Mc 10, 17-30 28ème dimanche du temps ordinaire B

Publié le par père Jean-Luc Fabre

Dimanche 11 octobre 2015 (11/10/15)

Marc 10, 17-30 Trouver le regard de l’autre, pour exister…

ou lecture brève Mc 10, 17-27

En ce temps-là, Jésus se mettait en route quand un homme accourut vers lui, se mit à genoux et lui demanda : « Bon maître, que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle ? » Jésus lui dit : « Pourquoi m'appelles-tu bon ? Personne n'est bon, sinon Dieu seul. Tu connais les commandements : Ne commets pas de meurtre, ne commets pas d'adultère, ne commets pas de vol, ne porte pas de faux témoignage, ne fais de tort à personne, honore ton père et ta mère. » L'homme répondit : « Maître, j'ai observé tous ces commandements depuis ma jeunesse. » Posant alors son regard sur lui, Jésus se mit à l'aimer. Il lui dit : « Une seule chose te manque : va, vends tout ce que tu as, donne-le aux pauvres et tu auras un trésor au ciel ; puis viens et suis-moi. » Mais lui, à ces mots, devint sombre et s'en alla tout triste, car il avait de grands biens. Alors Jésus regarde tout autour de lui et dit à ses disciples :« Comme il sera difficile à ceux qui possèdent des richesses d'entrer dans le royaume de Dieu ! » Les disciples étaient stupéfaits de ces paroles. Mais Jésus reprend : « Mes enfants, comme il est difficile d'entrer dans le royaume de Dieu. Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d'une aiguille qu'à un riche d'entrer dans le royaume de Dieu. » De plus en plus déconcertés, les disciples se demandaient entre eux : « Mais alors, qui peut être sauvé ? » Jésus les regarde et répond : « Pour les hommes, cela est impossible, mais pas pour Dieu ; car tout est possible à Dieu. » Pierre se mit à dire à Jésus : « Voici que nous avons tout quitté pour te suivre. » Jésus déclara : « Amen, je vous le dis : personne n'aura quitté, à cause de moi et de l'Évangile, une maison, des frères, des sœurs, une mère, un père, des enfants ou une terre, sans qu'il reçoive, en ce temps déjà, le centuple : maisons, frères, sœurs, mères, enfants et terres, avec des persécutions, et, dans le monde à venir, la vie éternelle. »

Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible - © AELF, Paris

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Une scène presqu’intemporelle, Jésus rencontre un homme qui veut le suivre. Ils se parlent, se quittent. Les spectateurs qui ne sont plus vraiment de la partie, les disciples, ensuite réagissent malgré tout, balbutient des mots. Il a été question de savoir quitter, ils assurent qu’ils l’ont fait, Jésus dit ce que cela entraine, le centuple... Tout ce qui se dit prendra sa vraie consistance après la mort et la résurrection du Seigneur… La vie renouvelée coulera à flot, ce qui a été perdu sera plus que retrouvé… Regardons seulement comment Jésus reçoit ce qu’il lui arrive et comment il répond… N’ayons pas peur de considérer sa solitude humaine. L’annonce de l’Evangile est, peut-être, à ce prix.

« Jésus se mettait en route quand… » Jésus est sur son chemin, un chemin qu’il entreprend de son propre chef, un chemin qui le mobilise, un chemin qu’il est d’une certaine manière seul à prendre malgré les nombreuses invites faites. La demande de cet homme fait irruption en lui et il y répond d’une manière quasi automatique, comme demeurant sur lui-même : observer la Loi, comme si plus rien ne peut passer entre lui et les autres. Il va son propre chemin, sans pouvoir rien proposer de lui à l’autre. Un seul est bon, Dieu seul… Jésus est seul, comme il le sera à Gethsémani, mais cette solitude semble l’enfermer, comme dans un manque d’espoir en la capacité de l’autre, d’ouverture envers l’autre... Mais l’autre répond à sa réponse automatique, « depuis ma jeunesse »… Le temps où l’homme croit que l’avenir est plein de possible. Jésus se met à voir autrement. Un autre chemin serait-il donc possible, autre que ce chemin tout seul ?

« Posant alors son regard sur lui » Jésus sort de sa manière de voir, il reçoit l’autre dans son ouverture, l’autre lui permet de dire ce qui compte pour lui. Il se risque à dire, encore une fois, ce qui est en lui, vivant, en vérité… Il espère un compagnon, une proximité, quelqu’un avec qui il puisse aussi cheminer. Ce qui est à faire est simple. Devenir pauvre et disponible pour être avec Lui, pour plus exactement Le suivre. Mais l’autre s’en va. La tentative n’aura duré que quelques instants… Jésus se retrouve encore une fois dans la solitude de sa mission. Il redit la position de l’homme. « Comme il sera difficile à ceux qui possèdent des richesses d'entrer dans le royaume de Dieu ! » Jésus parle alors à ceux qui sont tout de même là, les disciples : « Mes enfants ». Son cœur humain, croyant en Dieu et lourd de cet impossible humain, parle… parce que les disciples sont là malgré tout et reçoivent sa parole.

« Jésus les regarde » Jésus signe le constat de l’humanité, elle est enfermée dans une incapacité radicale de vivre, enfermée en une multitude de liens qui lui rend impossible la vie véritable… Ce lien ne peut être délié par l’homme, seul Dieu peut le faire, seul Dieu va le faire, avec Lui, Jésus. Jésus en cette situation, s’offre à l’action de Dieu, poursuit son chemin. Mais ce chemin il ne le vit pas tout à fait seul, il y a les disciples qui sont pauvres et modestes mais irremplaçables témoins… Ils s’efforcent d’être avec Lui, et d’une certaine manière ils le sont, ils le sont de telle manière qu’ils pourront l’être plus pleinement bientôt. Le temps avance, ce temps unique que façonne Dieu dans le cœur de cet homme, Jésus, pour que le chemin de l’homme à Dieu, de tout homme à Dieu, s’ouvre !

Pour nous aussi, pas d’autre chose à faire que de chercher à être avec Lui, chercher à Lui être ouvert… Laisser les choses se faire, attendre… pour qu’en nous, naissent la foi, l’abandon, la mise en route véritable, celle du devenir… Pouvoir quitter ! Se quitter !

père Jean-Luc Fabre

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