Le pardon

Publié le par ULTD & ltd

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Le pardon est généralement vu comme très difficile et celui qui y parvient semble avoir fait un acte courageux, voire héroïque. Le pardon est ainsi considéré comme un acte résultant de la volonté et des efforts humains. Or construire sur une base humaine, c'est construire sur le sable. On dépense beaucoup d'énergie, mais les résultats sont peu stables. Alors pourquoi ne pas bâtir le pardon sur le roc qu'est Dieu? Il ne s'agit pas de demander à Dieu la force de pardonner. On peut toujours le faire, mais ainsi, il faut la Lui demander sans cesse et le pardon continue d'être un problème pour nous. Il s'agit plutôt de se voir en vérité en Dieu, qui est Vérité. Cela demande une certaine familiarité avec Dieu par la prière. En Dieu, on se reconnaît pauvre, faible, fragile, et se trouve "haïssable", comme le dit Pascal. Et pourtant Dieu m'aime et me pardonne tout. Si on peut sentir du fond du cœur cet amour et ce pardon divins envers soi-même, on peut se réconcilier avec Dieu, et par conséquent, on peut s'accepter, tout misérable qu'on est, et se réconcilier avec soi-même.

Cette connaissance et reconnaissance de sa misère et de la miséricorde de Dieu sont les conditions nécessaires pour accepter les autres et leur pardonner. Celui qui ne voit pas sa misère et par conséquent n'a pas le sens de la misère humaine, ne peut connaître la miséricorde et le pardon de Dieu pour lui et pour les autres. Il ne peut donc pas accepter les autres et encore moins leur pardonner.  Il en est de même de celui qui voit sa misère mais qui ne croit pas que Dieu puisse l'aimer et lui pardonner malgré tout. Il ne peut pas se réconcilier avec Dieu et avec lui-même, comment peut-il pardonner aux autres? Le pardon à ses ennemis que Dieu nous demande devient alors possible. Car en Dieu, on se rend vite compte que son premier ennemi est soi-même, c'est lui qu'on doit combattre le plus. Si on peut pardonner au plus grand ennemi, comment peut-on ne pas pardonner aux ennemis de second rang que sont les autres, proches ou non?

En Dieu, nous voyons aussi que nous sommes tous plus ou moins blessés et causent toujours des blessures les uns aux autres. Bien sûr, ce sont les plus blessés qui peuvent causer les plus grandes blessures, étant les plus pauvres des biens qu'habituellement les humains désirent: amour, argent, estime, pouvoir, connaissances, talents, qualités, etc…, par conséquent, ce sont les plus complexés, ceux qui souffrent le plus, qui se sentent le moins bien dans leur peau. Car on n'attaque pas sans raison, on attaque souvent pour se protéger contre un danger dont on a peur, peur de perdre ce qu'on a ou de ne pas avoir ce qu'on veut. C'est pourquoi moins on a, plus on est enclin à attaquer les autres, surtout ceux qui ont plus que nous et qui deviennent ainsi une menace pour nous car ils font ressortir davantage notre infériorité et sont plus favorisés pour gagner toute compétition. Si nous comprenons bien ce qui pousse ainsi les autres à nous attaquer, nous devrons nous sentir moins ou pas du tout blessés et même leur venir en aide, s'ils sont plus blessés que nous. Et si nous cherchons à nous venger d'eux, c'est comme si nous donnions encore des coups de couteau à des victimes déjà blessées. Nous qualifions immédiatement un tel acte de cruel, barbare, inhumain, et pourtant il semble que nous le faisons pas mal de fois!

Et paradoxalement, parfois c'est nous-mêmes qui déclenchons le conflit dont nous croyons être victime. Par complexe comme il a été dit plus haut, ou par égoïsme, par incompréhension, par préjugé contre l'autre, nous prenons facilement l'expression de l'ignorance, de la maladresse, de la différence chez l'autre, pour une attaque volontaire contre nous. Notre réaction vindicative à cette attaque imaginaire provoque la même réaction chez l'autre et déchaîne ainsi un combat sans fin, à moins que l'un des deux se ressaisisse et demande pardon. N'est-ce pas nous qui devons le faire ici? Et pourtant cela ne nous vient jamais à l'esprit. Et comme l'autre pense que c'est nous qui avons déclaré la guerre et devons demander pardon, cette situation se termine souvent par une rupture définitive.

Loué sois-Tu, Seigneur Jésus, qui as racheté de Ton sang tous les péchés passés et futurs de chacun de nous et aussi ceux de tous les humains de tout temps et lieu!


Source de la photo http://fr.topic-topos.com/le-pardon-de-lotivy-saint-pierre-quiberon (Le pardon de Lotivy, St Pierre Quiberon).