Mc 6, 1-6 Quand la rencontre ne s’opère pas… le temps des prophètes…

Publié le par père Jean-Luc Fabre

Marc 6, 1-6 Jésus est parti pour son pays, et ses disciples le suivent. Le jour du sabbat, il se mit à enseigner dans la synagogue. Les nombreux auditeurs, frappés d'étonnement, disaient : « D'où cela lui vient-il ? Quelle est cette sagesse qui lui a été donnée, et ces grands miracles qui se réalisent par ses mains ? N'est-il pas le charpentier, le fils de Marie, et le frère de Jacques, de José, de Jude et de Simon ? Ses sœurs ne sont-elles pas ici chez nous ? » Et ils étaient profondément choqués à cause de lui. Jésus leur disait : « Un prophète n'est méprisé que dans son pays, sa famille et sa propre maison. » Et là il ne pouvait accomplir aucun miracle ; il guérit seulement quelques malades en leur imposant les mains. Il s'étonna de leur manque de foi. Alors il parcourait les villages d'alentour en enseignant.

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Ce court passage de l’évangile ne cesse de faire revenir des mots à l’identique dans des contextes différents… Ainsi le « pays », c’est celui vers lequel Jésus revient, c’est aussi le pays qui méprise le prophète qui en est originaire. Le fait d’« enseigner » est la constante de l’action de Jésus : il enseigne dans son pays et, ensuite, il continuera à enseigner aux alentours. Il en est encore de même avec le mot « étonnement ». Il y a celui des auditeurs qui va jusqu’au choc, ils sont choqués, et encore celui de Jésus qui pointe, quant à lui, le manque de foi.

 

Ces mots qui reviennent manifestent dans leur retour, que l’avancée attendue, espérée, proposée par Jésus n’a pas lieu, que quelque chose se grippe, ne fonctionne pas entre lui et eux, son peuple… Et que, dans ce grippage, se manifeste une réalité plus profonde. L’opposition qui se fait jour à la parole de Jésus est à mettre en lien avec l’opposition qu’ont pu connaître jadis les prophètes…

 

Essayons de saisir ainsi ce grippage de la relation et de mesurer comment, dès ce commencement, sont en jeu les événements futurs de Jérusalem, qui vont en découler…

 

« Jésus est parti pour son pays » Parler de pays, veut dire que le Seigneur Jésus vise à une action qui concerne bien l’ensemble d’Israël, ce n’est pas une question privée, sa parole vise à mettre en jeu le pays en sa totalité, en son histoire… Dès lors, Jésus ne peut se contenter d’aller à l’entour… Il devra d’une manière ou d’une autre rejoindre le centre du pays, e commençant par la Galilée, mais son destin devra le mener à Jérusalem… Les opposants ne s’y tromperont pas.

 

« Il se mit à enseigner » La prétention de Jésus est bien d’enseigner, de se situer au niveau de la foi d’Israël. Il annonce en son nom propre la bonne nouvelle mais en lien avec la tradition du peuple, en référence à son histoire et à son corpus scripturaire qui guide le peuple sur son chemin de fidélité. Il convoque donc ses contemporains d’une manière ou d’une autre à prendre parti à se situer sur leur identité même, sur leur appartenance… Il reprend donc la position du prophète qui parle au peuple au nom de l’enjeu de fidélité de celui-ci à son origine… dès lors la première réaction ne peut être que celle de l’étonnement, étonnement produit par cette nouveauté qui ramène à l’essentiel, sort du quotidien enfermé sur lui-même…

 

« Les nombreux auditeurs, frappés d'étonnement » Nous sommes dans ce moment où la nouveauté qui surgit laisse chacun dans un état où il ne sait quoi dire, quoi faire… Il y a surprise, incapacité à réagir dans l’instant, non-compréhension, sidération… La résolution de ce moment est bien indiquée par le Seigneur : la foi. Seule la foi donne de s’avancer dans cette nouveauté, lui donne de pouvoir s’exprimer, prendre consistance… Le petit groupe de ceux qui suivent Jésus, ses disciples, atteste que cette réception est en cours pour certains, mais nombreux sont ceux qui se rabattront sur le déjà là, sans entrer dans cette remise en question d’eux-mêmes, sans suivre…

 

Ceci, pour nous aussi aujourd’hui, est une question incontournable… Nous aussi, nous laissons-nous déplacer par sa parole, ou bien la rabattons-nous sur le déjà connu ?… Que le Seigneur vienne en aide à notre pauvre foi !

 père Jean-Luc Fabre

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