Mc 12, 38-44 32e dimanche du temps ordinaire B

Publié le par père Jean-Luc Fabre

32e Dimanche  du temps ordinaire. Que l’extérieur puisse révéler l’intérieur…

Marc 12, 38-44 En ce temps là, dans son enseignement, Jésus disait aux foules : « Méfiez-vous des scribes, qui tiennent à sortir en robes solennelles et qui aiment les salutations sur les places publiques, les premiers rangs dans les synagogues, et les places d'honneur dans les dîners. Ils dévorent les biens des veuves et affectent de prier longuement : ils seront d'autant plus sévèrement jugés. » Jésus s'était assis dans le Temple en face de la salle du trésor, et regardait la foule déposer de l'argent dans le tronc. Beaucoup de gens riches y mettaient de grosses sommes. Une pauvre veuve s'avança et déposa deux piécettes. Jésus s'adressa à ses disciples : « Amen, je vous le dis : cette pauvre veuve a mis dans le tronc plus que tout le monde. Car tous, ils ont pris sur leur superflu, mais elle, elle a pris sur son indigence : elle a mis tout ce qu'elle possédait, tout ce qu'elle avait pour vivre. »

- Acclamons la parole de Dieu.

 146 1Le troisième point. Considérer le discours que le Christ notre Seigneur adresse à tous ses serviteurs et à tous ses amis qu'il envoie à cette expédition. 2- Il leur recommande de vouloir aider tous les hommes en les amenant premièrement à la plus grande pauvreté spirituelle, 3- et non moins, si sa divine Majesté devait en être servie et voulait bien les y choisir, à la pauvreté effective ;  4- deuxièmement, au désir des opprobres et des mépris, parce que de ces deux choses résulte l'humilité. 5- De sorte qu'il y ait trois échelons : le premier, la pauvreté opposée à la richesse ; le deuxième, l'opprobre ou le mépris opposé à l'honneur mondain ; le troisième, l'humilité opposée à l'orgueil. 6- Et à partir de ces trois échelons, qu'ils les entraînent à toutes les autres vertus

MÉDITATION SUR DEUX ÉTENDARDS L'UN, CELUI DU CHRIST, NOTRE SOUVERAIN CAPITAINE ET SEIGNEUR ; L'AUTRE, CELUI DE LUCIFER, MORTEL ENNEMI DE NOTRE NATURE HUMAINE. Exercices Spirituels de Saint Ignace

 Jésus avance, il continue à proposer aux gens de son peuple, une manière renouvelée de vivre leur relation de foi avec Dieu. Sa manière renouvelée consiste essentiellement à vivre une foi sincère, partant du cœur dans la lignée des prophètes. Cela entraine pour Jésus une mise en tension avec les autorités aussi bien celle du Temple que celle des Synagogues, ces autorités qui régulent la manière d’exprimer la foi. Dans ce passage de l’Evangile, la question est celle du lien entre intérieur et extérieur. En quoi l’extérieur peut-il être ou non l’expression véritable de l’intérieur ? Le propos est nuancé. L’expression ne se révèle pleine et directe que dans la vie de pauvreté, où dans et par ces conditions de dénuement je puis paradoxalement exprimer le fond de mon cœur… Pauvreté déjà été mise en avant avec l’homme riche comme lieu de vérité, cette pauvreté, qu’il faut aimer comme une mère selon Saint Ignace de Loyola. 

« Méfiez-vous des scribes » Jésus met en garde sur une propension à vivre dans l’extérieur, dans le paraître et non dans l’action intérieure. Cette perte de nous-mêmes comme acteur véritable, entraine une tendance à cannibaliser le bien d’autrui si celui-ci est faible. La question est bien de savoir d’où nous tirons le sentiment de notre existence ? Des relations vraies et réciproques avec les autres que nous nouons à partir de l’âme de l’action que nous menons, d’une action qui nous travaille intérieurement ? De la place que nous avons, qui nous situent, nous fait être reconnus automatiquement, portés par la position sociale ? 

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« Jésus regardait la foule déposer de l'argent dans le tronc » Jésus regarde comme jadis il le fit pour l’homme riche. Il sait que la manière dont nous faisons les choses importe beaucoup à notre croissance spirituelle. Dès lors, les conditions extérieures jouent pour aider à la qualité de l’acte. Se rouvre la question de ce que l’acte transforme en nous ? Il y a certes l’extérieur qui fera tourner la machine, l’argent reçu rendra des services, l’action posée tissera la société mais il y a aussi ce que l’acte produit en celui qui le pose. La différence entre « superflu » et « manque » joue alors. Dans un cas, l’acte libre mordra plus l’être que dans l’autre. Quelle mobilisation de l’être, l’acte permet-il ? Est une question incontournable. L’enjeu est de vivre sans le soutien d’enveloppes qui nous protègent mais aussi nous contiennent : la position sociale, la richesse… pour que notre cœur puisse librement s’engager.

« Tout ce qu'elle avait pour vivre » La veuve vit à ce niveau, elle donne peu en argent, mais elle donne beaucoup d’elle-même dans cet acte, la situation le lui permet. Elle le fait librement. Nous aussi, chaque fois que nous sommes acculés à la nécessité, chaque fois que nous sommes dans l’indigence (et nous pouvons l’être autrement que sous la forme de manque d’argent) sachons que nous sommes dans une situation où notre cœur peut se mobiliser, évoluer, grandir. C’est ainsi que nous pouvons comprendre en quoi consiste la pauvreté spirituelle, pauvreté qui est une mère en ce sens qu’elle peut engendrer en nous le fils qui attend tout de son Père dans le plus grand dénuement.  Jésus va son chemin, il nous appelle à sa suite.

père Jean-Luc Fabre

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