Mc 10, 35-45 ou Mc 10, 42-45 - 29e dimanche du temps ordinaire B

Publié le par père Jean-Luc Fabre

Dimanche 18 octobre 2015  - Il nous ouvre le chemin de la vraie plénitude… celle d’avec les autres, tous les autres (Prière Universelle)

Marc 10, 35-45 ou lecture brève Mc 10, 42-45

Jacques et Jean, les fils de Zébédée, s'approchent de Jésus et lui disent : « Maître, nous voudrions que tu exauces notre demande. » Il leur dit : « Que voudriez-vous que je fasse pour vous ? » Ils lui répondirent : « Accorde-nous de siéger, l'un à ta droite et l'autre à ta gauche, dans ta gloire. » Jésus leur dit : « Vous ne savez pas ce que vous demandez. Pouvez-vous boire à la coupe que je vais boire, recevoir le baptême dans lequel je vais être plongé ? » Ils lui disaient : « Nous le pouvons. » Il répond : « La coupe que je vais boire, vous y boirez ; et le baptême dans lequel je vais être plongé, vous le recevrez. Quant à siéger à ma droite ou à ma gauche, il ne m'appartient pas de l'accorder, il y a ceux pour qui ces places sont préparées. » Les dix autres avaient entendu, et ils s'indignaient contre Jacques et Jean. Jésus les appelle et leur dit : « Vous le savez : ceux que l'on regarde comme chefs des nations païennes commandent en maîtres ; les grands leur font sentir leur pouvoir. Parmi vous, il ne doit pas en être ainsi. Celui qui veut devenir grand sera votre serviteur. Celui qui veut être le premier sera l'esclave de tous : car le Fils de l'homme n'est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude. »

Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible - © AELF, Paris

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Qui n'écoute pas l'insupportable souffrance d'autrui ne voit ni autrui ni lui-même et demeure un homme seul livré au monde. Au contraire, celui qui s'ouvre à la singularité inappropriable d'autrui, avant tout jugement, peut comprendre quel est « son » devoir, sa tâche insubstituable dans la réalisation de la justice. Emmanuel HOUSSET, L'Intelligence de la pitié, Phénoménologie de la communauté

Comment percevons-nous notre existence ? Comme une croissance, nos premières années nous nous sommes développés, nous avons acquis un grand nombre de possibles, nous sommes dans la parole, les mots tissent un univers où je me situe, où tout prend sens selon les mots que je retiens : pouvoir, beauté, raison, jouissance, argent, découverte… Notre manière de concevoir la vie devient celle d’une croissance. Nous sommes poussés à devenir, cela met en nous une énergie forte en mouvement… C’est certainement cette énergie qui pousse les deux frères à venir faire leur demande au Seigneur. Dans sa réponse, Jésus introduit à une nouvelle et radicale conception de la vie, lui le « Fils de l’homme qui n’est pas venu pour être servi, mais pour servir »… En cette page d’évangile, se trouve pour chacun de nous une bonne nouvelle fondamentale, que nous soyons jeune, vieux ou entre les deux…

« Vous ne savez pas ce que vous demandez ». La première parole vient nous inquiéter, inquiéter la manière que nous avons de nous voir, de voir le monde, de considérer le cours normal des choses. Le Seigneur nous propose d’aller plus au fond de notre existence, de mesurer aussi les zones d’ombre, d’incertitude que nous avons oubliées, omises… Il nous propose de regarder au-delà des relations qui établissent pour nous un monde, un monde à partir duquel notre action prend sens et consistance. Ainsi pour Jacques et Jean, le monde qui gravite autour de Jésus et de sa réussite, un monde avec sa consistance, donne des places plus ou moins proches de lui à occuper… Mais Jésus se situe plus profondément dans l’aventure humaine, et il sait que tout se tient par une épreuve qu’il sait devant lui, comme devant tout homme… celle de la mort, une mort subie, violente, imposée par d’autres… Il reçoit cette épreuve dans sa vie telle qu’elle est, dans sa situation concrète. Il ne s’évade pas vers un ailleurs.

« La coupe que je vais boire » Jésus sait que son vouloir, son pouvoir vont vers quelque chose qui s’impose à eux, quelque chose par rapport à quoi il doit se situer, accepter et qu’ainsi il peut transformer… Il sait que cette épreuve il doit en faire quelque chose. La coupe, sa coupe, est là pour être bue. Et parce qu’il va la boire, elle est aussi pour les autres. Cette épreuve, c’est l’épreuve de la commune humanité dans le monde tel qu’il est : aimer malgré tout. Mais l’épreuve de tous, Jésus la prend et la porte le premier, l’épreuve de tous devient la sienne. Et nous recevons, en retour, cette épreuve comme marquée de lui, portée par lui, elle n’est plus horrible parce qu’un autre l’a prise et transformée. Un chemin s’ouvre alors vers une nouveauté radicale, un chemin par lui et en lui… Au-delà du précipice qui nous retenait captifs, un espace nouveau, une manière nouvelle d’être où il ne s’agit plus d’avoir contre les autres. L’appel peut alors retentir d’une manière nouvelle…

« Celui qui veut être le premier sera l'esclave de tous » Le chemin de ma croissance dès lors ne se fait pas sans le chemin du Seigneur, et sans aussi l’entrée en solidarité avec tous les autres. L’épreuve que je reçois est déjà portée par le Seigneur, elle est aussi l’épreuve des autres, mes frères dont j’accepte en Lui de devenir solidaire. Moi aussi, à la suite de Jésus, je prends la livrée du serviteur. Le monde, les autres ne sont plus les mêmes pour moi. J’entre dans un nouveau monde où mon devenir n’est plus individuel mais en lien intrinsèque avec le Seigneur et avec les autres. La haine est sans pouvoir, la peur du manque aussi… Je suis un canal de l’Amour.

Néanmoins, au-delà de toutes les formes possibles de pitiés malveillantes, la vraie pitié s'annonce comme le lieu unique où nous pouvons nous ouvrir à ce que nous devons être, dans la pudeur d'une écoute patiente d'autrui qui le laisse être avant de vouloir le comprendre. Il ne s'agit pas d'écrire une histoire de la pitié, mais de dévoiler la seule vraie pitié comme unique accès possible à autrui et comme unique origine d'une véritable communauté humaine : elle est une intelligence de l'amour qui seule respecte la parole propre d'autrui et qui seule permet de vivre ensemble. Emmanuel HOUSSET, L'Intelligence de la pitié, Phénoménologie de la communauté 

père Jean-Luc Fabre

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