Lc 3, 1-6 deuxième dimanche de l’Avent C

Publié le par père Jean-Luc Fabre

Luc 3, 1-6 Entendre l’appel pour toutes mes terres… 

L'an quinze du règne de l'empereur Tibère, Ponce Pilate étant gouverneur de la Judée, Hérode prince de Galilée, son frère Philippe prince du pays d'Iturée et de Traconitide, Lysanias prince d'Abilène, les grands prêtres étant Anne et Caïphe,la parole de Dieu fut adressée dans le désert à Jean, fils de Zacharie. Il parcourut toute la région du Jourdain ; il proclamait un baptême de conversion pour le pardon des péchés, comme il est écrit dans le livre du prophète Isaïe : « À travers le désert, une voix crie : Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez sa route. Tout ravin sera comblé, toute montagne et toute colline seront abaissées ; les passages tortueux deviendront droits, les routes déformées seront aplanies ; et tout homme verra le salut de Dieu ».

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Et pourquoi ne pas interpréter ce passage de Saint Luc à partir de la personne que je suis ? Cette personne, c’est-à-dire moi, elle a, en elle, des villes, des gouverneurs, des autorités religieuses, des déserts où des paroles surgissent… Oui, nous sommes bien ainsi en chacune de nos vies. Tentons l’expérience de se laisser accueillir ainsi, de se dire qu’en moi il y a un désert où la Parole de Dieu peut retentir, retentit, a retenti…
« L'an quinze du règne de l'empereur Tibère… » C’est vrai ma vie, comme celle de mes frères est prise dans une chronologie extérieure, une chronologie qui s’impose à moi, si je suis en France le lundi de Pâques sera férié en revanche au Canada, c’est le Vendredi Saint, et ainsi de suite… Ces autorités, c’est aussi tout ce qui me guide, me conduit… mon éducation, les exemples reçus… les articulations peuvent être plus ou moins heureuses comme là dans ce passage, les autorités civiles sont diverses, les Romains, les Rois ou les princes plus ou moins sous tutelle, tout comme les autorités religieuses… Une situation compliquée et figée comme peut l’être aussi ma vie prise dans bien des obligations, dans bien des compromissions, compromissions qui m’imposent de fait un chemin plutôt qu’un autre… Je puis tenter de les nommer au moins, ce qui me pèse, me conduit. Et pourtant, et pourtant…
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« La parole de Dieu fut adressée dans le désert à Jean ». Un lieu secret, un lieu où la vie est en relation directe avec les éléments, un lieu d’histoire aussi pour le Peuple de Dieu, pour moi dans mon existence. Un lieu comme sans contrainte autre que celles du lieu en lui-même. Un lieu de disponibilité en fait, où je dois faire ce qui s’impose directement : préparer ma nourriture, manger, s’occuper de mon linge, dormir… Un lieu où je comprends ce qui se passe, un lieu où j’écoute la nature avec son propre rythme, sa sagesse. Là, sur ce fond de disponibilité, de consistance, la Parole de Dieu s’adresse, elle fait signe, elle se laisse rencontrer, elle touche, elle déplace, elle prend consistance bien loin des parties surchargées… Comme je suis dans un moment de repos, loin de ce qui me guide, me contient, me rassure ou m’emprisonne… Je puis me souvenir de ces lieux-là, de ces moments-là, ils ont souvent surgi à l’improviste dans ma vie, mais ils m’ont permis de découvrir plein de choses sur moi, sur ce qui avait du prix pour moi, sur ce qui comptait pour moi… Cette parole, elle vient de loin, elle porte sa propre tradition de témoins, des événements vécus jadis… Elle demeure toujours extraordinairement neuve, juvénile. Cette parole je dois prendre le temps de la recevoir, de me laisser guider par elle. De lui laisser produire son fruit.
« Tout ravin sera comblé… » Voilà cette antique parole qui vient du fond de ma mémoire, du fond de mon être, du fond de l’histoire du Peuple de Dieu… la forme d’une promesse qui prend en charge ce qui n’en peut plus actuellement, mais qui dit ce qui devrait être pour que la vie soit vraiment la vie… Entendre cette promesse à nouveau, se laisser porter par elle, lui laisser de la place en mon cœur… Tout vraiment tout, ravin, colline, montagne, passages tortueux, routes déformées, ma génétique et mon histoire, ce où j’y peux quelque chose et ce où je n’y peux rien… oui tout et je verrai le salut de Dieu, un salut qui a la couleur, le goût, la saveur de cette vie que j’ai goûtée… Je formule au Seigneur en ce temps d’Avent, ce que mon cœur me dit de lui dire, de lui demander comme jadis Jean qui était parti annoncer la Bonne Nouvelle en appelant les gens de la région du Jourdain à la conversion… Je m’adresse à haute voix à lui, pour que toutes les parties de mon être m’entendent…

 père Jean-Luc Fabre
Merci à JL pour la photo