Mt 11, 20-24 Entendons les reproches que nous adresse l’amour

Publié le par Père Jean-Luc Fabre

Mardi (15ème semaine du temps ordinaire)

Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 11,20-24.

En ce temps-là, Jésus se mit à faire des reproches aux villes où avaient eu lieu la plupart de ses miracles, parce qu’elles ne s’étaient pas converties :
« Malheureuse es-tu, Corazine ! Malheureuse es-tu, Bethsaïde ! Car, si les miracles qui ont eu lieu chez vous avaient eu lieu à Tyr et à Sidon, ces villes, autrefois, se seraient converties sous le sac et la cendre.
Aussi, je vous le déclare : au jour du Jugement, Tyr et Sidon seront traitées moins sévèrement que vous.
Et toi, Capharnaüm, seras-tu donc élevée jusqu’au ciel ? Non, tu descendras jusqu’au séjour des morts ! Car, si les miracles qui ont eu lieu chez toi avaient eu lieu à Sodome, cette ville serait encore là aujourd’hui.
Aussi, je vous le déclare : au jour du Jugement, le pays de Sodome sera traité moins sévèrement que toi. »

Faire des reproches, est, nous le savons bien, la marque de l’amour véritable. La personne qui aime l’autre sincèrement, qui a le souci de l’autre, signe ainsi souvent son amour. Elle n’accepte pas que celui qu’elle aime se comporte ainsi, qu’il ne réagisse pas au message qu’elle lui envoie, qu’elle ne réponde pas au signe adressé. Non, elle l’appelle, elle n’accepte pas l’idée que l’autre ne réponde pas selon ce que son cœur à elle lui dicte… Elle ne doute pas de son propre amour et de sa véracité, mais elle perçoit combien la « non-réponse » de l’autre signe, pour lui, le risque de ne plus être capable d’aimer, ne plus être capable de s’ouvrir à l’autre, le risque de ne plus être vraiment libre, de ne plus être dans sa propre existence… Oui, les actes qu’elle a posés parlent vraiment… ne pas y répondre signe une perte de vie, à laquelle elle ne peut se résoudre, et à laquelle veut remédier… Elle mesure l’abysse vers lequel l’autre se précipite… C’est vrai pour la personne amoureuse, mais c’est aussi vrai pour le parent, le pédagogue, l’ami, le frère…

Cette expérience, Jésus l’a vécue. Il a vraiment parlé aux gens de ces bourgades avec sincérité, il a vraiment posé des signes significatifs et les autres n’ont pas répondu… Ses appels à la conversion en droit fil pourtant avec leurs attentes, celles reçues de la foi au Dieu de l’Alliance, des croyances qu’ils professaient pourtant, n’ont pas eu de réponses… Les personnes semblaient ne plus habiter leurs existences… Ne nous trompons pas, il ne s’agissait pas de le reconnaître pleinement comme le Fils de Dieu, mais de retrouver le chemin de sa propre identité, le chemin de sa propre foi, de ce qui donnait sa consistance à son existence de membre du Peuple Saint…
Chacun de nous, d’une manière ou d’une autre, nous avons une faille en nous, une partie de notre être où nous n’arrivons pas à assumer notre identité, telle aura du mal à assumer son rôle de mère envers un de ses enfants, telle autre ne saura pas garder un panorama amical stable entre plusieurs personnes, telle autre renoncera trop facilement à sa propre dignité pour gagner l’amitié d’un groupe… En chacun, une hémorragie de l’être, recevons, en ce lieu de notre être, la parole du Seigneur qui nous appelle, découvrons dans son exigence la marque véritable d’un amour qui nous veut libre, autonome, responsable… Puisons dans cet appel, la ressource pour rebondir, pour nous éveiller, pour nous dire au moins que notre manière de faire, d’être actuelle ne suffit pas… pour nous ouvrir à la conversion, au devenir vivant…

 père Jean-Luc Fabre
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