Lc 17, 5-10 du 27e dimanche du temps ordinaire, année C, 06 octobre 2013

Publié le par père Jean-Luc Fabre

Etre un bon serviteur, c’est demeurer avec son maître…

Dimanche 06/10/13

Luc 17, 5-10 Les Apôtres dirent au Seigneur : « Augmente en nous la foi ! » Le Seigneur répondit : « La foi, si vous en aviez gros comme une graine de moutarde, vous diriez au grand arbre que voici : 'Déracine-toi et va te planter dans la mer', et il vous obéirait. Lequel d'entre vous, quand son serviteur vient de labourer ou de garder les bêtes, lui dira à son retour des champs : 'Viens vite à table' ? Ne lui dira-t-il pas plutôt : 'Prépare-moi à dîner, mets-toi en tenue pour me servir, le temps que je mange et que je boive. Ensuite tu pourras manger et boire à ton tour.' Sera-t-il reconnaissant envers ce serviteur d'avoir exécuté ses ordres ? De même vous aussi, quand vous aurez fait tout ce que Dieu vous a commandé, dites-vous : 'Nous sommes des serviteurs quelconques : nous n'avons fait que notre devoir.' »

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Le service… nous avons une manière souvent inappropriée de le comprendre… nous le valorisons d’une manière excessive… Alors, en ce jour, essayons d’entendre cette parole évangélique justement… Notons qu’elle se situe dans cette masse d’interactions entre le Seigneur Jésus et les foules, entre le Seigneur Jésus et les disciples, entre le Seigneur Jésus et les apôtres… Une vérité cherche son chemin à travers tout cela… Jésus tente de faire percevoir quelle est l’attitude juste, la façon adaptée d’être pour entrer dans le salut… Et nous percevons bien combien cela est difficile puisque les attitudes nous tiennent littéralement à la peau. S’attaquer aux attitudes, c’est comme s’attaquer à la racine de notre être… Comment donc être un « bon serviteur » selon ce que le Seigneur dit ? Aidons-nous des occurrences dans ce passage de l’évangile…

Jésus propose à ses interlocuteurs de concevoir autrement le rôle du serviteur en prenant appui sur l’attitude normale d’un maître humain envers ses serviteurs Ce maître demandera toujours de faire aussi bien aux champs qu’à la maison à son serviteur : « Quand son serviteur vient de labourer… ». Et même, de manière générale, il n’aura aucune reconnaissance particulière concernant l’activité du serviteur. « Sera-t-il reconnaissant envers ce serviteur d'avoir exécuté ses ordres ». Cela induit la conclusion qui doit être portée par les disciples ou tout du moins les interlocuteurs de Jésus. Il leur est proposé de reconnaître ce donné : « Nous sommes des serviteurs quelconques : nous n'avons fait que notre devoir ». Ce qui est mis en brèche tout au long du discours de Jésus, c’est donc la valeur de la part active du service. En aucune manière, la valeur du serviteur ne va provenir de ce qu’il aura fait, même d’une manière incessante, même d’une manière excellente. Un autre aurait pu le faire, d’où les traductions de serviteur : « inutile » ou « quelconque », « quelconque » veut dire substituable, « inutile » veut dire sans utilité, ce qui révoque un monde d’utilité, de pratique, un monde de faire qui est déclaré sans valeur…

Alors, la bonne nouvelle, pour nous aujourd’hui, c’est de réaliser que le service ne réside pas dans le faire, mais dans l’être, et, plus exactement, dans l’« être avec ». Un serviteur, c’est d’abord et avant tout quelqu’un qui est « avec son maître ». Dès lors, on peut concevoir que l’activité quel qu’elle soit, est sans valeur par rapport au fait d’« être avec ». Ce qui compte, c’est la relation partagée, de là naît la valeur du faire, en ce qu’il contribue à conforter la relation, à l’approfondir. On peut même comprendre combien l’activité, même la plus réussie, peut être un obstacle à la relation, puisqu’elle peut se substituer en termes de reconnaissance à la relation, nous éloigner de la relation, nous faire être en autonomie sur notre propre représentation d’agissant. Nous revienne à la mémoire la réponse de la Vierge Marie à l’Ange « je suis la servante du Seigneur, qu’il m’advienne selon ta parole ». Il n’y a pas, en Marie, la mise en avant d’un faire, mais l’acceptation d’un « être avec » dans les aléas de l’histoire, de même lors de la rencontre entre Jésus et les deux sœurs, Marthe et Marie. Etre au pied du Seigneur, et donc « être avec Lui », est bien la meilleure part. C’est bien ainsi qu’il faut comprendre le début du Principe et Fondement, « l’homme est créé pour louer, respecter et servir Dieu Notre Seigneur et sauver son âme ». Louer, respecter, servir sont trois verbes de relation et non d’action… On retrouve cet ancien sens du mot « servir », comme lorsqu’on sert dans un régiment.

Le pas pour nous, pour aller d’un sens, tourné vers l’action et l’auto-reconnaissance qu’elle induit, vers le sens de la relation, de l’« être avec »… Prendre l’habitude de rapporter son faire, à la relation dans une prière du soir, où je reçois comme un don la journée où il m’a été donné d’agir. Dans la paix du soir, je puis reconnaître que tel l’archet qui produit un son en rencontrant les cordes du violon, ma vie était accompagnée, précédée, aimée par celle du Seigneur, dont je reconnais la présence, dont je respecte aussi la présence et d’où peut naître une parole de louange… La vie chante alors !

Père Jean-Luc Fabre

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