Mc 3, 7-12 L’éducation des masses… se disposer pour s’écouter

Publié le par père Jean-Luc Fabre

Jeudi (2ème semaine du temps ordinaire)

Marc 3, 7-12 En ce temps là Jésus se retira avec ses disciples au bord du lac ; et beaucoup de gens, venus de la Galilée, le suivirent ; et aussi beaucoup de gens de Judée, de Jérusalem, d'Idumée, de Transjordanie, et de la région de Tyr et de Sidon avaient appris tout ce qu'il faisait, et ils vinrent à lui. Il dit à ses disciples de tenir une barque à sa disposition pour qu'il ne soit pas écrasé par la foule. Car il avait fait beaucoup de guérisons, si bien que tous ceux qui souffraient de quelque mal se précipitaient sur lui pour le toucher. Et lorsque les esprits mauvais le voyaient, ils se prosternaient devant lui et criaient : « Tu es le Fils de Dieu ! » Mais il leur défendait vivement de le faire connaître.

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Les situations ne cessent d’évoluer. L’effort ancien fait entrer dans un nouveau monde, qui demande une nouvelle manière de répondre, de se situer… L’annonce a produit quelque chose, les gens viennent en foule, les esprits mauvais parlent. Rien ne se passait, et là tout s’accélère… Voilà une situation bien humaine : l’engouement, la crise, la passion… après la stagnation, l’inertie, l’indifférence… Voyons comment le Seigneur se situe devant cette nouvelle situation. Ce que cela dit aussi de notre humanité et comment là où nous sommes nous pouvons en tirer profit…

« Jésus se retira avec ses disciples » Jésus se retrouve à la limite de là où peut aller l’homme par  ses propres moyens : « au bord du lac ». Il y est avec ses disciples. Ils se sont entendus pour faire ainsi. Il y a entre lui et eux, toute une relation. Il ne va plus vers les gens mais les gens viennent à lui. Ils lui répondent, mais autrement qu’il l’espérait. Il ne renonce pas, il fait face. Il prépare cette nouvelle phase de la rencontre. Il va les rencontrer autrement, introduire dans sa réponse à lui, un espace de respiration, ouvrir à une perspective, celle de l’horizon qui s’ouvre au-delà du lac, image de la sérénité bienveillante de Dieu, qui nous attend, du silence de Dieu… La foule va venir et s’épuisera sur la grève, se calmera pour se mettre à écouter de nouveau, se mettre à attendre du nouveau…

« Se précipitaient sur lui » Il y a cette marée humaine qui monte, qui converge, qui déborde, qui entraine tout devant elle. Il y a un front humain qui risque de tout emporter, briser… la menace de l’écrasement est réelle. Ils veulent pouvoir le toucher pour être guéri, un souci très proche de leur intérêt propre qui ne permet pas de rencontrer l’autre pour lui-même… Une violence sourde. Jésus a prévu un dispositif qui va permettre la parole, la possibilité de voir, de comprendre autrement. Jésus dit « oui » à ces personnes mais il va chercher à les éduquer à leur donner d’aller par eux-mêmes un peu plus loin. Pour cela il s’appuie sur certains avec qui il peut déjà parler : ses disciples.

« Ils se prosternaient devant lui et criaient » Les premiers à parler, parlent aussi faussement que ceux qui voulaient tirer de Jésus un profit personnel immédiat. La parole ne devient parole que dans un dialogue, un échange, que lorsqu’elle va de l’un à l’autre… Si ce travail ne s’opère pas, tout le monde reste à la même position. Rien ne se passe vraiment… Jésus propose d’entrer en dialogue, de découvrir peu à peu, d’entrer dans un temps du devenir… Et pour cela, pour certains, il leur demande de se taire, de quitter leur rumeur intérieure, faire silence, se tourner vers l’extérieur.

Pour nous aussi, en nos situations, il s’agit de savoir à un moment, entrer de nouveau dans la situation, ne pas tenir que notre intérêt du départ, ne pas tenir qu’à notre conception du départ mais accepter de se situer autrement, se mettre à écouter vraiment l’autre que j’ai déjà commencé à écouter. C’est le deuxième départ, là où du vraiment nouveau va pouvoir naître dans la relation avec l’autres. Il en est ainsi entre amis, entre co-entrepreneurs, dans un couple, en cours de négociation, en difficultés d’apprentissage… S’invite alors un troisième qui nous donne, en douceur, de nous relier autrement, de nous mettre à marcher ensemble… Le souffle imprévisible de lEsprit

père Jean-Luc Fabre
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