Le Silence pour se disposer

Publié le par Père Jean-Luc

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Nous sommes êtres de relations de part en part, sans cesse en communication… Et ainsi nous sommes le plus souvent orientés, tendus vers un but, un objectif, des choses à faire, et nous saisissons les choses par l’extérieur… par ce qu’elles permettent de faire… nous allons de l’une à l’autre selon notre intention, ou notre obligation… 

Mais, ceci n’est qu’une part de la réalité. Les choses, les êtres existent par elles-mêmes, par eux-mêmes, nous-mêmes, nous existons aussi, bien plus que nous en avons conscience… Une aide précieuse, voire indispensable, pour réaliser cette vérité, c’est le silence : le silence extérieur, le silence intérieur… Cela ouvre en nous des possibles insoupçonnés… 

Aussi, à ce moment de la session, nous vous proposons de Retourner en silence sur nos pas, et d’habiter le silence pendant une petite journée à Penboc’h. Cela veut dire se coucher en silence, se lever en silence, manger en silence, et, par là, trouver son rythme propre indépendamment de la pression du groupe, des habitudes, des nécessités ; il s’agit de manger, de boire, de marcher, de monter les escaliers à son rythme, lentement, de sentir ce dont j’ai besoin, comme boisson, comme nourriture… Et cela va être vécu tous ensemble…communautairement… mêmes les enfants seront associés à la démarche. 

Se laisser habiter par le silence, et ainsi se rendre attentif à tout ce qui m’environne, les bruits des pas, le battement de mon cœur, le vent, la chaleur ou le froid, les couleurs, les odeurs. Ainsi je me rends davantage attentif à ce que je ne voyais plus, et notamment la nature, la nature qui parle à chacun de nous depuis que nous sommes arrivés, à travers la mer, la terre, la végétation, la pluie, le soleil… 

Nous nous retrouvons disponible pour tout un éventail d’attitudes dans le silence : simplement goûter le temps présent, le laisser couler en soi, se laisser prendre par ce qui apparaît comme on peut parfois prendre bien du temps à laisser passer les nuages, regarder un oiseau qui vole, laisser résonner une parole reçue, une parole qui a fait du bien la goûter, laisser se formuler une parole en moi… Un peu comme dans le début du psaume 18 

Les cieux proclament la gloire de Dieu, le firmament raconte l'ouvrage de ses mains. Le jour au jour en livre le récit et la nuit à la nuit en donne connaissance. Pas de paroles dans ce récit, pas de voix qui s'entende; mais sur toute la terre en paraît le message et la nouvelle, aux limites du monde. Là, se trouve la demeure du soleil : tel un époux, il paraît hors de sa tente, il s'élance en conquérant joyeux. Il paraît où commence le ciel, + il s'en va jusqu'où le ciel s'achève : rien n'échappe à son ardeur. 

Le silence porte un secret, il est surtout un moyen pour laisser surgir un autre. En concert, nous avons tous notés ce silence d’avant lorsque les derniers réglages ont été faits, que le chef d’orchestre est entré, que les regards s’échangent entre lui et les musiciens, il s’agit de se disposer à la rencontre et ce silence d’après, juste avant les applaudissements, un silence de reconnaissance… silence de disponibilité et silence de gratitude… envers un autre. Sacha Guitry disait « Ô privilège du génie ! Lorsqu’on vient d’entendre un morceau de Mozart, le silence qui lui succède est encore de lui. ». Le silence est l’étoffe d’où l’autre peut surgir. 

Le Silence est gratuit, il n’impose pas, il se dispose, il nous dispose… il permet mais ne fait rien de lui-même… dans le silence, il y a toujours un goût de création, de disponibilité, retrouver ce que le Père a disposé pour ses enfants, un goût de commencement du monde… Le silence est habité doucement par une présence… 

Un père du désert a dit « Heureux ceux qui ont entendu les paroles de Jésus, plus heureux encore ceux qui ont écouté son silence ». 

Aller au désert, y vivre le silence, Jésus, au début de sa vie publique l’a fait durant quarante jours, ensuite, pour prendre les grandes décisions dans sa vie publique, comme par exemple l’appel de ses douze apôtres, Jésus ira à la montagne, passera la nuit en silence, en prière. De même Marie, elle aussi aux jours de la Nativité, reste dans le silence avec les événements qui se sont passés, pour les garder en son cœur, les laisser résonner en elle, les méditer… 

Entrer en silence, c’est ainsi rejoindre une longue tradition humaine, une tradition qui a été habitée par le Christ lui-même, par sa mère aussi… 

Allons disponibles, ensemble, vers Penboc’h, chacun dans le silence, l’attente, la promesse, la soif d’une parole. En marchant nous manifestons une intention, aller à la rencontre, marcher vers une écoute, vers une prise de parole. J’y vais comme je suis, démuni, pauvre, disponible, ouvert… recevoir ce qui m’est donné, l’air que je respire, savoir aussi que je ne fais pas seul la démarche mais que d’autres avec moi font la même démarche, savoir qu’en marchant chacun sur son chemin, j’aide l’autre et suis aidé par l’autre

père Jean-Luc

photo http://www.linternaute.com/voyage/magazine/photo/les-merveilles-du-monde-by-night/image/silence-gange-438665.jpg

A l'occasion de la session : "6 jours en communauté" juillet 2012 CVX

Publié dans Manières de prier