Le possible et l'espoir

Publié le par père Jean-Luc

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Le lieu de la vie est, pour chaque homme, cette portion de temps et de monde où il est né. Chacun appartient à un « ici » particulier et à un moment déterminé du temps. Cela constitue sa condition qu’il n’est au pouvoir de personne d’abolir. La condition humaine est ce quelle est et elle ne peut être abolie ; chacun est de ce lieu et de ce temps, de ce sexe et de cette couleur de peau.

Cependant, s’il n’est au pouvoir de personne d’échapper à sa condition de vivant mortel, il appartient, néanmoins, à l’être humain d’ouvrir, en cette même vie, un espace pour des possibles encore non réalisés. Et cela, parce que cette vie, il est capable de la penser et de se la dire à lui-même. Et de la rêver autre qu’elle n’est.

Le possible, ce qui n’est pas encore advenu, fait partie de nous-mêmes. Il nous appartient de l’envisager et de l’ouvrir d’une manière concrète et de l’inscrire dans la texture du réel. Mais c’est qu'alors le rêve en appelle à une action pour le mettre en œuvre et lui faire prendre corps. Se contenter de rêver la vie et ne rien faire pour donner corps à ce rêve est se condamner à vivre en marge, dans un univers de fantasmagories voué à se briser contre la réalité ordinaire. Ainsi le mythomane vit-il bien dans son monde, mais ce monde ne peut jamais rencontrer d’une manière effective la réalité commune. S’il veut la rencontrer, il verra son rêve se briser.

Par contre, si le rêve n’est pas fou ni simplement en marge, il peut prendre corps dans la réalité par l’audace de la volonté et de la détermination qui s’attache à ajuster l’un à l’autre, le rêve et la réalité du quotidien. En ce sens, un tel rêve est expression d’un espoir qui ne renonce pas, et il est ouverture concrète de cet espoir.

Un présent fermé sur lui-même est un monde voué à la folie parce que condamné à l’enfermement. Ce qui, par contre, maintient, dans le temps présent, la pulsation de la vie est son ouverture à un temps qui n’est pas encore, celui des autres jours à venir dont on espère qu’ils seront meilleurs que ne l’est le présent.

[…]

L’espoir et le rêve forment donc comme un couple indissociable. La force de l’espoir permet aux hommes de rêver d’une vie meilleure et, lorsqu’ils la rêvent, ils commencent à en dessiner les contours : une autre terre et un autre ciel et, là, une forme différente des relations des hommes les uns avec les autres. De cet « ailleurs » plus beau parce que meilleur à vivre, le rêve esquisse les contours.

Reste, alors, à l’espoir qui entend ne pas demeurer vaine rêverie à se donner les moyens de faire prendre forme à son rêve, à le traduire en projet et à commencer à l’inscrire dans le réel du monde. D’un mot, à articuler son énergie à la réalité du quotidien et entreprendre une action avec détermination.

Utopie, part du rêve © François Chirpaz www.contrepointphilosophique.ch Rubrique Philosophie 30 avril 2009

Cette réflexion philosophique renvoie au passage d’évangile de ce jour en ce sens qu’il donne une perspective concrète au propos du Seigneur. Attendre la Jérusalem céleste demande de mobiliser notre capacité d’action.
Merci Pascal pour cette photo

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