Mc 6, 1-6 Ils étaient profondément choqués à cause de lui

Publié le par Père Jean-Luc Fabre

14e dimanche du temps ordinaire, B
Évangile de Jésus-Christ selon saint Marc 6,1-6.
En ce temps-là,  Jésus se rendit dans son lieu d’origine, et ses disciples le suivirent.
Le jour du sabbat, il se mit à enseigner dans la synagogue. De nombreux auditeurs, frappés d’étonnement, disaient : « D’où cela lui vient-il ? Quelle est cette sagesse qui lui a été donnée, et ces grands miracles qui se réalisent par ses mains ?
N’est-il pas le charpentier, le fils de Marie, et le frère de Jacques, de José, de Jude et de Simon ? Ses sœurs ne sont-elles pas ici chez nous ? » Et ils étaient profondément choqués à son sujet.
Jésus leur disait : « Un prophète n’est méprisé que dans son pays, sa parenté et sa maison. »
Et là il ne pouvait accomplir aucun miracle ; il guérit seulement quelques malades en leur imposant les mains.
Et il s’étonna de leur manque de foi. Jésus parcourait les villages d’alentour en enseignant.
Ecouter jusqu'au bout ...
Nous ne cessons de recevoir des informations, des faits bruts… L’homme est ainsi fait qu’il les transforme aussitôt pour leur donner sens... La question est bien de savoir en quoi… Et nos tempéraments agissent à plein en cette opération de réception… Si je suis de type rationnel, le risque est grand pour moi d’imposer aux faits d’entrer dans ma vision élaborée et dont je suis fier… Si je suis intuitif, visionnaire, ces faits vont éveiller en moi des perspectives, des ouvertures mais grand est le risque que rien n’advienne, que de nouveaux faits induisent de nouvelles visions qui retomberont elles aussi dans un néant d’action… Si je suis de tempérament artisan, je vais voir rapidement ce que je puis en faire pour mon propre projet, grand est le risque alors que je ne prenne qu’un aspect en compte, parfois complètement secondaire. La dernière et quatrième approche consiste justement à recevoir sans plus, en prenant les faits, comme cela, comme un absolu, sans ouverture vers une promesse, sans la perspective de la manifestation d’une réalité, ou l’ouverture à un usage potentiel. Bref à ne pas les recevoir, à ne pas les approprier, à les laisser inertes… Nous voyons ainsi, que quelque soit notre tempérament, comment nous avons tendance à nous assimiler les choses sans nous faire aucunement déplacer par elles, sans qu’elles ne puissent nous dire ce qu’elles ont à nous dire… Combien de nos conversations de table sont seulement l’expression juxtaposée de la manière d’être et de percevoir des convives, alors qu’il serait merveilleux de mettre ensemble tous les points de vue différents et de parler à partir d’eux pour pouvoir agir… en réception de ce qui nous est dit… Telle est la situation humaine, enfermée dans sa manière d’être… 
C’est bien ainsi que Jésus va être « rencontré » par les gens de son village. Ils savent et ne voient pas comment assimiler la nouveauté dont il est porteur. Certes, ils sont là sans se préoccuper d’une signification plus grande ou même d’un intérêt pratique, campés aussi sur leurs savoirs. Mais remarquons que leurs savoirs sont collectifs et partagés. Il y a eu l’établissement d’un consensus pour leurs savoirs qui leur interdit de profiter du thaumaturge, qui leur interdit de percevoir un appel plus profond, sinon le précieux consensus devrait être remis en cause. Le plus simple est de néantiser ce qui leur est dit, faire comme si rien n’avait été dit et pour cela de trouver un moyen… Leur tendance globale, comme pour tout groupe, est d’éliminer ce qu’ils ne peuvent s’assimiler ensemble. Tout sera plus calme si rien n’advient… Un enferment individuel mais aussi un enfermement collectif… 
Alors la bonne nouvelle dans tout cela ? En tout premier lieu, nous pouvons nous dire que le Seigneur fait une expérience que nous-mêmes faisons aussi bien fréquemment… Voir comment le chemin de vie se trace malgré tout dans cette non-rencontre peut nous donner comme des repères pour notre propre pratique…ouvrir plus largement la voie du Salut… 
« Ils étaient profondément choqués à cause de lui ».Il y a un ébranlement en eux, et cela est à considérer, il ne se passe pas rien. Ce fait, la manière dont l’enfant du pays prend la parole à la synagogue, produit quelque chose en eux, dans leur sensibilité. S’écouter à ce niveau pour chacun de nous est un signal à considérer, mon attitude peut changer, si je m’écoute… parce que je laisse la partie inconnue en moi s’exprimer… je laisse mon être ouvert… 
 
« Il s'étonna de leur manque de foi ». Nous pouvons aussi voir l’étape ultérieure dans l’attitude de Jésus, la non-réponse des autres produit en lui un étonnement, Jésus n’a pas une manière fermée, certaine de considérer le monde, dans sa représentation du monde il y a place à de l’inconnu, à de la nouveauté… c’est le régime véritable de la foi, la foi fait sa place réelle à l’incertain, au possible, à l’envisageable, à la reprise… Rien ne va de soi pour lui, cette attitude faisons-la nôtre, laissons cette ouverture en nos vies, pour comprendre, pour œuvre autrement… Mesurons la part réelle de mystère qui demeure… 
 
« Alors il parcourait les villages d'alentour en enseignant ». Jésus fait le choix de l’ouverture, il l’a fait avec l’appel de ses disciples, il s’adresse à d’autres, plus loin… Ce qui l’habite doit trouver à s’exprimer, à être reçu, à prendre forme dans le dialogue avec d’autres. Nous mesurons combien le Seigneur vit humainement, comment l’expression de lui-même est dépendante de la relation qu’il peut ou non avoir avec d’autres dans la confiance et la durée, nous mesurons ainsi l’importance des disciples, ceux qui modestement sont à ses côtés, qui reçoivent et qui commenceront à vraiment comprendre après l’acte final de la mort et de la résurrection du Seigneur … Nous comprenons aussi combien être capables d’écouter l’autre, de l’écouter jusqu’au bout est seul susceptible de lui donner d’exister vraiment…