Mc 7, 14-15,17-23 Se retrouver à visage découvert… doux et humble.

Publié le par père Jean-Luc Fabre

Mercredi 5e semaine du temps ordinaire

Marc 7, 14-15,17-23 Jésus appela de nouveau la foule et lui dit : « Écoutez-moi tous, et comprenez bien. Rien de ce qui est extérieur à l'homme et qui pénètre en lui ne peut le rendre impur. Mais ce qui sort de l'homme, voilà ce qui rend l'homme impur. » Quand il eut quitté la foule pour rentrer à la maison, ses disciples l'interrogeaient sur cette parole énigmatique. Alors il leur dit : « Ainsi, vous aussi, vous êtes incapables de comprendre ? Ne voyez-vous pas que tout ce qui entre dans l'homme, en venant du dehors, ne peut pas le rendre impur, parce que cela n'entre pas dans son cœur, mais dans son ventre, pour être éliminé ? » C'est ainsi que Jésus déclarait purs tous les aliments. Il leur dit encore : « Ce qui sort de l'homme, c'est cela qui le rend impur. Car c'est du dedans, du cœur de l'homme, que sortent les pensées perverses : inconduite, vols, meurtres, adultères, cupidités, méchancetés, fraude, débauche, envie, diffamation, orgueil et démesure. Tout ce mal vient du dedans, et rend l'homme impur. »

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Ce passage de l’évangile est porteur d’un enseignement particulièrement riche, parce qu’il situe la manière dont nous pouvons nous situer dans la relation entre notre intérieur et notre extérieur. C’est un enjeu fondamental pour chacun de nous quant à notre liberté et à ce qui l’influence, enjeu que nous devons bien reconnaître, pour chacun de nous, comme mal parti. Chaque culture véhicule d’une manière ou d’une autre une manière d’y répondre. Et donne, siècle après siècle, à comprendre ce passage d’une façon spécifique, à se laisser aussi également interpeller par lui …

 

Nous pouvons, peut-être, tenter de rapporter, aujourd’hui, à ce passage la notion de blessure… La blessure, disons-nous habituellement, nous touche alors que nous sommes immatures et nous amène à y répondre d’une manière automatique qui ne cesse de la raviver… La blessure est bien une chose qui nous a été imposée de l’extérieur, qui s’est répandue en nous et s’est imposé alors un certain comportement inapproprié.

 

Nous pouvons le percevoir, en prendre conscience dans les moments, où, sous certaines conditions, nous réagissons d’une façon excessive. La piste de sortie proposée généralement consiste le plus souvent à s’encourager à ressentir la situation, et à voir, dans cette liberté qui renaît dans la perception de l’influence, comment je puis, quand je ressens le fonctionnement automatique poindre, trouver les moyens d’une réponse plus adaptée et plus portée par ma liberté, ce frêle libre-arbitre qui peut me guider... De là naît une nouvelle conception de l’interaction, un renouvellement de ma manière d’être, une véritable renaissance à vrai dire… comme un printemps

 

« Ce qui pénètre en lui » La blessure est le fruit d’une agression qui nous pénètre et nous atteint profondément jusqu’à nous faire vaciller, à nous donner un sentiment de culpabilité dont nous cherchons par nous-mêmes à nous défendre... Et pourtant, ce que nous avons subi n’est pas nous, n’est pas de notre fait et doit être accueilli, manifesté et non caché… Nous ne sommes pas responsables de ce qui nous est arrivé, nous avons été sous influence, à un moment où nous ne pouvions pas faire face... En revanche, la manière dont nous avons réagi, dont nous nous sommes comportés, à partir de là, est bien de notre ressort… notre liberté a été en jeu. Elle peut aussi s’en sortir… découvrons en le chemin.

 

« Ce qui sort de l'homme » cela peut pointer ainsi la manière dont nous réagissons, la manière dont nous nous comportons à partir de cette blessure… comment nous associons notre manière de répondre, de comprendre, de nous situer dans le monde. Cela dispose en nous comme une pellicule que nous pensons être nous-mêmes mais qui se comporte plus comme un masque que le surgissement de notre être profond. La blessure se laisse réactiver dans notre quotidien et induit sans cesse un comportement de fait inapproprié à la situation mais que nous ne cessons de reprendre d’une certaine manière, dans une logique de fait pervertie mais que nous mesurons mal… Jusqu’au jour où il nous est donné de pouvoir acquérir une certaine intelligence de ce mouvement de distorsions. Et nous ouvrir à une nouvelle manière…

 

« Du cœur de l'homme » le lieu dont nous avons à repartir pour trouver le chemin de l’ouverture envers la nouveauté de la vie. Notre cœur et découvrir alors combien du fond de lui ne cesse de sourdre la bonté. La relation au Seigneur nous conduit plus profond en lui et nous donne de contacter cette bonté originaire qui nous donne de pouvoir abandonner nos masques et vivre dénudés et libres … Heureuse la personne qui nous tend la main, qui, par son attitude et son intelligence, nous autorise à ressentir justement et nous ramène ainsi sur la terre des vivants pour y marcher l’amble… elle et moi, blessés et en réconciliation…

 

Père Jean-Luc Fabre

Photo http://quentin-lutte-olympique.wifeo.com/images/l/led/LEDUC-contre-L-HOMME-MASQUE.jpg