Lc 9,11-17 Saint sacrement du Corps et du Sang du Christ

Publié le par père Jean-Luc Fabre

(Prière universelle du dimanche 02 mai 2013)

Les lectures de la messe 06 juin 2010

 

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Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 9,11-17.

La foule s'en aperçut et le suivit. Il leur fit bon accueil ; il leur parlait du règne de Dieu, et il guérissait ceux qui en avaient besoin. Le jour commençait à baisser. Les Douze s'approchèrent de lui et lui dirent : « Renvoie cette foule, ils pourront aller dans les villages et les fermes des environs pour y loger et trouver de quoi manger : ici nous sommes dans un endroit désert. »

Mais il leur dit : « Donnez-leur vous-mêmes à manger. » Ils répondirent : « Nous n'avons pas plus de cinq pains et deux poissons... à moins d'aller nous-mêmes acheter de la nourriture pour tout ce monde. » Il y avait bien cinq mille hommes.

Jésus dit à ses disciples : « Faites-les asseoir par groupes de cinquante. » Ils obéirent et firent asseoir tout le monde. Jésus prit les cinq pains et les deux poissons, et, levant les yeux au ciel, il les bénit, les rompit et les donna à ses disciples pour qu'ils distribuent à tout le monde. Tous mangèrent à leur faim, et l'on ramassa les morceaux qui restaient : cela remplit douze paniers.

Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible - © AELF, Paris    

   
Comment se situer devant le manque en chacune de nos vies ?

Qu’est-ce que l’homme ? Qu’est-ce qui compte vraiment pour lui ? Comment peut-il se développer pleinement ? Ce passage d’Evangile apporte des réponses significatives à ces trois questions.

Une foule vient à Jésus. Jésus accueille cette foule de personnes, par des paroles mais aussi par des actes. Cette rencontre dure. Aucun ne voit le temps passer tant la communication entre Jésus et la foule est vivante, basée sur un échange réciproque. Ainsi, les malades, dans cette ambiance, osent déclarer leur manque et sont guéris : « Jésus guérissait ceux qui en avaient besoin ». Mais le temps passe, « le jour baisse »… Une nouvelle contrainte, ce qui s’impose à nous, à chacun de nous comme la maladie, pointe le nez :  la faim pour cette multitude loin de tout. Ce manque prévisible sera, de fait, énoncé par les disciples, qui sont l’autre inerte, sans mission, de la relation qui se vit entre la foule et Jésus. Ils proposent à Jésus de renvoyer la foule, de rompre ainsi ce qui se passe entre lui et la foule. Ils considèrent les choses d’une certaine manière, selon l’ordre de la maîtrise objective, qui toujours distingue ce qui est possible ou non et donne une place de pouvoir à celui qui parle et porte jugement : « nous sommes dans un endroit désert, renvoie cette foule ».

Mais Jésus ne plie pas devant leur injonction. Il continue à surgir. Lorsque la logique du Royaume se propose avec confiance, rien ne peut l’empêcher. Car le Royaume est la pleine dimension du réel comme coprésence active de Dieu, des hommes, de la Nature, du Fils de l’homme, coprésence désirée, voulue, recherchée et qui ne cesse de déplacer ce que nous nous représentons comme possible pour accéder au plein du réel avec tout son potentiel… A celui qui vient à lui, quel qu’il soit, quelles que soient ses qualités, Jésus l’accueille et l’appelle, continuant à promouvoir la réalisation par tous du Royaume. Cela est également vrai pour ses plus proches, ses disciples… Jésus leur répond : « Donnez-leur vous-mêmes à manger »… Ainsi, à chacun, il donne d’habiter, d’avoir une place, même à celui qui prévoit et exclut, pour faire vivre cette rencontre totale du Royaume. A ceux qui, voyant le problème, lui disaient : « Renvoie-les », Jésus rétorque : « Faites-les asseoir et distribuer leur ce que je vous donne». Comme pour les malades, ceux qui avaient besoin de guérison, la perception du manque, la demande, devient offrande de soi pour contribuer à répondre. « Jésus prit les cinq pains et les deux poissons, et, levant les yeux au ciel, il les bénit, les rompit et les donna à ses disciples pour qu'ils distribuent à tout le monde »… Nous accédons ainsi à l’attitude de fond de Jésus envers chacun, celle de l’hospitalité. « Il leur fit bon accueil ». Jésus ne cesse de faire bon accueil à tous… de donner place à tous…

A chacun de nous, spécialement lorsqu’il se veut en responsabilité, qu’il décide du possible et pour cela écarte, coupe, Jésus propose de faire foi sur la Parole, de se réjouir de ce qui est déjà là, dans ce qui s’impose. Il appelle à multiplier ce « déjà là » avec les autres... L’homme vit de la Parole qui le déborde, c’est elle qui compte pour lui, il se développe dans la Parole donnée et reçue. La confiance engendre la liberté pour autrui, la responsabilité, et même la solidarité… Nous fêtons, en ce jour, le corps et le sang du Christ, Parole toujours donnée pour nous et pour la multitude…

Père Jean-Luc Fabre