Mt 10,34-42.11,1 Prendre le goût de l’autre, l’accueillir

Publié le par Père Jean-Luc Fabre

Lundi (15ème semaine du temps ordinaire)

Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 10,34-42.11,1. 

En ce temps-là,
Jésus disait à ses Apôtres :
    « Ne pensez pas que je sois venu
apporter la paix sur la terre :
je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive.
    Oui, je suis venu séparer
l’homme de son père,
la fille de sa mère,
la belle-fille de sa belle-mère :
    on aura pour ennemis les gens de sa propre maison.
    Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi
n’est pas digne de moi ;
celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi
n’est pas digne de moi ;
    celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas
n’est pas digne de moi.
    Qui a trouvé sa vie
la perdra ;
qui a perdu sa vie à cause de moi
la trouvera.
    Qui vous accueille
m’accueille ;
et qui m’accueille
accueille Celui qui m’a envoyé.
    Qui accueille un prophète en sa qualité de prophète
recevra une récompense de prophète ;
qui accueille un homme juste en sa qualité de juste
recevra une récompense de juste.
    Et celui qui donnera à boire, même un simple verre d’eau fraîche,
à l’un de ces petits en sa qualité de disciple,
amen, je vous le dis : non, il ne perdra pas sa récompense. »
    Lorsque Jésus eut terminé les instructions
qu’il donnait à ses douze disciples,
il partit de là pour enseigner et proclamer la Parole
dans les villes du pays.

            – Acclamons la Parole de Dieu.
 
 
 

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Sortir de sa vie repérée, se mettre en mouvement, ne pas rester dans le même, voilà ce à quoi Jésus ne cesse de nous inviter et, pour cela, il vient séparer les uns, des autres. Il propose à chacun de nous de découvrir l’intimité qui peut se nouer avec lui. Mais cette intimité se crée dans le mouvement de la sortie de chacun de lui-même, la croix à prendre, c’est cela : « se quitter soi ». C’est ce par quoi, je laisse mes attaches, ce par quoi me vient la vraie croissance de mon être, nul dolorisme, mais une ouverture pour grandir… Une belle invitation en ces jours où la presse quotidienne peut s’estomper, en profiter pour sortir de son organisation qui annihile notre capacité de devenir… 

Nous percevons bien la justesse de ce propos, souvent dans les rites de nos vies, ceux de nos repas familiaux, nos retrouvailles avec nos amis, nous percevons bien qu’en nous faisant plaisir, ces moments nous enferment dans des attitudes, des relations qui ne sont pas le tout de notre être, qu’il y a en chacun un désir de devenir autre, de vivre sur la brèche, de vivre de vraies rencontres, de ne pas être habitués… La tristesse des dimanches soir c’est souvent cela, nous sommes pris dans une vie que nous aimons bien un peu mais qui enferme aussi notre être… 

Alors le Seigneur nous donne la piste simple et concrète pour réveiller nos vies, leur donner la chance de reprendre le goût de l’aventure, prendre le goût de l’autre, de l’accueillir, de se mettre à son écoute profonde, l’étranger nous y aide par son étrangeté même. Et alors mon plus proche peut lui aussi se charger du mystère qu’il est, je ne le réduis pas à moi, elle n’est pas ma femme, il n’est pas mon fils, il n’est pas mon père, il n’est pas mon… Il est d’abord cet homme, cette femme qui surgit… Jésus vivra l’épreuve de ne pas être reçu, compris à partir de sa part de mystère par les gens de sa famille, de son village « N’est-il pas le fils du charpentier ? »… Nous aussi en ces jours ouvrons nous à l’autre, il nous ouvre au Royaume, il nous sort de notre enfermement…

Père Jean-Luc Fabre
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