Lc 3,1-6 2è dimanche de l'avent C (2009)

Publié le par Aumonerie de Purpan (jardinier de Dieu)



Les lectures de la messe (6/12/2009)

Deuxième dimanche de l’Avent…

La parole de Dieu fut adressée dans le désert à Jean, fils de Zacharie. Le monde est donné comme ordonné selon les puissants dans une chronologie figée,  un ordre établi, les puissants se reconnaissent entre eux. Il y a la place pour le pouvoir politique ainsi que pour le pouvoir religieux dans un compromis certes instable mais qui dure, il faut de tout pour faire un monde... Dans cette immobilité de l’ordonnancement, les noms des détenteurs peuvent changer,  tourbillonner même, la structure restera. Toutefois dans cette mobilité où rien n’advient de neuf, surgit une parole, celle de Dieu, c’est même plus fondamentalement « La » Parole de Dieu. Elle surgit dans un lieu extrême,  où le cadre qui s’impose dans les villes et leur sur-activité factice paraît clinquant, déplacé, comparé aux éléments naturels,  à l’aridité, au silence, à la solitude: ce lieu, c’est le désert. Cette parole de Dieu s’adresse à une personne, Jean, qui est dit « fils de Zacharie », cette parole s’adresse comme s’étant déjà adressée à lui, depuis toujours, depuis son origine, fils de Zacharie, origine que le lecteur connaît…  Jean est né d’Elisabeth après la rencontre entre Zacharie et l’ange de Dieu dans le temple lors d’une cérémonie liturgique... Une autre durée se révèle ainsi être  à l’œuvre, elle se manifeste lorsqu’elle le veut, en son temps. Elle vient à nous  de très loin, forte de sa capacité à se dire sans que rien ne l’arrête, la même et pourtant toujours neuve, jeune, appelante, vivifiante… Nous aussi, nous avons, chacun de nous, notre propre désert personnel, où le tourbillon de l’activité mondaine n’entre pas,  où dans la solitude de notre être, nous pouvons entendre  cette voix… la recevoir…  écouter ce qu’elle nous dit depuis toujours, à partir de nous-mêmes, et vivre à partir d’elle ainsi qu’à partir de notre identité profonde… identité qu’elle nous redit, conforte, en s’adressant à nous.

A travers le désert une voix crie. La relation entre cette parole  et la personne qui l’entend va créer une durée, où quelque chose va pouvoir apparaître, prendre forme, se révéler…  Nous le savons bien en nos vies,  peu à peu  quelque chose se tisse entre des êtres, à travers un dialogue qui va s’approfondissant…  et plus j’avance dans ce dialogue, et plus l’être de l’autre m’apparaît comme ayant toujours été là, dans l’épaisseur mystérieuse de son être, ainsi la durée se développe, prend consistance… quelque chose d’ancien, du fond de notre mémoire pousse alors…  à travers le désert de ma solitude ouverte, une voix crie…  à laquelle je vais pouvoir répondre, assuré que je suis dans mon être.

Tout homme verra le salut de Dieu. J’ai à découvrir mon propre désert, ce lieu vide, non occupé, où quelque chose de non prévu, de non balisé, de non repéré peut surgir, prendre consistance. J’ai à entendre cette voix qui parle au-delà, mais d’abord j’ai à aller à mon désert…  Alors, pour moi aussi, ces questions auxquelles je me dois de répondre : mon monde, mon désert que sont-ils ? En ce temps d’Avent, j’entre dans le silence. J’y demeure, j’attends…
P. JL. Fabre