Lc 18, 9-14 Un poison en nous, celui de l’action…

Publié le par père Jean-Luc Fabre

Samedi 3e semaine de Carême

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Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 18,9-14.

Jésus dit une parabole pour certains hommes qui étaient convaincus d'être justes et qui méprisaient tous les autres : « Deux hommes montèrent au Temple pour prier. L'un était pharisien, et l'autre, publicain. Le pharisien se tenait là et priait en lui-même : 'Mon Dieu, je te rends grâce parce que je ne suis pas comme les autres hommes : voleurs, injustes, adultères, ou encore comme ce publicain. Je jeûne deux fois par semaine et je verse le dixième de tout ce que je gagne.' Le publicain, lui, se tenait à distance et n'osait même pas lever les yeux vers le ciel ; mais il se frappait la poitrine, en disant : 'Mon Dieu, prends pitié du pécheur que je suis !’ Quand ce dernier rentra chez lui, c'est lui, je vous le déclare, qui était devenu juste, et non pas l'autre. Qui s'élève sera abaissé ; qui s'abaisse sera élevé. »  

Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible - © AELF, Paris

Encore une fois, Jésus s’adresse à nous en abordant la manière propre que nous avons de nous situer devant notre manière d’exister (exister centré sur son image ou exister ouvert à l’inconnu), de nous situer par rapport aux autres (en comparaison ou en authenticité)… La parabole que nous narre Jésus est une nouvelle proposition pour prendre du recul, pour privilégier une manière d’être sur l’autre. La question lancinante pour nous est bien celle-ci : « Peut-on envisager de changer de pied ? »… Nous avons chacun de nous, du pharisien et du publicain, mêlés en nous… Comment pouvons-nous vraiment vivre ce basculement ?

Peut-être, pour changer, faut-il réaliser qu’un poison agit, insidieusement, en nous, celui de l’action si nous considérons que notre action nous justifie… nous donne droit, nous construit… L’action alors, à vrai dire, nous enferme en une partie de nous-mêmes. Elle nous renvoie inexorablement à notre image comme la référence. L’action ainsi vécue dessine tout autour de nous comme un grand capuchon de verre qui nous renvoie notre image que nous ne cessons de vouloir façonner. Cela nous rend incapable d’être en relation avec l’autre aussi bien notre frère, notre prochain que notre dieu, mesurant tout à l’aune de ce que je fais, qui serait la vraie valeur… C’est le cas du pharisien qui fait ceci et cela et encore cette autre chose ; c’est le cas de celui qui recherche la performance et qui se centre sur l’obtention de son résultat qui devient sa finalité, sa raison d’être, son lieu de discernement, son principe d’action… Le reste, tout le reste (la vie de contemplation, la vie de relation, la vie de gratuité), s’efface par rapport à ce souci, à cet objectif… qui ne cesse de s’imposer, dévorant…L’autre n’est perçu que par rapport à cet objectif, le prochain et le Seigneur…

Comment sortir de ce piège mortel ? Comment briser la glace qui m’enferme et enferme les autres par contrecoup ? Qui déréalise pour moi la vie d’autrui ? La personne d’autrui ? Qui réduit ma propre existence à n’être que recherche d’un seul objectif « je te rends grâce parce que je ne suis pas comme les autres hommes » … Il s’agit de croire à la parole d’autrui, s’y ouvrir, la recevoir. Le propos d’autrui sur moi n’est pas forcément moins juste que mon propos sur moi-même : 'Mon Dieu, prends pitié du pécheur que je suis !’ … laisser retentir en moi ce qui me sollicite… m’ouvrir… ne pas se construire soi… suivre le Christ… marcher à sa suite… Pas d’autre solution que de s’éprouver pauvre, démuni, sans ressource, implorant… dans cette nudité, à vrai dire, je fais l’expérience paradoxale de mon être véritable, je vis d’une vie qui m’est donnée, des possibles nouveaux se révèlent alors, je m’ouvre à l’autre, aux autres, je reçois et je puis donner, la vie se met à chatoyer, à étinceler… le capuchon a disparu.

Il y a en chacun de nous ces deux faces, il s’agit pour nous de les découvrir, de les comparer, et, de là, de s’ancrer dans celle porteuse de vie, de s’adresser au Prince de la Vie… 

 

Père Jean-Luc FABRE


Quelques pensées aphorismes qui peuvent faire résonner notre compréhension de cette page d’Evangile… A vous de faire le lien… d’en proposer d’autres…

Les choses qu'on possède, finissent par nous posséder.

[David Fincher]    Dialogue du film Fight Club

Une carrière, c'est fantastique, mais on ne peut pas se blottir contre elle la nuit quand on a froid.

[Marilyn Monroe]    Extrait d'une interview dans Paris-Match

Il faut se méfier des ingénieurs, ça commence par la machine à coudre, ça finit par la bombe atomique.

[Marcel Pagnol] Extrait de Critique des critiques

En mai 1918, Latécoère se lance un défi incroyable pour l'époque : réaliser une liaison aérienne entre Toulouse et Casablanca au Maroc. Il avoue alors : "J'ai fait tous les calculs. Ils confirment l'opinion des spécialistes : notre idée est irréalisable. Il ne nous reste plus qu'une chose à faire : la réaliser." Jacques-Marie Vaslin, maître de conférences à l'IAE d'Amiens.