Mt 12, 1-8 C’est la miséricorde que je veux, non le sacrifice

Publié le par Jardinier de Dieu

Vendredi (15ème semaine du temps ordinaire)

Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 12,1-8.

En ce temps-là, Jésus passait, un jour de sabbat, à travers les champs de blé, et ses disciples eurent faim ; ils se mirent à arracher des épis et à les manger.

En voyant cela, les pharisiens lui dirent : « Voilà que tes disciples font ce qu'il n'est pas permis de faire le jour du sabbat ! »

Mais il leur répondit : « N'avez-vous pas lu ce que fit David, quand il eut faim, ainsi que ses compagnons ?

Il entra dans la maison de Dieu, et ils mangèrent les pains de l'offrande ; or, cela n'était permis ni à lui, ni à ses compagnons, mais aux prêtres seulement.

Ou bien encore, n'avez-vous pas lu dans la Loi que le jour du sabbat, les prêtres, dans le Temple, manquent au repos du sabbat sans commettre aucune faute ?

Or, je vous le dis : il y a ici plus grand que le Temple.

Si vous aviez compris ce que veut dire cette parole : C'est la miséricorde que je désire, et non les sacrifices,

vous n'auriez pas condamné ceux qui n'ont commis aucune faute. Car le Fils de l'homme est maître du sabbat. »

Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible - © AELF, Paris

coeur rose

En Matthieu, la réponse de Jésus aux pharisiens sur la question des épis arrachés est structurée en trois sentences, dont la dernière est une citation prophétique (d’Os 6,6) : « Si vous aviez compris ce que signifie : ‘c’est la miséricorde que je veux, et non le sacrifice’, vous n’auriez pas condamné des gens qui sont sans faute » (Mt. 12,7). On retrouve la même citation en Mt. 9,13, toujours adressée par Jésus aux pharisiens qui lui reprochent de partager ses repas avec des pécheurs et des publicains. À une autre occasion, Jésus adresse aux scribes et aux pharisiens une invective prophétique qui démasque leur perversion de la loi au travers des observances : « Vous acquittez la dîme de la menthe, du fenouil et du cumin, et vous négligez les points les plus graves de la loi, la justice, la miséricorde et la fidélité » (Mt. 23,23).

Il est significatif que Matthieu ait inséré la parole prophétique d’Osée dans le contexte de la discussion sur le sabbat. Face au besoin humain, la casuistique, l’observance littérale des prescriptions sabbatiques doit céder la place à la miséricorde. Mais la citation d’Os 6,6 est éloquente en particulier parce qu’elle nous ramène à la volonté de Dieu, à ce qui est agréable à Dieu : éleos, la miséricorde. Une fois encore, le discours sur le sabbat nous pousse à vérifier que Jésus n’en abroge pas le commandement, mais qu’il l’observe en en accomplissant la finalité, en se conformant à la volonté même de Dieu lorsqu’il a fait le don du sabbat à son peuple. Cette volonté se réduit, selon Matthieu, à la miséricorde, à l’amour réciproque, à la compassion. Si l’observance du précepte sabbatique comporte une offense à la charité, elle ne correspond pas à la volonté de Dieu ; en ce cas, la loi peut être invoquée contre la distorsion de la loi. Les trois références vétérotestamentaires constituent l’appel à l’Écriture que fait Jésus, elles trouvent leur sommet dans la citation d’Osée et veulent montrer que l’observance du sabbat est absolument inconciliable avec le manque de miséricorde. L’affirmation finale sur le Fils de l’homme qui est « en effet » (gár, Mt. 12,8) maître du sabbat (dans l’AT, JHWH lui-même est maître du sabbat : Lv 23,3) résume les lignes argumentatives de toute la péricope, christologique (v. 5-6) et parénétique (v. 7), et dévoile que la seigneurie pleine du Fils de l’homme est la miséricorde.

À travers cela, Matthieu entendait également fournir une norme de conduite pratique à ses communautés qui observaient encore le sabbat (comme il ressort du texte uniquement matthéen de 24,20). En ajoutant encore qu’« il est permis de faire une bonne action le jour du sabbat » (Mt. 12,12), Matthieu soumet l’observance du sabbat au primat du commandement de l’amour (Mt. 12,34-40), affirmant de fait que la véritable violation du sabbat est d’offenser la charité, de refuser de faire miséricorde.

EnzoBianchi « Qu'est-ce que le dimanche? », Recherches de Science Religieuse 1/2005 (Tome 93), p. 27-51. URL : www.cairn.info/revue-recherches-de-science-religieuse-2005-1-page-27.htm. ; photo http://www.frizou.org/noel/92espoir4.gif