Lc 16, 1-13 Dieu et l'argent

Publié le par père Jean-Luc Fabre

dieu et argent

 

 

(version 2016)

Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 16,1-13.

Jésus disait encore à ses disciples : « Un homme riche avait un gérant qui lui fut dénoncé parce qu'il gaspillait ses biens. Il le convoqua et lui dit : 'Qu'est-ce que j'entends dire de toi ? Rends-moi les comptes de ta gestion, car désormais tu ne pourras plus gérer mes affaires. 'Le gérant pensa : 'Que vais-je faire, puisque mon maître me retire la gérance ? Travailler la terre ? Je n'ai pas la force. Mendier ? J'aurais honte. Je sais ce que je vais faire, pour qu'une fois renvoyé de ma gérance, je trouve des gens pour m'accueillir. 'Il fit alors venir, un par un, ceux qui avaient des dettes envers son maître. Il demanda au premier : 'Combien dois-tu à mon maître ? - Cent barils d'huile. ' Le gérant lui dit : 'Voici ton reçu ; vite, assieds-toi et écris cinquante. 'Puis il demanda à un autre : 'Et toi, combien dois-tu ? - Cent sacs de blé. ' Le gérant lui dit : 'Voici ton reçu, écris quatre-vingts. ' Ce gérant trompeur, le maître [c'est-à-dire Notre Seigneur] fit son éloge : effectivement, il s'était montré habile, car les fils de ce monde sont plus habiles entre eux que les fils de la lumière. Eh bien moi, je vous le dis : Faites-vous des amis avec l'Argent trompeur, afin que, le jour où il ne sera plus là, ces amis vous accueillent dans les demeures éternelles. Celui qui est digne de confiance dans une toute petite affaire est digne de confiance aussi dans une grande. Celui qui est trompeur dans une petite affaire est trompeur aussi dans une grande.  Si vous n'avez pas été dignes de confiance avec l'Argent trompeur, qui vous confiera le bien véritable ?  Et si vous n'avez pas été dignes de confiance pour des biens étrangers, le vôtre, qui vous le donnera ?  Aucun domestique ne peut servir deux maîtres : ou bien il détestera le premier, et aimera le second ; ou bien il s'attachera au premier, et méprisera le second. Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l'Argent. »

Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible - © AELF, Paris
Remarque préliminaire.
Les textes que vous lisez, présupposent, pour être reçus, une lecture préalable et attentive des passages de l’évangile qui les précèdent. Ces commentaires visent à vous aider à entrer dans un aspect de la page d’Evangile proposée chaque dimanche à notre foi par notre Eglise. Ces commentaires ne disent donc pas tout, ils suggèrent, ils vous appellent à un travail personnel de réflexion, d’interprétation… alors bon travail… et bonne habitation de la Parole de Dieu en vous…
Pour une fois dans cette lecture de Luc, à partir des passages retenus par l’Eglise pour la messe dominicale, ce passage de la Parole de Dieu, cette parabole, est sans indication du contexte relationnel. Elle tombe comme un « en-soi » : « Jésus disait encore à ses disciples ». Notons aussi qu’elle fait référence à un contexte socio-économique que nous ne connaissons pas : qu’en était-il du rapport entre un homme riche et le gérant de ses biens en Galilée du temps de Jésus, en quoi consistait la prestation de ce dernier, quelle part d’initiative avait-il pour gérer les avances faites à d’autres, sur quoi reposait le principe de ce marché, quel était l’usage habituel, en quoi cet homme fait-il alors preuve d’une intelligence de la situation ? Voilà quelques questions de bon sens à se poser pour réussir à comprendre vraiment cette parabole avant de vouloir l’interpréter… Aussi, nous faut-il bien reconnaître pour nous, francophones du XXIième siècle, que l’intelligence première de cette histoire nous demeure étrangère alors que pour Jésus et ses auditeurs cela semble couler de source… N’ayant pas pu documenter valablement le dossier historique, je me contente de pointer ce qui me paraît tenir de lui-même, le plus englobant de la parabole : ce que le Seigneur en tire comme enseignement. Le texte résiste à l’interprétation, le commentaire qui suit l’atteste…

Nous sommes, en effet, confrontés à une situation d’urgence (qui a à voir avec la confiance donnée et reprise entre les êtres) entre le « toi » et le « moi » : « Rends-moi les comptes de ta gestion, car désormais tu ne pourras plus gérer mes affaires ». Là, par un acte d’intelligence et par des initiatives relationnelles, la personne du gérant, en posture difficile, arrive à retourner la situation en reconquérant de la confiance, en mobilisant autrement ce qu’il va perdre. « Je sais ce que je vais faire, pour qu'une fois renvoyé de ma gérance, je trouve des gens pour m'accueillir. » Des considérations sur l’argent concluent la parabole.  La manière dont Jésus évalue la situation est riche pour nous d’enseignement, « Ce gérant trompeur, le maître [c'est-à-dire Notre Seigneur] fit son éloge : effectivement, il s'était montré habile … Eh bien moi, je vous le dis : Faites-vous des amis avec l'Argent trompeur, afin que, le jour où il ne sera plus là, ces amis vous accueillent dans les demeures éternelles.».

Ce jugement invite chacun de nous à reconsidérer sa propre manière de faire, de se situer dans son existence en réalisant quelques distinctions… il nous est dit que ce qui compte c’est de se faire des amis pour toujours [les demeures éternelles], que le moyen pour cela qui ne durera pas [le jour où il ne sera plus là], c’est l’argent. Cette parabole nous renvoie à mesurer ce qui compte vraiment, ce qui est de l’ordre de la finalité, de l’essentiel pour notre vie et à le distinguer de ce qui est le moyen pour y parvenir. Le fait est que cette distinction se révèle surtout dans la crise. Lorsque les choses changent, lorsque l’équilibre entre elles se modifient, apparaissent bien ce qui est de l’ordre de la finalité et ce qui est de l’ordre du moyen. J’y découvre d’une part ce qui me donne vie et d’autre part ce qui aide à l’obtenir et prend valeur de ce fait…

L’argent est le moyen par excellence, souplement il peut se transformer en ce dont on a besoin, là où l’on veut, quand on veut, de la manière dont on veut… mais il ne peut que rendre ce service, il est là pour rendre service à la finalité, il n’est pas la finalité. Une carte de crédit est assez juste quand elle dit qu’il y a des choses qui ne s’achètent pas et que pour tout le reste il y a elle… (Pas de publicité).

Ceci a été thématisé par Ignace dans une prière qui s’appelle le Principe et Fondement au tout début des Exercices Spirituels.

Il est dès lors évident que nous ne pouvons pas servir deux maîtres, le Dieu de la relation, de l’échange gratuit qui fonde nos existences, et l’argent, ce moyen souple et puissant, mais qui n’est qu’un moyen, susceptible de devenir idole, en semblant promettre ce qu’il ne peut donner, être trompeur…

Cette parabole situe en fait l’alternative en chacune de nos vies : vivre de la relation et de qui la fonde ou s’enfoncer dans la tromperie d’une action propre en réduisant tout le reste à n’être que des moyens pour notre compte exclusif…
Père Jean-Luc  Fabre