Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible - © AELF, Paris
Ecouter jusqu'au bout ...
Nous ne cessons de recevoir des informations, des faits bruts… L’homme est ainsi fait qu’il les transforme aussitôt pour leur donner sens... La question est bien de savoir en quoi… Et nos
tempéraments agissent à plein en cette opération de réception… Si je suis de type rationnel, le risque est grand pour moi d’imposer aux faits d’entrer dans ma vision élaborée et dont je suis
fier… Si je suis intuitif, visionnaire, ces faits vont éveiller en moi des perspectives, des ouvertures mais grand est le risque que rien n’advienne, que de nouveaux faits induisent de
nouvelles visions qui retomberont elles aussi dans un néant d’action… Si je suis de tempérament artisan, je vais voir rapidement ce que je puis en faire pour mon propre projet, grand est le
risque alors que je ne prenne qu’un aspect en compte, parfois complètement secondaire. La dernière et quatrième approche consiste justement à recevoir sans plus, en prenant les faits, comme
cela, comme un absolu, sans ouverture vers une promesse, sans la perspective de la manifestation d’une réalité, ou l’ouverture à un usage potentiel. Bref à ne pas les recevoir, à ne pas les
approprier, à les laisser inertes… Nous voyons ainsi, que quelque soit notre tempérament, comment nous avons tendance à nous assimiler les choses sans nous faire aucunement déplacer par
elles, sans qu’elles ne puissent nous dire ce qu’elles ont à nous dire… Combien de nos conversations de table sont seulement l’expression juxtaposée de la manière d’être et de percevoir des
convives, alors qu’il serait merveilleux de mettre ensemble tous les points de vue différents et de parler à partir d’eux pour pouvoir agir… en réception de ce qui nous est dit… Telle est la
situation humaine, enfermée dans sa manière d’être…
C’est bien ainsi que Jésus va être « rencontré »» par les gens de son village. Ils savent et ne voient pas comment assimiler la
nouveauté dont il est porteur. Certes, ils sont là sans se préoccuper d’une signification plus grande ou même d’un intérêt pratique, campés aussi sur leurs savoirs. Mais remarquons que leurs
savoirs sont collectifs et partagés. Il y a eu l’établissement d’un consensus pour leurs savoirs qui leur interdit de profiter du thaumaturge, qui leur interdit de percevoir un appel plus
profond, sinon le précieux consensus devrait être remis en cause. Le plus simple est de néantiser ce qui leur est dit, faire comme si rien n’avait été dit et pour cela de trouver un moyen…
Leur tendance globale, comme pour tout groupe, est d’éliminer ce qu’ils ne peuvent s’assimiler ensemble. Tout sera plus calme si rien n’advient… Un enferment individuel mais aussi un
enfermement collectif…
Alors la bonne nouvelle dans tout cela ? En tout premier lieu, nous pouvons nous dire que le Seigneur fait une expérience que
nous-mêmes faisons aussi bien fréquemment… Voir comment le chemin de vie se trace malgré tout dans cette non-rencontre peut nous donner comme des repères pour notre propre pratique…ouvrir
plus largement la voie du Salut…
« Ils étaient profondément choqués à cause de lui ».Il y a un ébranlement en eux, et cela est à considérer, il
ne se passe pas rien. Ce fait, la manière dont l’enfant du pays prend la parole à la synagogue, produit quelque chose en eux, dans leur sensibilité. S’écouter à ce niveau pour chacun de nous
est un signal à considérer, mon attitude peut changer, si je m’écoute… parce que je laisse la partie inconnue en moi s’exprimer… je laisse mon être ouvert…
« Il s'étonna de leur manque de foi ». Nous
pouvons aussi voir l’étape ultérieure dans l’attitude de Jésus, la non-réponse des autres produit en lui un étonnement, Jésus n’a pas une manière fermée, certaine de considérer le monde, dans
sa représentation du monde il y a place à de l’inconnu, à de la nouveauté… c’est le régime véritable de la foi, la foi fait sa place réel à l’incertain, au possible, à l’envisageable, à la
reprise… Rien ne va de soi pour lui, cette attitude faisons-la nôtre, laissons cette ouverture en nos vies, pour comprendre, pour œuvre autrement… Mesurons la part réel de mystère qui
demeure…
« Alors il parcourait les villages d'alentour en enseignant ». Jésus fait le choix de l’ouverture, il l’a fait avec l’appel de ses disciples, il s’adresse à d’autres, plus loin… Ce qui l’habite doit trouver à
s’exprimer, à être reçu, à prendre forme dans le dialogue avec d’autres. Nous mesurons combien le Seigneur vit humainement, comment l’expression de lui-même est dépendante de la relation
qu’il peut ou non avoir avec d’autres dans la confiance et la durée, nous mesurons ainsi l’importance des disciples, ceux qui modestement sont à ses côtés, qui reçoivent et qui commenceront à
vraiment comprendre après l’acte finale de la mort et de la résurrection du Seigneur…Nous comprenons aussi combien être capables d’écouter l’autre, de l’écouter jusqu’au bout est seul
susceptible de lui donner d’exister vraiment…