sociale commune d’être aujourd’hui, celui du fils ainé, délicat et introverti, plus proche de ce qui était jadis et celui du père, ouvert et engendrant…

 

« Comme l'un de tes ouvriers » Voilà comment le fils cadet se voit revenir à la maison de son père, un ouvrier parmi les autres. Son identité de fils n’est pas pour lui essentielle. Elle se gagne ou se perd dans ce qu’il fait ou non. Il a pris ce qui lui revenait sans bien considérer les relations, il revient pour une part à partir de conditions bien concrètes. Le monde qu’il propose est un monde qui bouge, dynamique, ou les relations ne sont pas longues mais de circonstances…

 

« Pour festoyer avec mes amis »C’est le reproche du fils ainé qu’il adresse enfin à son père, il manifeste ainsi le monde qu’il envisage, un monde d’amitiés particulières, un monde affectif pour lui, un monde qu’il choisit, électif et non partagé à tous. Un monde virtuel aussi parce qu’il manque de le promouvoir, de l’assoir… Sinon, il courbe l’échine dans le service vécu extérieurement, imposé. Il fait ce qu’il pense qui lui est demandé de faire, comme en apnée de service, rêvant, en lui-même, d’une vie autre, ailleurs…

 

« Toi, mon enfant » une autre manière d’être en relation nous est proposé. Une manière où chacun habite une maison commune que l’on quitte ou que l’on retrouve. Pour le père, ceux qui travaillent pour lui et sa maison, ne sont ni des ouvriers ou des serviteurs mais des domestiques, qui veillent à la qualité de la vie commune de la maison. Le fils doit se retrouver dans ce relationnel, il y va de sa vie, aussi bien le cadet que l’ainé.

 

Le projet de Dieu est bien de nous rassembler d’une manière spéciale, pas dans un projet commun et extérieur, pas dans un monde électif et fermé mais dans une communion ouverte à tous et où chacun jouit d’une identité pleine en relation avec tous les autres. Heureux père. Heureux serviteur, heureux domestique  aussi que nous pouvons chacun devenir en acceptant pleinement notre identité de fils…

 

Où en suis-je dans ma manière d’être ? En famille, en paroisse, au travail, avec mes relations… Comment est-ce que j’habite ma vie, comme un lieu de devoir avec une partie secrète, comme un lieu de jouissance, comme un lieu d’engendrement…

 

Belle avancée !

père Jean-Luc Fabre

image http://www.jeanlouptrassard.com/images/stories/photos/Home/cloture22.jpg

 

En prime un très beau texte « Est-il encore aujourd’hui possible d’habiter ici ? » d’Ingrid Auriol http://parolesdesjours.free.fr/habiter.pdf