Mt 12, 46-50 c’est de l’avenir que nous existons !

Publié le par père Jean-Luc Fabre

Mardi (16e semaine du temps ordinaire)

Matthieu 12, 46-50 En ce temps-là, comme Jésus parlait encore à la foule, voici que sa mère et ses frères se tenaient au-dehors, cherchant à lui parler. Quelqu'un lui dit : « Ta mère et tes frères sont là dehors, qui cherchent à te parler. » Jésus répondit à cet homme : « Qui est ma mère, et qui sont mes frères ? » Puis, tendant la main vers ses disciples, il dit : « Voici ma mère et mes frères. Celui qui fait la volonté de mon Père qui est aux cieux, celui-là est pour moi un frère, une sœur et une mère. »

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L'amour, c'est l'espace et le temps
rendus sensibles au coeur.
Marcel Proust
Jésus s’adresse à une foule, c’est-à-dire un groupement humain indistinct, sans principe d’union en elle. Deux autres groupements humains dans ce passage de l’évangile, la famille, sa famille : sa mère et ses frères, et puis ses disciples. Ces groupes, eux, sont structurés, l’un par une consanguinité, une même origine naturelle, l’autre par une promesse qui a mis en mouvement. Devant la foule, Jésus donne à un groupe les qualités de l’autre, pose une équivalence pour répondre à la demande de relation de la part de sa famille selon la chair. Il dit que ses disciples sont sa mère, ses frères… La logique semble perturber, c’est un appel à comprendre autrement les mots habituels, c’est un appel à une conversion. Ce qu’il rajoute nous éclaire « Celui qui fait la volonté de mon Père qui est aux cieux, celui-là est pour moi un frère, une sœur et une mère ». Essayons de comprendre cette phrase, pour en tirer, pour nous, une signification, aujourd’hui.
Si nous considérons que le Père n’est pas en arrière de nous, comme un créateur indifférent qui aurait lancé la chiquenaude initiale et se serait retiré. Il est en fait comme celui qui attend, dans les cieux. Il est celui vers lequel Jésus va, celui vers lequel d’autres vont aussi à sa suite. Il tient ses mains largement ouvertes pour nous contenir, nous aider, chacun et tous, à avancer dans notre histoire commune. Dans ce mouvement, se joue l’identité véritable de l’homme, qui est appelé à passer d’une première compréhension de lui-même comme le fruit d’une succession, d’un milieu, qui n’épuise jamais totalement le sens de ce qu’il porte à une compréhension de lui-même où il se saisit comme une personne appelée à un avenir. Dans un cas, une identité close, retenue par ce qui la précède, dans l’autre une identité ouverte qui se spécifie dans sa propre évolution, qui peut toujours devenir. Heureux basculement où nous sommes tous profondément rassemblés puisque nous allons vers une même fin, tous ensemble. Nous devenons bien ainsi frères et sœurs du Christ, frères et sœurs entre nous.
Cette évolution prend sa source, plus que tout dans la volonté du Père. Or cette volonté est bien de voir se rassembler l’humanité dans une fraternité universelle dont le Fils Jésus Christ est le centre et le pivot. Le Fils est bien celui qui par excellence fait la volonté du Père. Il va le plus loin, le plus bas, le plus éloigné pour revenir le plus près, le plus haut, le plus proche. Il peut ainsi dans ce mouvement tout ramener au Père, tous les humains qui deviennent ainsi ses frères, ses sœurs...
Cela nous encourage, pour nos propres grandes familles selon la chair, à poser un autre regard sur elles. Une promesse les traverse elles aussi, le signe en est bien le couple, l’alliance qui ne cesse de les reconstituer dans leurs histoires, de les tourner vers leur avenir… Deux se sont unis pour un avenir, la lignée prend son sens pour son avenir à ouvrir plus que pour son origine à conserver. De même, le nouveau peuple de Dieu se laisse engendrer par l’Esprit. Depuis la naissance du Christ Jésus, compte la promesse de nos noms inscrits dans les cieux, non notre généalogie qui doit être respectée.
Marchons ensemble vers le Père, à la suite du Christ Jésus, là se trouve notre identité véritable, là se trouve l’identité véritable de nos frères et de nos sœurs… Nous allons vers les cieux nouveaux, vers la terre nouvelle. Pour ce faire, faisons nôtre l’intuition du théologien Hans Urs von BALTHASAR "Faites donc confiance au temps. Le temps c'est de la musique ; et le domaine d'où elle émane, c'est l'avenir. Mesure après mesure, la symphonie s'engendre elle-même, naissant miraculeusement d'une réserve de durée inépuisable." (Hans Urs von BALTHASAR, Le cœur du monde, 1956).
Père Jean-Luc Fabre
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