Lc 9,18-24 Qui suis-je ?

Publié le par père Jean-Luc Fabre

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QUI

Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 9,18-24.

Un jour, Jésus priait à l'écart. Comme ses disciples étaient là, il les interrogea : « Pour la foule, qui suis-je ? » Ils répondirent : « Jean Baptiste ; pour d'autres, Élie ; pour d'autres, un prophète d'autrefois qui serait ressuscité. » Jésus leur dit : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? » Pierre prit la parole et répondit : « Le Messie de Dieu. » Et Jésus leur défendit vivement de le révéler à personne, en expliquant : « Il faut que le Fils de l'homme souffre beaucoup, qu'il soit rejeté par les anciens, les chefs des prêtres et les scribes, qu'il soit tué, et que, le troisième jour, il ressuscite. » Il leur disait à tous : « Celui qui veut marcher à ma suite, qu'il renonce à lui-même, qu'il prenne sa croix chaque jour, et qu'il me suive. Car celui qui veut sauver sa vie la perdra ; mais celui qui perdra sa vie pour moi la sauvera

Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible - © AELF, Paris

La question de l’identité est certainement la question essentielle envers lui-même qui se pose à tout être humain. En voici quelques harmoniques : « Qui suis-je ? », « Que dit-on que je suis ? », « Que dis-tu que je suis ? » Ces questions et les réponses que nous leur apportons auront de grandes conséquences sur notre manière de nous situer dans la vie… en effet, la réponse donnée marque la manière dont la personne se comprend, comprend le monde, rencontre l’autre qu’elle proclame son identité ou qu’elle reçoive réponse d’un autre… Ce passage d’évangile est riche dans cette perspective. Jésus questionne ses disciples sur son identité. La manière importe grandement. Cette question essentielle de l’identité ne peut être, en effet, abordée comme cela. Elle demande que nous y mettions les formes. Et les formes que nous y mettons disent beaucoup de la manière dont nous nous comprenons déjà.
Que découvrons-nous ? Jésus part de son lieu essentiel : celui de la prière, celui de la relation avec son Père qui l’assure en son être, le dynamise, lui donne d’aller à sa mission. Il s’adresse, de là, à ses disciples. Il y va, pas à pas, en demandant : « pour la foule ? » Puis : « pour vous ? ». Cela entraine la réponse de Pierre : tu es, pour moi, pour nous, « le Messie de Dieu ». Réponse que tout juif sait quil aura peut-être, un jour, à donner en reconnaissant le Messie. Jésus les appelle alors aussitôt à la discrétion, leur révélant son chemin, chemin qui révèle non seulement son être, sa manière d’être, mais aussi la manière des autres, tous les autres… « Qu'il soit rejeté par les anciens, les chefs des prêtres et les scribes »
Nous voyons bien l’intense chemin de repositionnement personnel que Jésus a fait vivre à ses disciples, à travers ces questions, en les amenant à se déterminer. Il les dispose ainsi à quitter le trop bien connu, le trop bien appris, le jamais creusé, pour accepter de recevoir la pleine révélation de l’identité messianique à partir de sa propre histoire, de devenir eux-mêmes à partir de cela. Il les appelle à le suivre. « Celui qui veut marcher à ma suite …» Et nous, acceptons-nous de considérer vraiment que notre identité nous est donnée, quelle se manifeste, se révèle dans les aléas de lhistoire, dans la rencontre... Acceptons-nous que le Seigneur est celui qui nous donne notre identité véritable, que son appel créateur nous appelle à bouger, changer, être en mouvement, à renaître du pardon.
 
Père Jean-Luc FABRE