Lc 5, 12-16 Tomber la face contre terre…

Publié le par père Jean-Luc Fabre

Luc 5, 12-16 Jésus était dans une ville quand survint un homme couvert de lèpre ; celui-ci, en voyant Jésus, tomba la face contre terre et lui demanda : « Seigneur, si tu le veux, tu peux me purifier. » Jésus étendit la main, le toucha et lui dit : « Je le veux, sois purifié. » À l'instant même, sa lèpre le quitta. Alors Jésus lui ordonna de ne le dire à personne : « Va plutôt te montrer au prêtre et donne pour ta purification ce que Moïse a prescrit ; ta guérison sera pour les gens un témoignage. » On parlait de lui de plus en plus. De grandes foules accouraient pour l'entendre et se faire guérir de leurs maladies. Mais lui se retirait dans les endroits déserts, et il priait

Les-SDF-doivent-quitter-le-tunnel-des-Halles-a-Paris articlSDF vivant dans un tunnel situé sous le quartier des Halles à Paris, en 1998. D’ici au mois de septembre, le tunnel sera complètement évacué, le projet de rénovation du quartier entraînant d’importants travaux jusqu’en 2015

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« Tomba la face contre terre » voilà une expérience forte essentielle pour l’homme lorsque tout se dérobe devant lui, qu’il sombre dans un néant, qu’il ne peut plus se donner visage, que tout se défait en lui, qu’il ne sait plus rien, qu’il est anéantit… La face, perdre la face, avoir la face contre la terre et par là mesurer l’écart entre notre vie biologique et notre vie humaine… Sombrer, sombrer encore… L’homme, le lépreux, exprime sa situation devant Jésus. L’homme réduit à son animalité, en contact brutal avec la nature… considéré par les autres comme un simple objet dénué de toute humanité. Le cas du malade, du prisonnier, du migrant, du chômeur… Lorsque la dignité humaine s’efface… Un répit dans la simple vie végétative, entendre des sons, sentir des odeurs, éprouver la pesanteur des corps…

« Jésus étendit la main » C’est là que le Seigneur peut nous rejoindre. Nous redresser, nous redonner le souffle de création, nous pouvons alors croire à la force régénératrice du pardon pour nous, pour les autres. Je puis revenir à neuf dans mon être humain… La parole du Seigneur peut me toucher au plus profond de mon humanité. Celui qui a créé peut me redonner vie, à neuf. Je puis renaître moi qui suis tombé si bas… Merveille de recevoir une seconde fois la vie, d’être restauré, réadmis, savoir que la vie dans laquelle je m’élance est don… Retrouver ce jaillissement et le mesurer vraiment pour ce qu’il est, savoir que ma vie de part en part est don… que je me tiens debout grâce au don…

« Mais lui se retirait dans les endroits déserts ». Comme un équilibre, entre ce que le Seigneur nous redonne et ce qu’il vit, cette capacité à recevoir sa vie d’un autre… Pour cela, il ne cesse de se retirer, de prier. Le souffle de vie qu’il donne, il ne cesse de le recevoir pour lui… C’est par là qu’il nous sauve aussi. Le mesurer, percevoir peut-être comme un appel pour moi, pour conforter la vie au sein de l’humanité. Habiter ce grand arceau de la vie qui va de la simple vie biologique à la vie de l’esprit de filiation…

                                                             Père Jean-Luc Fabre (Prière de vendredi en cvx)

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