Mc 16, 15-20 Ascension du Seigneur (B)

Publié le par Père Jean-Luc Fabre

Une parole qui donne à l’autre de faire ce qu’elle dit...

Le fait culturel premier et fondamental est l’homme spirituellement mûr, c’est-à-dire l’homme pleinement éduqué, l’homme capable de s’éduquer lui-même et d’éduquer les autres. Jean-Paul II

Ascension du Seigneur
Évangile de Jésus-Christ selon saint Marc 16,15-20.
Jésus ressuscité dit aux onze Apôtres : « Allez dans le monde entier. Proclamez la Bonne Nouvelle à toute la création. Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé ; celui qui refusera de croire sera condamné. Voici les signes qui accompagneront ceux qui deviendront croyants : en mon nom, ils chasseront les esprits mauvais ; ils parleront un langage nouveau ; ils prendront des serpents dans leurs mains, et, s'ils boivent un poison mortel, il ne leur fera pas de mal ; ils imposeront les mains aux malades, et les malades s'en trouveront bien. » Le Seigneur Jésus, après leur avoir parlé, fut enlevé au ciel et s'assit à la droite de Dieu. Quant à eux, ils s'en allèrent proclamer partout la Bonne Nouvelle. Le Seigneur travaillait avec eux et confirmait la Parole par les signes qui l'accompagnaient.

Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible - © AELF, Paris
marguerites

« Proclamez la Bonne Nouvelle à toute la création » Nous vivons de la parole, de la recevoir, de la transmettre, elle est notre alpha et notre oméga... elle est ce qui nous fait humain. Un envoi a lieu aujourd’hui parce que les apôtres sont formés, sont arrivés à un stade où ils peuvent reprendre la place du Seigneur en son Nom, du Seigneur qui peut se retirer... Une suite pleine s’ouvre à eux, une suite pour le monde entier, pour l’histoire de l’humanité entière... Il y a eu jadis en Galilée le « oui, je te suis » du premier appel qui les a mis en mouvement et puis, bien plus douloureux, à Jérusalem, il y a eu le « non », « non, je ne me réduis pas à ma trahison ». Ce « non » qu’ils ont pu prononcer par eux-mêmes, en s’assumant, dans la relation renouvelée au Christ Ressuscité qui les maintenait dans l’espérance et dans l’être, en demeurant bienveillant auprès d’eux. Cela a été le long travail du début du temps pascal. Aujourd’hui, tout bascule, le Seigneur se retire, ils restent comme seuls, car ils peuvent assumer pleinement leur mission à partir de ce qu’ils ont vécu. La consistance acquise dans la traversée de l’abandon, de l’échec, leur donnera de rencontrer l’autre homme pleinement, respectueusement, à leur juste place... Ils peuvent « proclamer la Bonne Nouvelle à toute la création », la mort n’est pas une fatalité, une Bonté est là présente auprès de chacun, active, bienveillante et cachée, parce qu’ils ont parcouru tout ce qu’ils avaient à parcourir pour être en vraie et pleine relation avec le Seigneur. A travers la Mort et la Résurrection du Seigneur ils ont accédé au pardon, à la liberté véritable, à la capacité de parler pleinement en leur nom propre et donc de parler justement pour un autre... de le révéler... d’offrir à chacun de le rencontrer...
« Ils parleront un langage nouveau » Ils savent le critère du devenir vraiment « disciple », c’est celui qu’ils ont acquis au cours de ces semaines après Pâques, parler vraiment, dans un langage nouveau, un langage qui va au-delà du discours héroïque de celui qui veut être parfait, qui ne recherche que le « oui » de la perfection, il est dans le « non » traversé qui nous rend pauvres, humbles et extraordinairement libres, capables de relation... capable de connaître Dieu, qui se laisse rencontrer par les pauvres... Une consistance pour aller vers autrui comme lui a fait... Ce que nous avons reçu, voilà ce que nous avons à transmettre pas une théorie, mais une posture dans l’être, reçue de la relation à un autre mais produit par ma liberté, qui rend l’autre capable, comme moi-même je le suis en se référant à cette origine. Un mouvement qui peut épouser la terre entière, la transformer ainsi... Un chemin plein de patience s’ouvre à eux, un chemin qui ne progressera qu’au changement du cœur de l’autre, changement qui naît de la Parole annoncée, qui naît de la liberté souveraine de l’autre, qui naît aussi de la Présence active du Seigneur à leur côté... Un travail en commun, l’œuvre de Dieu... Une rencontre entre hommes qui ouvre... qui demande de revenir sans cesse ensemble à l’Origine... Te révéler... « Aider les âmes »... C’est donner accès en parlant pour que l’autre puisse parler... et parler à d’autres... rien de plus que cela...
« Le Seigneur travaillait avec eux et confirmait la Parole par les signes qui l'accompagnaient » Dans cette nouvelle figure de la relation, chacun trouve une nouvelle place, Dieu est présent mais sa manifestation devient encore plus modeste, elle nous reconduit à notre ancien quotidien... mais maintenant nous pouvons le reconnaître en tout, dans l’air que je respire, l’eau que je bois, la chanson que j’entends, le sourire de l’ami... Il est là présent à mon existence, à l’existence des autres... Il confirme ce que nous entreprenons, il nous appelle aussi parfois. Nous sommes en dialogue... un dialogue qui peut être comme le grand silence de ce vieil agriculteur dans l’Eglise d’Ars et qui répondait au Curé qui lui demandait ce qu’il faisait ainsi... « Je l’avise et il m’avise »

Père Jean-Luc Fabre

Merci Aurélie pour la photo